Pomet 1694

Pierre Pomet, Histoire Generale des Drogues, traitant des Plantes, des Animaux, & des Mineraux…, Paris [Jean-Baptiste Loyson – Augustin Pillon – Estienne Ducastin] 1694.



HISTOIRE
GENERALE
DES DROGUES  

TROISIEME PARTIE.


p. 1

LIVRE PREMIER,

Des Fossilles.

PREFACE

L’ENTENDS par le mot de Fossille generalement tout ce qui se rencontre dans les entrailles de la Terre, comme sont les Métaux, les demy-Métaux, les Mineraux, les Bitumes, les Pierres & les Terres : Or comme mon but est de commencer par les Métaux, je diray que ce que l’on entend par le mot de Métail est un corps dure d’une substance égale en toutes ses parties qui se fond au feu, qui est ductille, & qui s’étend sous le Marteau, & qui est different des Mineraux, Bitumes, Pierres & Terres, comme il se verra cy-aprés : il y a bien de la contestation touchant le nombre des Métaux, les uns veulent qu’il y en ait neuf, les autres huit, les autres sept,& les autres sixe en ce qu’ils veulent que le vif argent, l’estain, glace & la fonte passent pour Métaux, mais comme cette opinion n’est pas bien fondée en ce que l’Estain, Glace & la Fonte sont des choses faites, je maintiendray à ceux qui ont conclu qu’il n’y en avoit que sept qui réponde aux sept Planettes, & aux sept jours de la Semaine ; Sçavoir, l’Or au Soleil, & au Dimanche ; l’Argent à la Lune & au Lundy ; le Fer à Mars & au Mardy ; le vif Argent, au Mercure & au Mercredy ; l’Estain à Jupiter & au Jeudy ; le Cuivre à Venus & au Vendredy ; finalement le Plomb à Saturne & au Samedy. Quelques Personnes veulent que le Mercure ne soit qu’un demy-Métail, mais comme j’ay jugé à propos de n’en rien dire icy, je renvoye le Lecteur au Chapitre du Mercure ou Argent vif, pour commencer par l’or comme étant le plus beau de tous les Metaux.


pp. 16–17

CHAPITRE XXVII.

Du Cinabre Mineral ou naturel.

LE Cinabre Mineral est une pierre rouge, pesante & brillante, que l’on trouve en divers endroits du monde, mais le meilleur & le plus estimé, est celuy d’Espagne ; j’ay eu beaucoup de peine de sçavoir le nom du veritable endroit d’où se tire le Cinabre, en ce qu’une personne de merite m’a assuré, & pour en avoir veu & ramassé, que celuy de la meilleure qualité se trouvoit dans l’Andalousie, sur les Terres des Religieux de saint Jerôme, & que l’on marchoit dessus comme on fait icy sur les pierres, mais ne pouvant croire la chose si commune, j’ay été obligé de m’en informer à Monsieur Charas, le quel m’a assuré qu’il y avoit dans les Montagnes de Sierra Morena grandes mines de cinabre, & que pour en tirer le mercure pour envoyer au Perou, le Roy d’Espagne y entretenoit à ses frais & dépens plusieurs Ouvriers : & comme cette derniere relation me paroît plus juste, je crois que l’on peut s’assurer que la plus grande quantité de cinabre que l’on voyoit icy par le passe, & qui se voit encore aujourd’huy, mais rarement venoit des Montagnes de Sierra Morena, & que le bon marché auquel il étoit en ce temps-là, nous fait assez connoître qu’il n’étoit pas fort difficile, ny de grandes dépenses à tirer de ses minieres ; ce qui pourroit favoriser en quelques manieres le sentiment de la personne qui m’a assuré qu’il se trouvoit aussi communement que les pierres, & qui ne coutoit qu’à ramasser.

On doit choisir le Cinabre mineral, haut en couleur, le plus brillant & le moins chargés de roche que faire se pourra ; depuis que le veritable cinabre d’Espagne est devenu rare en France, on en voit de tant de sortes que j’aurois assez de peine à les pouvoir toutes definir ; & à cause de cette grande rareté on ne voit autre chose presentement que demander du veritable Cinabre d’Espagne ; & comme la pluspart de ceux qui en vendent ne font pas de scrupule de donner l’un pour l’autre, donnent de celuy de saint Lo, quoyque bien different, en ce que celuy d’Espagne est d’un rouge brillant ; & celuy de saint Lo est d’un rouge mat, & beaucoup moins abondant en mercure, quoyque quelques personnes m’aye voulu soûtenir que le Cinabre de saint. Lo rendroit aussi-bien quatorze onces de mercure par livre comme celuy d’Espagne : à quoy je ne puis contredire pour ne l’avoir experimenté.

Le Cinabre mineral d’Espagne, quoyque fort recherché, n’a autre proprieté que je scache, que pour en tirer le mercure dont les habiles Alchimistes pretendent en faire du vermeil, &même en faire de l’or en le fixant, & luy donnant la teinture, car à l’égard du poids il approche fort du veritable or. Monsieur Lemery dit, que le Cinabre naturel ou mineral, est un mélange de mercure & de soufre, qui se sont sublimez ensemble par le moyen de quelque chaleur soûterraine, &cela se fait naturellement à peu prés de la même maniere que le Cinabre artificiel.

Monsieur de Furetiere marque dans son Livre, qu’il y a un Cinabre mineral qui est une pierre fort rouge, lourde & peu dure, ressemblant à de l’hæmatite qui contient du Vif-argent, lequel en dégoûte de luy-même& sans le secour du feu : il dit qu’il se trouve vers la Carniole, & que c’est la même chose que le Minium des anciens & est un poizon ; il dit encore que le mot de Cinabre vient du mot Grec Kinabra, qui signifie l’odeur des boucs une odeur insupportable ; parce que quand on tire de terre une espece de cinabre fosille, il jette selon Mathiole, une odeur si étrange que l’on est obligé de se boucher le nez, & de se couvrir le visage de peur d’en être infecté, je n’aurois pas parlé de ce dernier cinabre, en ce que je crois que c’est une fausseté ; & si ce n’étoit que Mathiole & de Furetiere sont decedez, je leurs dirois en cet article comme en beaucoup d’autres, qu’ils ont écrit ce qu’ils n’ont jamais veu, & ce qui est même hors du bon sens ; & afin de dissuader ceux qui pourroient croire qu’il y a du cinabre mineral, dont le mercure en decoule naturellement.


pp. 17–18

CHAPITRE XXVIII.

Du Cinabre artificiel.

LE Cinabre artificiel ou en pierre, est un mélange de mercure & de soufre, & ensuite sublimé & reduit en pierre, de la maniere que nous le voyons.

On choisira le Cinabre en pierre, en belles éguilles, & le plus haut en couleur que faire se pourra.

L’usage de ce Cinabre est comme j’ay déja dit, pour en tirer un mercure par ceux qui veulent avoir un Vif-argent pur & net, tant pour faire la panacée mercurielle, que pour plusieurs autres operations où le mercure revivifié du cinabre est requis.

Le Cinabre en pierre est aussi quelque peu usité par les peintres, aprés l’avoir broyé, à cause qu’il est d’un rouge plus vif que celuy qui vient tout broyé d’Hollande, mais ce qu’il y a de fâcheux, c’est que l’on a bien de la peine à le faire secher : il a encore quelque peu d’usage en Medecine, tant pour faire des fumigatoires que pour employer dans plusieurs remedes, tant interieurement qu’exterieurement ; je diray neanmoins que le cinabre n’est guere en usage pour l’interieur, si ce n’est pour les chevaux, pour en faire une composition de pilule surnommé de cinabre.

D’où vient que le cinabre est disposé par lits.

Tour le cinabre entier ou broyé, vient d’Hollande, & c’est une chose surprenante que de sçavoir que ceux qui le font, en font des pains de trois à quatre cens pezant, ce qu’ils font sans aucune peine en mettant vingt-cinq livres de matieres, c’est à dire de soufre & de mercure, & lorsque ces vingt-cinq livres sont sublimez, ils en remettent vingt-cinq autres, & continuë toûjours de la même maniere jusqu’à ce que le vaisseau soit plein, & c’est ce qui fait que le cinabre en pierre que nous voyons est disposé par lits.

A l’égard du vermillon ce n’est que du cinabre en pierre, broyé avec de l’urine ou avec de l’eau de vie, & aprés avoir été seché est transporté en differents endroits.

Vermillion.

Il nous vient d’Hollande de deux fortes de vermillon: sçavoir, du rouge & du pâle, ce qui ne provient que suivant qu’il a été plus ou moins broyé, car plus il est broyé plus il est fin, plus il est pâle & plus il est estimé, principalement pour ceux qui l’employent à rougir la cire d’Espagne.

On doit choisir le vermillon bien broyé, sec, le moins terreux, le plus pur & le plus net que faire se pourra ; il est d’une necessité absoluë que les Hollandois mêlent dans le vermillont broyé de la mine de plomb, ou autres drogues siccatives, en ce que le cinabre en pierre broyé, comme j’ay déja dit, a bien de la peine à secher, qui est le contraire de celuy qu’ils nous envoyent tout broyé.

Le vermillon est fort en usage en France, tant par les faiseurs de cire d’Espagne, que par les peintres, & parce qu’il entre dans plusieurs Ouvrages où il est requis.

On sera averty de ne se jamais servir du cinabre broyé & mélangé avec quelque graisse pour s’embelir le visage, ainsi que l’a fort bien remarqué Monsieur Lemery, en ce que ce fard est dangereux, & qu’il en pourroit arriver de fâcheux accidens ; & on pourra employer à sa place du vermillon surnommé d’Espagne, du quel l’on se peut servir avec toute sureté, n’étant fait que du safran du levant ou Safranum.

Du Mercure revivifié en cinabre.

On tire du Cinabre ou du Vermillon, par le moyen du feu, & de la limaille d’acier, ou de la chaux vive mise dans une cornuë, un Vif-argent tres pur & fort propre à tous les usages, où le Vif-argent est requis, mais comme ce mercure est beaucoup plus cher, tant à cause des frais qu’il faut faire que par le déchet ; ceux qui ont besoin de Vif-argent, à moins que ce ne soit quelques curieux, ils se servent de celuy d’Hollande.

A l’égard du choix de ce mercure il doit être extremement blanc & bien vif.


pp. 32–33

CHAPITRE LIV.

Du Verd de Montagne ou de mer.

LE Verd de Montagne, ou Verd d’Hongrie, est une maniere de poudre verdatre en petits grains comme du sable, qui se trouve dans les Montagnes de Kernausen en Hongrie, qui vont depuis Presbourg jusqu’en Pologne. Il s’entrouve aussi dans les Montagnes de la Moravie, & d’autres veulent que ce que les anciens ont appellé fleur d’airain, qui se fait en jettant de l’eau, ou plûtôt du vin sur le cuivre de rosette encore rouge, c’est à dire comme il fort du fourneau, & que cette fleur ou verd de montagne se reçoit & se trouve attaché à d’autres plaques de cuivre froid, que l’on expose dessus en petits grains comme ceux du sable, & que cela se fait par les vapeurs qui s’élevent quand on jette l’eau ou le vin sur ce cuivre chaud, & c’est ce qui fait que le cuivre de rosette que nous avons, est si mal uni & si rempli de petites figures ; & d’autres qui m’ont assuré que le verd de montagne étoit des lames de cuivre dissoud dans le vin, qui se faisoit à peu prés comme le Verd-de-gris ; mais comme je n’ay pû en sçavoir davantage, je diray qu’on le doit choisir sec, haut en couleur, bien grenu, c’est à dire sableux, qui est la marque du verd de montagne naturel, & le differencier d’avec l’artificiel, que quelques-uns font en pulverisant du verd-de-gris, & en y mettant quelque peu de blanc de ceruse parmy.

Le Verd de montagne n’a autre usage que pour la peinture, principalement pour peindre en verd d’herbe, c’est pourquoy presque toute la peinture verte que l’on void dans les jardins, est fait de verd de montagne.

Comme le ver de montagne est une marchandise assez chere, & qu’il en vient de differens endroits, c’est le sujet pour lequel on en voit de plusieurs sortes & à differens prix ; ceux qui en auront besoin ne s’attacheront pas au bon marché, mais qu’il foit de la qualité cy-dessus.


pp. 35–36

CHAPITRE LVIII.

Du Vitriol Romain.

LE Vitriol romain est aussi-bien que tous les autres Vitriols ou Comproses, une cristalisation que l’on tire d’une espece de marcassite qui se trouve dans les mines de cuivre par le moyen de l’eau, à qui les anciens ont donné le nom de Pyrites ou de Quis. On trouve de ce Quis ou Pyrites dessous nos terres glaisses de Passi, à une lieuë de Paris, & duquel on fait plusieurs operations ; & l’on m’a assuré que c’étoit de ce Quis qu’un certain Abbé faisoit son remede universel. Le Pyrites de quoy on tire le vitriol Romain, se trouve en plusieurs endroits d’Italic ; pour reduire cette marcasite en vitriol, on l’expose quelques mois aux injures du temps, afin que l’air s’insinuë en dedans, qu’elle se calcine & se convertisse toute en chaux d’une couleur verdâtre. Lorsque le Pyrites est en état de travailler on le jette dans de l’eau, & ensuite par le moyen du feu & des caisses de bois, est reduit en cristaux de la maniere que nous le recevons d’Italie. En un mot, tous les Vitriols ou Comproses, se fabriquent comme on fait en Angleterre l’allun, & icy le Salpêtre ; & toutes les differences qu’il y a entre les comproses, ne provient que des differens endroits où se trouve la mine, & de ce que les uns participent du cuivre & les autres du fer. Ceux qui tiennent du Cuivre sont les Vitriols de Cypre & d’Allemagne : & du Fer, le Vitriol Romain, & la Comprose de Pise & d’Angleterre. Cette differente qualité est la cause que lorsque l’on frotte du Vitriol de Chypre ou d’Allemagne sur une allumelle de coûteau frottée de salive, ils la font rougir ; ce qui est contraire au Vitriol Romain, de Pise & d’Angleterre, qui ne font changer nullement de couleur cette allumelle de coûteau, & comme la Comprose de Pise ou d’Angleterre, ne colore pas plus que le Vitriol Romain, cela a donné occasion à de certaines personnes qu’il n’est pas besoin de nommer de contre-faire le Vitriol Romain avec la Comprose d’Anglererre, ce qui font en lavant tant soit peu cette comprose, & la laissant quelques jours à l’air pour rendre sa couleur verte en grisatre, ce qui sera assez facile à connoître, en ce que le vray Vitriol Romain est en gros morceaux longs, d’un vert saladon, & assez difficile à fondre, & étant cassé est transparant comme du verre, dont on prerend qu’est venu son nom, & d’autres veulent que le nom de Vitriol soit tout mysterieux, en ce que chaque lettre signifie un mot, & que le mot de Vitriol vouloit autant dire que, Visitando interiora terræ, rectificando invenies occultum lapidem veram medecinam.

Poudre de simpathie.

Le veritable Vitriol Romain est presentement fort recherché, tant à cause de sa grande rareté que parce qu’il est leplus propre pour faire une poudre blanche que l’on appelle poudre de simpathie, qui n’est que du Vitriol Romain exposé à l’air pendant le beau temps, & la grande chaleur le long de la canicule, & lorsqu’il est devenu extremement blanc par la calcination que le Soleil en a fait, ons’en sert pour guerir les playes, & pour arréter le sang. Quelques-uns mettent avec le Vitriol Romain de la gomme adrangant.

Comprose de Pize.

On nous apporte encore d’Italie un autre vitriol assez approchant en couleur au Romain, à la reserve qu’il est plus verdâtre & plus menu, qui est ce que nous appellons Vitriol ou Comprose de Pise, & dont se servent les Teinturiers.

Comprose d’Angleterre.

Le troisiéme vitriol qui tient du fer, & le plus commun ainsi le moins cher, est la Comprose ou Couprose d’Angleterre, laquelle est fort en usage, tant par les Teinturiers, Chapeliers, & autres qui teingnent en noir, & l’on pretend que ce qui fait que la comprose teint en noir, c’est à cause qu’elle participe du fer ; &d’autres qui veulent que c’est à cause que ceux qui la fabriquent jettent dedans lorsqu’elle est en liqueur du vieux fer.

La Comprose d’Angleterre pour être de la qualité requise, il faut qu’elle soit seche, d’un verd clair & transparent, & la moins chargée de menu & de morceaux blanchatres que faire se pourra.


pp. 51–52

LIVRE SECOND.

Des Mineraux.

PREFACE

ON entend par mineral tout ce qui tient quelque chose des mines, ou qui croit  dans les mines, ou qui a passé par les mines.

On pretend que les Mineraux soient des corps fixes & solides, engendrez des exhalaisons & vapeurs encloses dans les entrailles de la terre, de même que les Meteores dans les Regions de l’air. Et d’autres que ce soit un corps foible que l’on trouve dans la terre, qui s’engendrent par une coagulation, & s’augmentent par une addition exterieure de parties sensibles, & qui fort souvent est la matiere dont avec le temps se forme le métail ; ainsi je comprendray sous le nom de Mineral tout ce qui participe du métail, & qui ne differe qu’en ce qu’il ne peut souffrir le marteau, & en ce qu’il y en a qui ne peuvent se fondre, comme l’ayman & autres semblables, pour commencer par l’Antimoine, qui est celuy qui approche le plus du métail, & qui n’en differe que parce qu’il n’est pas ductille.

M. de Furetiere dit que l’Antimoine est un Mineral qui approche de la nature des Métaux, & quelques-uns croyent en contenir tous les principes, parce qu’il se trouve prés des mines des uns & des autres, & surtout dans celle d’argent & de plomb, qu’il est composé d’un double soufre mineral, l’un metallique approchant de la pureté & de la couleur de celuy de l’or ; & l’autre terrestre & combustible, semblable presque au soufre commun, d’un mercure fulligineux & mal digeré participant de la nature du plomb, d’un peu de sel terrestre. Il dit aussi qu’avant le douziéme Siecle l’Antimoine n’estoit connu que pour entrer dans la composition du fard ; mais en ce temps là un Moine nommé Basile Valentin, fit un Livre intitulé Currus Antimonii Triumphalis, où il soûtint que c’étoit un remede à toutes sortes de maux. Trois cens ans aprés Paracelle le remit en vogue, mais on en condamna l’usage par Arrest du Parlement de l’an 1566. auquel un Medecin nommé Besnier ayant contrevenu en 1609. fût exclu de la Faculté. L’Antimoine fut reçû par autorité publique au nombre des remedes purgatifs en 1637. & en l’an 1650. on cassa l’Arrest de 1566. la Faculté le fit mettre au rang des remedes purgatifs dans l’Antidotaire imprimé par son ordre en 1637. suivant l’opinion de Mathiole ; & enfin elle a fait donner un Arrest du 29. Mars 1668. qui a donné permission aux Docteurs de Medecine de s’enservir, avec défenses aux autres personnes d’en employer que par leurs avis. Ce mot d’Antimoine vient selon quelqu’uns de ce qu’un Moine Allemand, est ce mesme Valentin qui cherchoit la Pierre Philosophale, ayant jetté aux Pourceaux de l’Antimoine dont ilse servoit pour avancer la fonte des Métaux, reconnut que les Pourceaux qui en avoient mangé, aprés en avoir esté purgez tres-violemment, en estoient devenu bien plus gras ; ce qui luy fit penser qu’en purgeant de la mesme sorte ses Confreres ils s’en porteroient beaucoup mieux, mais cet essay luy reussit si mal qu’ils en moururent tous. Cela fut cause que l’on appella ce Mineral Antimoine, comme qui diroit contraire aux Moines.

L’Antimoine tel qu’il se tire de sa mine est en pierres de differentes grosseurs, assez approchant en figure au plomb mineral, à la reserve qu’il est plus leger & plus dur, & à cause de cette ressemblance quelques-uns l’appellent Plomb noir ou Marcasite de plomb ; d’autres loup on Saturne des Philosophes, parce qu’il devore les autres Métaux, & les consomme tous à la reserve de l’or ; il l’appelle aussi Prothée à cause de la diversité des couleurs qu’il prend par le moyen du feu ; mais son nom vulgaire est Antimoine Minerals & des plus habiles Antimoines crud, puisqu’il n’a jamais soufert le feu.


p. 52

CHAPITRE I.

De l’Antimoine mineral.

AUtrefois la Hongrie étoit le seul endroit où il se trouvoit des Minieres d’Antimoine, mais presentement il ne nous en vient plus depuis qu’on a trouvé des mines d’antimoine en France. Le meilleur & le plus bel Antimoine est celuy des Minieres de Poitou & de la Bretagne.

L’Antimoine mineral se rencontre quelquefois net quelquefois rempli de roches, que les Mineralistes appellent la Gangue, il y en a qui est tout garny d’éguilles, d’autres aussi tout mat d’un noir grisatre. Cet Antimoine est fort peu en usage dans la Medecine, à moins qu’il n’aye été fondu, comme il se verra cy-aprés. Les Alchimistes s’en servent pour leurs preparations particulieres.

On choisira l’Antimoine mineral bien pur, c’est à dire le moins remply de roches que faire ce pourra, il n’importe d’où vienne l’Antimoine mineral, pourveu qu’il soit net ; quoy qu’il y en a qui pretendent que celuy d’Auvergne soit beaucoup plus rempli de soufre.

Antimoine de Siam.

Les Gens de la suite des Ambassadeurs de Siam ont apporté quantité d’Antimoine Mineral, mais son usage n’est pas encore connu. Cet Antimoine est blanc & par petites éguilles, & autant que je l’ay pû connoître fort propre pour employer aux mêmes usages que l’Antimoine Mineral de France. Pour ce qui est de l’Antimoine de Hongrie je n’en diray rien, en ce que je n’en ay jamais veu.


p. 59

CHAPITRE VII.

Du Diaphoretique d’ Antimoine.

LE Diaphoretique d’Antimoine, ou Antimoine Diaphoretique, ou Chaux d’Antimoine, est de l’Antimoine de Poitou & du salpêtre rafiné incorporé ensemble, & par le moyen du feu & de l’eau chaude on en fait une poudre, qui étant presque seche on en forme de petits trochisques que l’on fait secher bien proprement, & on les garde pour le besoin. Ce remede est quelque peu en usage pour guerir les fiévres malines, c’est pourquoy quelques uns l’ordonnent contre la pesteou maladies contagieuses en ce qu’il est sudorifique, & chasse le venin au dehors. Il y a quantité de personnes qui n’y ajoûtent pas grande foy, en ce qu’ils prétendent qu’il n’a aucune vertu, n’étant qu’une espece de craye ; ce que je ne sçay pas, & ce que je laisse aux Medecins. Comme ces Messieurs là avec cette pensée luy substituënt des choses que d’honnêtes gens auroient de la peine à s’imaginer, comme du blanc de seve, de la ceruse, & autres semblables à quoy il faut bien prendre garde; ce qui fera qu’on l’achetera toûjours d’honnetes gens : car je ne scache pas aucune épreuve pour le connoître, sinon que le veritable Antimoine Diaphoretique doit être extrémement blanc, velouté, fryable, d’aucun goust ni odeur, étant tout-à-fait insipide. Quelques habiles gens m’ont assuré que le temps faisoit changer de qualité à l’Antimoine Diaphoretique ; car au lieu qu’il est sudorifique nouvellement fait, lors qu’il est vieux il devient vomitif ; ce que je n’ay pas experimenté : mais quoy qu’il en soit, le plus nouveau fait doit être toûjours preferé.

On pourroit tirer des lotions deux sortes de sels, mais le peu que l’on en pourroit retirer faitque je ne conseille à personne de s’y amuser.


p. 83

LIVRE TROISIEME.

PREFACE

Des Bitumes.

LE mot de bitume à proprement parler signifie une matiere inflamable, grasse, & onctueuse qui se trouve de differentes couleurs & consistance, tant dans les entrailles que sur la superficie de la terre ou nageant sur l’eau, c’est pour ce Sujet que nous avons de plusieurs sortes de bitumes, les uns durs, les autres mols, & les autres coulant comme de l’huille, les bitumes épais que nous vendons, sont l’ambre jaune, le gest, le bitume de Judée, le Pis-asphaltum, le charbon de terre, la pierre noire & les souphres, les mols sont le Maltha, le bitume de Colao, de Sirnam & le bitume copal, les liquides sont le Naptha d’Italie & le Petroleum dont la description se trouvera cy aprés décrite les unes aprés les autres.


p. 93

CHAPITRE XIV.

Des Beaumes de Souphre

LEs Beaumes de Souphre se font de deux manieres, dont la premiere se fait avec de l’huile d’anis verte & la veritable fleur de Souphre que l’on fait dissoudre ensemble, & est appellé Beaume de Souphre anisé, à qui l’on attribuë Beaume de de grandes proprietez comme il se verra par la suite.

. . .

Jaune de Naple.

Outre les Souphres on nous apporte de Naple une Terre ou pierre jaune que le mont Etna jette, qui est ce que nous appellons jaune de Naple, & duquel les Peintres se servent. Cette terre est assez rare, & pour qu’elle soit de la qualité requise, elle doit estre sableuse & la plus haute en couleur que faire ce pourra ; cette terre est un Souphre recuit dans les entrailles de la terre, ce qui le rend sec & fryable.


p. 97

LIVRE QUATRIEME.

PREFACE.

Des Pierres.

J’Entens par le mot de pierre un corps solide & dur, qui ne se peut fondre au feu ni s’étendre sous le marteau & qui s’est formé dans la terre par succession de temps, & qui est une espece de mineral. Je diviseray ce Chapitre en deux classes, sçavoir, en pierres précieuses & en communes, j’entens par pierres précieuses celles qui sont cheres, soit pour estre rares ou soit qu’elles viennent de loin, & par celles qui sont tres dures, petites & brillantes ; & par les communes, celles qui nous sont communes & de peu de valeur, ainsi je commenceray par les hyacinthes, comme estant les plus belles de toutes celles que nous vendons, & des quelles nous tirons plus d’usage. On sera averty que je ne parleray que de celles que nous vendons, ne voulant point entrer dans le détail des pierres fines que les Joailliers ou Lapidaires vendent, n’y connoissant rien.


p. 101

CHAPITRE VII.

De la pierre d’azur.

LA pierre d’azur que nous appellons plus communément lapis la zuli, & d’autres lapis Cyaneus ou lapis Stellatus est une pierre pesante, d’un bleu cœleste, quelquefois remplie de gangue ou de roche, & le plus souvent garnie de veines de cuivre que les Anciens & quelques Modernes ont cru estre de l’or ; la plus grande partie du lapis que nous avons vient de Perse & des grandes Indes, & quelques-uns assurent qu’il se trouve ordinairement dans les mines d’or, & qu’elle en est sa marcaciste. Quoyqu’il en soit il est certain que le lapis que nous vendons se tire des carrieres comme l’on tire icy la pierre ; c’est ce qui fait que nous en avons de differentes grosseurs, le lapis la zuli pour estre parfait & propre à faire l’Outremer qui est son principal usage, à la reserve des ouvrages qui s’en fait, doit estre pesant, d’un bleu foncé semblable à de belle inde, le moins remply de veine cuivreuse ou souphreuse que faire ce pourra, on prendra garde qu’il n’ait esté frottée avec de l’huile d’olive, afin qu’il paroisse d’un bleu plus foncé & turquain ; mais la fourberie ne sera pas difficile à connoître, en ce que le beau lapis doit estre d’un plus beau turquain dedans que dessus, on rejettera aussi celuy qui est plein de roches, & de ses prétenduës veines d’or, en ce que lors que l’on le brûle pour en faire l’Outremer, il put extremement, ayant l’odeur du Souphre qui marque que ce n’est que du cuivre & non de l’or, & parce qu’on le passe par un pastel pour le separer de sa roche, on y trouve un gros déchet, ce qui n’est pas d’une petite consequence, parce que la marchandise est chere : c’est encore une erreur de croire comme quelques-uns le marquent, que le beau lapis doit augmenter de poids au feu, il est bien vrai que plus le lapis est beau, moins il diminuë, & qu’il s’en trouve quelquefois qui est déchu de si peu,que cela ne vaut pas la peine d’en parler, & quelque bon qu’il soit, il diminuë toûjours, ce qui est bien éloigné d’augmenter, on le doit mettre aussi au feu comme l’Outre-mer pour voir s’il est bon, car le bon lapis ne doit pas changer de couleur aprés avoir esté rougi ;

Lapis lazuli de France.

ce choix de lapis est bien different de tous ceux qui en ont écrit, en ce qu’ils disent que celuy qui est le plus rempli de ses veines jaunâtres ou veines d’or doit estre le plus estimé, ce que je soutiens faux, puisque plus il s’y en trouve & moins on en fait d’estime, principalement par ceux qui sçavent ce que c’est & pour ceux qui en veulent faire l’outremer, on prendra garde aussi que ce ne soit du lapis verdâtre assez commun en France, en ce qu’il s’en trouve proche de Toulon, ou quece ne soit du faux lapis compose d’étain & de safre, comme je l’ay marqué au Chapitre des émaux.

Le lapis a quelque peu d’usage dans la Medecine en ce qu’il entre dans plusieurs compositions galleniques comme la confection d’alkermes & autres.

Il y a des Auteurs qui attribuent beaucoup de proprietez au lapis entre autres Monsieur Demeuve où le Lecteur pourra avoir recours, & il y a quelques Auteurs qui disent que le lapis, la zuli & la pierre Armenienne sont presque semblables, ce qui ne se trouvera pas comme il se verra à la page suivante.


p. 102

CHAPITRE VIII.

De l’Outre-Mer.

L’Outre-Mer est à proprement parler un précipité que l’on tire du lapis, la zuli par le moyen d’un pastel composé de poix grasse, de cire jaune, d’huile de lin & autres semblables, quelques- uns disent que l’on a donné le nom à ce précipité d’Outre-mer, en ce que le premier Outre-mer a esté fait en Chipre, & d’autres qui veulent que ce nom luy a esté donné parce que son bleu est beaucoup plus beau que celuy de la mer. Un de mes amis m’a assuré que le premier Outre-mer avoit esté fait en Angleterre par un homme de la Compagnie des Indes, mais qu’ayant eu quelque different entr’eux, il ne put mieux se vanger d’eux qu’en découvrant ce secret à d’autres personnes, mais quoyqu’il en soit, on doit choisir l’Outre-mer haut en couleur, bien broyé, ce qui se connoîtra en la mettant entre les dents, s’il est sableux c’est une marque qu’il n’est pas assez broyé & pour voir s’il est veritable sans aucune falsification, on en mettra tant soit peu dans un creuset pour le faire rougir, si sa couleur ne change point au feu, c’est une marque qu’il est pur, car s’il est mélangé on y trouvera dedans des taches noires. Son usage est pour pindre en huile & en mignature.

La maniere de faire l’Outre-mer est décrite dans tant de livres, que je n’ay pas jugé à propos de le repeter icy. Je diray seulement que ceux qui le préparent en font jusqu’à quatre sortes, ce qui ne provient que de differentes lotions, & que la premiere est plus belle que la derniere.


pp. 108–109

CHAPITRE XX.

De la pierre d’Aigle.

ON appelle pierre d’Aigle certaines pierres qui sont creuses vers leur milieu, & qui renferment un noyau pierreux & argilleux qui fait du bruit quand on secouë la pierre.

On en trouve ordinairement de quatre sortes, & on les appelle indifferemment en Latin Lapis ætites, mais le noyau s’appelle callimus. La premiere est brune, ovale, ordinairement longues de deux à trois pouces & demi de large, raboteuse, & qui reçoit un assez beau poli. La seconde est un peu moindre que l’autre ; il semble qu’elle soit faite par couches & paroît participer beaucoup du fer, car elle est couverte d’ocre comme les marcacistes de fer. La troisiéme espece est raboteuse & semble composée des débris de petits caillous luisants, & de differentes grosseurs, dont les uns sont bruns & les autres roussâtres, & quelques-uns comme transparents, tous ces caillous sont unis fortement par un ciment naturel, & l’on ne trouve le plus souvent que des grains de sable dans son creux. La quatriéme espece est blanc-cendrée & renferme de l’argille ou de la marne, cette espece vient d’Allemagne. La premiere & la seconde se trouvent dans les fondrieres du Cap saint Vincent en Portugal, & dans les montagnes proche Trevoux dans la principauté de Dombes, on est desabusé aujourd’huy qu’elle se trouve dans les nids des Aigles ; il seroit à souhaitter que les vertus que l’on attribue à la pierre d’Aigle fussent bien certaines ; les Auteurs assurent qu’elle facilite l’accouchement si on l’attache à la cuisse d’une femme qui est en travail, & qu’elle empêche les fausses couches si on l’attache au bras, on croit que mise en poudre & mêlée dans un Cerat, elle diminuë les peroxismes de l’épilepsie si on l’applique sur la teste, on prétend que la marne ou l’argille qu’on trouve dans son creux soit sudorifique, & qu’elle arreste les cours de ventre.

On sera peut estre surpris de ce que j’ay dit à la page 44 au Chapitre de l’Aigle, que nous vendons les pierres que ces oiseaux mettent à l’entrée du trou de leur nid pour garentir leurs petits de la foudre & des injures du temps, ce n’a esté que parce que je ne suis pas certain que la chose soit effectivement vraye ; mais la plus saine opinion d’aujourd’huy est que ces pierres que nous vendons sous le nom de pierre d’Aigle, ne sont autre chose que ce que je viens de marquer.


p. 110

CHAPITRE XΧΙΙΙ.

Du Cobalthum.

LE Cobalthum ou Kobaltum est une pierre rougeâtre, dure, pesante & par grains, de la grosseur de nos poids, qui font attachez plusieurs ensemble à une espece de gangue & à une marcachiste semblable à l’antimoine mineral, ce Cobalthum se trouve ordinairement dans les mines d’argent, & est la peste aux ouvriers estant un dangereux poison, car si par malheur il en tombe dans de l’eau & que le mineur ou Mineraliste soient obligez d’aller dans cette eau, ils sont seurs d’avoir les jambes toutes ulcerées. Ce Cobalthum est bien different de celuy de quelques Auteurs qui marquent que c’est la Cadmie ou pierre Calaminaire. Mais ils se sont lourdement trompez, comme il est facile de le voir.

A l’égard de ses usages, il me sont inconnus, sa rareté fait que l’on n’en demande que tres peu.


p. 111

LIVRE CINQUIEME

PREFACE

Des Terres.

JE comprendray en ce Chapitre non seulement les terres qui ont quelques usages en Médecine ; mais encore celles dont les Peintres se servent, en un mot tout ce qui est tendre fryable ; & pour ce sujet n’ont pû estre mis au rang de pierres. Je comprendray en ce Chapitre tout ce que l’on tire des terres, c’est-à-dire de celles qui font partie de nostre negoce. J’ay mis au nombre des terres le Cachou, non pas à cause de la ressemblance qu’il a de la terre, mais parce que la plupart veulent que s’en soit une, ainsi qu’il en porte le nom, comme il se verra au Chapitre suivant.


pp. 113–114

CHAPITRE IV.

De l’Ocre.

L’Ocre jaune & rouge n’est qu’une même chose, son naturel est jaune, & on la convertit en rouge par le moyen d’un fourneau de reverbere dans lequel on la met pour faire rougir par la force du feu. Toutes les bonnes mines d’Ocre de France sont en Berry, & entr’autres celle qui est au lieu appellé Saint George sur la Prée sur le bord de la riviere d’Ucher à deux lieux de la Ville de Vierzon en Berry ; on la tire de la même maniere que le charbon de pierre. Cet Ocre se trouve à 150 jusqu’à 200 pieds de profondeur en terre, de l’épaisseur de 4 jusqu’à 8 pouces seulement au dessous de cet Ocre. Il se trouve un sablon blanc semblable à celuy d’Estampe, & au dessus dudit Ocre, c’est une terre jaune, argilleuse, qui ne vaut rien.

Il vient aussi de l’Ocre jaune & rouge d’Angleterre d’un endroit qui s’appelle Ruë, elle est plus brune que celle de France, mais moins bonne, parce que de sa nature elle est seche à cause qu’elle provient d’une terre pierreuse que l’on broye au moulin, au lieu que celle de Berry est naturelle, a plus de corps, est plus grasse & foisonne davantage, & beaucoup meilleur à l’huile, cela est tellement vrai que les Hollandois en demeurent d’accord, dautant qu’ils ne peuvent employer celle d’Angleterre à moins qu’ils n’y mettent parmi la moitié de celle de Berry.

L’Ocre jaune & rouge a beaucoup d’usage pour la peinture, la plus estimée est celle qui est seche, tendre, fryable & haute en couleur & la moins graveleuse.

Il nous vient encore d’Angleterre un Ocre rouge que nous appellons ordinairement brun rouge dont on se sert pour la peinture, & le brun rouge qui est d’une couleur bien foncée est appellé potée, dont on se sert à polir les glaces.


CHAPITRE V.

De la terre verte.

NOus vendons de deux sortes de terre verte, sçavoir la terre verte de Verone que l’on nous apporte d’auprés de Verone en Italie, d’où est venu son nom & la terre verte ordinaire.

La terre de Veronne doit estre pierreuse & la plus verte qu’il se pourra, & prendre garde qu’il n’y ait point de veines de terre dedans .

La terre verte ordinaire doit estre la plus verte & la plus approchante de la Veronne qu’il se pourra.


CHAPITRE VI.

De la terre de Cologne.

LA terre de Cologne est une terre tout à fait semblable à la terre d’ombre, la reserve qu’elle est plus brune. Cette terre a quelque usage dans la peinture. On la doit choisir tendre & fryable, la plus nette & la moins remplie de menu qu’il sera possible.


CHAPITRE VII.

De la terre d’ombre.

LA terre d’ombre est en pierre de differentes grosseurs & nous vient d’Egipte & autres endroits du Levant.

Le choix de cette terre est d’estre tendre, en gros morceaux, d’une couleur minime tirant sur le rouge, en ce qu’elle est meilleure que la grise.

Son usage est pour la peinture, avant que de broyer la terre d’ombre, on la brûle tant pour la peinture en huile que pour les Gantiers, estant brûlée de vient plus rougeâtre .

Il en faut éviter la fumée estant fort puante & nuisible.