Bosse 1653

Abraham Bosse, Moyen Universel de Pratiquer la Perspective sur les Tableaux ou Surfaces Irrégulières. Ensemble Quelques particularitez concernant cet Art & celuy de la Gravure en Taille-Douce, Paris [Abraham Bosse] 1653.


pp. 40–61

EXPLICATION
PAR
FIGVRES ET PAR
DISCOVRS,
DES
CHOSES CI DEVANT
DITES

PAR
A BOSSE Graveur en
Tailledouce

AVEC
PRIVILEGE DV ROY
M. DC. LIII.

PREMIERE PLANCHE ou FIGVRE.

CEtte Planche est divisée en trois parties, sur lesquelles sont representées les positions ou scituations de six Tableaux plats. Dans la premiere en haut vous y voyez celuy A nommé Vertical. Et les deux B C nommez horizontaux, l’un comme B veu de bas en haut, & celuy C de haut en bas, Par l’Oeil O.

Dans la figure ou partie du milieu, vous y avez de mesme un Tableau plat incliné D, & un en plat fonds E, lesquels si l’on veut feront à l’Oeil du regardant O. la sensation ou vision de verticaux comme celuy A.

Puis en la partie d’embas est representé un mur ou Tableau vertical F, placé de biais à l’égarddu regardant O, lequel si on le desire aussi, parestra à l’Oeil de front ainsi que le treillis ou carelage eflevé a b c d duquel la ligne ou cote b d est jointe paralellement au costé dudit Tableau F.

Ce qui se doit bien remarquer de ces six sortes de Tableaux pour tracer dessus les eschelles de front & fuyantes & tels objets que l’on voudra, est que par nostre maniere, & selon telle distance & eslevation d’Oeil proposée ou donnée, cela se peut faire facilement & promptement sur les trois d’en haut A B C, sans qu’il soit besoin de faire un petit Tableau modelle, & qu’il n’y a aucune difference en la pratique d’en faire un vertical ou un horizontal veu de bas en haut ou de haut en bas, ainsi que cela se peut voir dans mon premier Livre & en celuy-cy aux deux Planches 22, & 23.

Et encore que par nostre-dite maniere l’on peût faire la mesme chose sur les trois derniers Tableaux, neantmoins à cause qu’il faudroit comme j’ay dit souvent, sçavoir un peu plus de Geometrie pratique que la pluspart des Peintres, j’ay creû que pour ces Tableaux plats & les suivans courbes & irreguliers ; Il seroit à propos d’en faciliter la maniere par l’ayde d’un petit Tableau modelle, & d’autant plus que cela se fera plus promptement & aussi iuste qu’autrement.

Souvenez-vous donc que pour faire quoy que ce soit sur les Tableaux plats, verticaux & horizontaux, il n’est point necessaire d’avoir de Tableau modelle, mais bien pour ces inclinez de biais & courbes, comme il sera dit en la Planche qui suit.

PLANCHE 2.

VOus voyez representé en perspective au haut de cette Planche une forme de salle ou gallerie en voûte, sur laquelle il y a le partagement de trois Tableaux A B С.

Pour celuy A je suppose qu’on desire qu’il apparoisse à l’Oeil du regardant a o vertical ou à plomb posé sur son pied droict ou costé F de la dite galerie, ainsi que la ligne pointée à plomb F G.

Or par les Planches qui suivent vous sçaurez à quoy doivent seruir les lignes occultes ou pointées qui vont des divisions de la dite pointée à plomb F G à l’œil O, couper celle c f & que la pointée o s F doit estre la distance pour faire le Tableau modelle, & semblablement O f la distance pour faire le treillis perspectif sur le Tableau voûté A.

Le Tableau B estant destiné pour paroistre à l’Oeil du regardant plat & horizontal, il oblige à faire un petit Tableau modelle suivant la distance s B & position d’Oeil B, & bien que ce treillis de seize carrez luy soit apposé, ce n’est que pour donner à entendre qu’ayant fait sur le Tableau modelle les objets tels que l’on voudroit qu’ils apparussent à l’Oeil sur ladite voûte ou Tableau horizontal B, & en suite un mesme nombre de petits treillis ou carrez, qu’ayant tendu des filets ou ficelles pour faire un tel autre treillis de 16. carrez sur ladite voûte comme il sera plus amplement expliqué cy-apres, puis en suite mis une chandelle au point s Oeil du regardant t s. Ces filets ou ficelles feront par leurs ombres un treillis perspectif, ainsi que le pourrez plus facilement voir au bas de cette Planche sur la voûte M.

Pour le Tableau C, je suppose qu’avant posé le regardant a o au lieu dela pointée F I, se seroit la mesme chose.

Vous remarquerez aussi que si on vouloit faire la representation d’un Tableau horizontal sur une voûte irreguliere, & pour exemple sur une de Cloistre ou en arreste comme en bas à vostre droicte au lieu N, ce sera toute la mesme chose, & qu’il faudra ainsi faire un Tableau modelle horizontal suivant sa distance.

Vous allez voir en la Planche qui suit comme il n’y aucune difference de tracer les eschelles de front & fuyantes perspectives, & par consequent un treillis sur un Tableau plat, horizontal ou en plat fonds, que sur un vertical.

PLANCHE 3.

L’Exemple d’en haut de cette Planche, vous represente un Tableau plat vertical ou posé à plomb sur le plan d’assiette a g h i, que ao est l’eslevation de l’Oeil sur iceluy aussi à plomb ; Que o F est la distance & F le point de veuë ; Et finalement que g h est le plan d’assiette carelé derriere ledit Tableau g d b c.

De mesme en la figure d’embas, g d e b est le Tableau, O la place ou position de l’Oeil, F le point de veuë sur iceluy & O F, la distance du dit Oeil O à ce Tableau, & toute la difference qu’il y a entre ces deux Tableaux n’est qu’en la position, & qu’au lieu qu’en haut le regardant a o est debout, embas il est couché, & si vous tournez ce Livre de forte que la ligne E g h 3 soit le bas de cette Planche comme est à present celle E V, vous verrez d’autant plus à clair cette verité.

Donc puis qu’il ne s’agist icy que de sçavoir faire un treillis ou carrelage perspectif sur diverses surfaces ou Tableaux plats ou courbes : Ie dis que pour en venir à bout sur ceux qui sont plats de quelques scituations ou positions qu’ils soient, le point de veuë se trouvant sur iceux ; les dits treillis se pourront tracer à la reigle ou au filet, ainsi que les Tableaux verticaux plats comme vous verrez.

Considerez donc que j’ay entendu que le Tableau g c d b figure d’embas est placé comme un horizontal ou en plat-fonds ; Toutefois je ne pretends pas pour tracer le treillis ou carrelage representé au plan d’assiette carelé g h, qu’il y ait sur ledit plan ou carrelage aucun objet eslevé ainsi que vous en pourrez descouvrir la raison cy-apres à moins que vous ne l’ayez fait dés à present.

En la Planche qui suit vous allez voir un moyen de tracer sur deux Tableaux verticaux l’un sur l’autre, les treillis perspetifs & tels objets que l’on desirera.

PLANCHE 4.

VOus voyez en cette Planche comme à vostre gauche la representation de deux Tableaux plats & verticaux ou à plomb l’un sur l’autre F A, & sur iceux les mesmes treillis & objets desseignez perspectifs selon une mesme distance F O ou scituation d’Oeil O.

Or ce qu’il peut y avoir de difference de l’un à l’autre, est qu’au Tableau de dessous, le point de veuë F se trouve dedans, & par consequent hors de celuy d’en haut, & que l’Oeil du regardant voit le treillis ou carrelage de celuy d’embas par dessus & une partie des objets ; & au contraire de celuy d’en haut il voit le tout par dessous, & ainsi cette eslevation est cause qu’une partie fuyante des dits objets luy est cachée par la baze e u.

I’ay mis haut à vostre droicte la representation des objets dudit Tableau d’en haut, afin que vous les voyez de front ainsi qu’il est supposé que l’Oeil O du regardant les voit.

Mais souvenez-vous que le principal sujet qui m’a obligé de representer ces deux Tableaux & sur tout celuy d’en haut, est pour donner à entendre le moyen de faire le petit Tableau modelle, pour servir à faire que les Tableaux plats-fonds inclinez & courbes paroissent à l’Oeil, verticaux, horizontaux ou autrement, & aussi que d’ordinaire tels Tableaux sont haut eslevez.

Par ainsi vous voyez qu’ayant à representer sur une surface platte un Tableau ainsi eslevé haut, il ne seroit pas besoin si l’on ne vouloit, d’en faire un petit modelle, quoy que ce point de veuë F fust dehors, puis qu’il y a un moyen de le trouver sans en sortir, dans les Planches 53, 54, 55, 56, de mon premier traité en cas que l’on n’eust pas de place pour ce faire ainsi qu’en ce Tableau d’en haut.

Mais ce qui est à notter comme j’ay dit, est qu’ayant à faire un Tableau ainsi eslevé, & par exemple sur une voûte il faudra pour en faire le petit Tableau modelle, voir combien il y a de pieds depuis l’oeil O jusques au point F, ce qui sera la distance, & de combien le dit point de veuë F est esloigné de la baze du dit Tableau d’en haut e u.

Et d’autant qu’il y a encore quelques particularitez à dire sur ce sujet les trois Planches suivantes acheveront le reste, puis que je n’ay pas icy grande place pour en dire davantage.

PLANCHE 5.

CEtte Planche n’est faite que pour vous avertir que si en lieu de faire par la regle effective de perspective sur les petits Tableaux modelles, les objets comme en la Planche de cy-devant, vous les aviez ainsi de relief tels que vous desirez les representer sur vos divers grands Tableaux ou que vous les eussiez modelez ; Qu’il ne faudroit faire autre chose que de les placer en un lieu eslevé proportionnellement à l’endroit où vous les desirez representer & suivant une mesme distance & eslevation d’Oeil.

Et pour exemple supposez que vous soyez le regardant A O, & que vous estant reculé d’une distance convenable comme O F, en sorte que vous ayez moyen d’embrasser d’une seule Oeillade la hauteur de l’objet, depuis F iusques en haut vers M, & en cette position que vous ayez precisement desseigné & coloré en petit la dite figure ou objet & ses despendances.

Cela estant il n’y aura qu’à tracer dessus ce petit dessein ou Tableau untreillis ou petit-pied geometral, si petit que vous voudrez, ainsi qu’il sera dit derechef en la Planche qui suit.

Lors vous n’aurez qu’à determiner le lieu ou la surface sur laquelle vous desirerez representer ce qui est sur vostre petit dessein ou Tableau, soit en plat-fonds, incliné, en voûte ou aument en prennant la mesme distance O F & l’eslevation de l’Oeil A O, & la transporter audit lieu proportionnellement.

Et pour m’expliquer mieux pour le commun des Ouvriers de cette proportionnalité, ie dis que si vous avez desseigné d’apres un objet grand comme le naturel il faut prendre & raporter audit lieu où vous desirez travailler en grand, cette distance O F de la mesme grandeur.

Et si au contraire ç’a esté apres un petit objet, par consequent vous devez avoir pris une petite distance proportionnée : de mesme vous devez la ragrandir suivant ledit lieu où vous avez à travailler.

La Planche qui suit est le moyen de faire ledit Tableau modelle & son treillis dessus.

PLANCHE 6.

VOus voyez icy un petit Tableau modelle composé de figures & partie d’Architecture, dont sa baze ou fondamentale de front E n V est eslevée au dessus de la ligne du Plan de l’Oeil Z F X autreinent horizontale & veu de 12. pieds de distance ainsi que cela se voit par les 12, divisions marquées sur l’intervale Z G, prise à la volonté sur ladite ligne du plan de l’Oeil Z G X suivant nostre mesme pratique.

I’ay mis surle pied droict H E, V R les deux treillis perspectifs & leur eschelles fuyantes coupées n Z & H Z, pour faire connoistre que l’on peut se servir de l’une & de l’autre pour faire ledit Tableau modelle estant la mesme chose, vous devez voir aussi que F est le point de veuë.

Et en cecy vous considererez de plus, qu’alors que l’on desirera faire sur quelque surface ou Tableau plat-fonds, incliné ou courbe, regulier ou non, une telle representation que l’on pretend estre le naturel, Il faut se contenter de ce que l’Oeil en peut voir, car chacun sçait bien que d’autant que les Planchers des theatres sur lesquels les Acteurs sont posez en representant leurs Comedies, seroient eslevez au dessus de la hauteur de l’Oeil des Spectateurs, d’autant moins verront-ils entiers lesdits Acteurs, & de plus lors qu’ils seroient reculez, enfoncez ou esloignez de la baze dudit theatre.

Mais comme les lieux où l’on est obligé de representer ces divers Tableaux, ainsi que sur les voûtes ou autres plats-fonds inclinez, leurs bazes sont eslevées plus haut que ces theatres, il faut subir à cette sujection, à moins que sur de tels Tableaux l’on y voulust representer des bas reliefs ou tels autres corps & ornemens qui ne demanderoient point de si grands esloignemens fuyants.

Et sur ce sujet la pensée m’est venuë de ce que j’ay dit aux discours cy-devant, que l’on peut aussi representer sur de telles surfaces des Tableaux ordinaires sans considerer par quelle distance & hauteur d’Oeil ils ont esté faits à veuë d’oeil ou par regle.

Mais revenons à nostre principal but qui est qu’ayant fait un tel petit Tableau modelle que celuy-cy ou autrement, il faudra faire dessus, un treillis ou petit pied de carrez égaux entr’eux comme les pointées que vous voyez dessus iceluy, & aussi petits que vous voudrez, pour plus facilement & iustement raporter les contours de vos objets qui font dans iceluy sur un pareil nombre de treillis perspectifs faits sur une voûte ou tel autre Tableau, ainsi que vous allez voir en la Planche qui suit ce mesme Tableau modelle transporté sur un treillis supposé fait sur une voûte cilindrique.

PLANCHE 7.

AYant sçeu comme il sera dit cy apres, de quelle sorte l’on faire treillis perspectif sur un Tableau ou surface irreguliere, il ne resteroit plus qu’à sçavoir celuy de trouver sur lesdits treillis, les endroicts & place de la scituation des contours des objets par proportion à ceux dudit Tableau modelle.

Ainsi par la precedente Planche du petit modelle treillissé de treillis égaux, & par celuy-cy en voûte treillissé de treillis inégaux pointez & de pareil nombre que celuy dudit modelle. Vous jugez & voyez bien le moyen sans que je m’en explique davantage, de faire le tout par conformité & proportion, qui est à direde placer les parties desdits objets, carrez pour carrez & place pour place.

Et comme les six pieds de front qui sont sur les pointées de front a b, c d, e f, g h, i k, & davantage s’il y en avoit en s’éloignant de leur fondamentale ou baze E V deviennent plus petits par une proportion expliquée aux Planches 125, 126, de mon premier Livre, touchant la diminution dela couleur qui se trouve sur une telle de front à comparaison & par proportion de celle qui est sur la semblable de front du treillis du petit Tableau modelle de cy-devant, soit de sa moitié du tiers, du quart, & ainsi du reste.

Car il est tres-constant que pour faire que ce qui sera desseigné & peint sur une telle voûte ou plat fonds qui incline ou s’avance vers l’Oeil du regardant, luy paroisse se redresser à plomb ou verticalement sur son pied droict E Q, P V, il faut que les parties de l’objet qui sont ainsi les plus avancées, soient plus petites & plus foiblement colorées à proportion que celles qui sont sur la fondamentale de front E V.

Et d’autant que faisant les treillis ou carrez grands sur ledit modelle, ils le seroient d’autant plus sur le grand Tableau naturel, & que sur une voûte il seroit difficile de bien trouver precisement les contours des objets ; ie donne cet avis de faire lesdits treillis les plus petits que l’on trouvera à propos pour par ce moyen rendre le tout plus correct ou plus juste.

PLANCHE 8.

QVoy que dans mon premier Traité vous ayez veu ou pouvez voir le moyen de couper l’eschelle fuyante, & ensuite faire un treillis perspectif sur un Tableau plat vertical, ie ne lai[sse]ray pas icy (& pour cause) dele reïterer.

Ce Tableau g c d b est ainsi que j’ay dit, supposé estre plat & ces quatre angles droicts ou à l’équierre, la ligne du plan de l’Oeil Z C F X autrement horizontale eslevée au dessus de la baze dudit Tableau g e c de trois pieds & demy, & la distance de l’Oeil du regardant de six ; I’ay representé ledit regardant assis & un peu plus petit qu’il ne devroit, afin qu’il ne cachast point une partie du Tableau, & aussi pour mieux voir ladite distance O F.

Remarquez donc que pour tracer ou couper perspectivement ladite eschelle fuyante, de quel nombre de pieds ou telle mesure que vous voudrez par nostre maniere universelle ; Vous n’avez qu’à ouvrir vostre compas de telle ouverture que voudrez & porter cette mesme grandeur en tel endroit qu’il vous plaira sur la ligne du plan de l’Oeil Z F X, & par exemple du point Z autant de fois que ladite distance contient de pieds comme de Z en C, puis transporter encore une fois cette mesme ouverture de compas ou l’une de ces six grandeurs sur la baze g e c comme de g en n, & dudit point n à celuy Z mener la pointée n Z, & en suite tirer une autre pointée du point g au point c derniere de ces six divisions, & où elle coupera la pointée n Z mener la de front o p paralelle à sa fondamentale g e c, puis du point 1 une autre droite 1 q e qui coupera encore ladite pointée n Z au point q. & par le point 2 mener une autre de front 2 g r & ainsi faire la mesme chose pour 3 s & autres de front suivant que vous en aurez de besoin.

Vous allez voir sur la Planche qui suit que le moyen de faire un tel treillis perspectif sur un Tableau plat-fonds que l’on desire qu’il paroisse à l’Oeil du regardant vertical ou à plomb sur l’horison est le mesme que de celuy-cy.

En la Planche suivante est representé que la maniere de faire ces eschelles de front & fuyantes sur un Tableau plat & incliné vers l’Oeil du regardant, est ainsi que celle-cy.

PLANCHE 9.

SVr cette Planche il vous est representé en perspective la forme & portion d’une petite chambre, galerie ou cabinet & par ainsi le plan d’assiette N M R V, où est scitué le regardant A O puis les deux murs ou costez & le fonds ou pied droict V t g M, & finalement son plancher ou plat- fonds g c d b, sur lequel plat-fonds il est supposé qu’on vueille representer cette fenestre ou porte en arcade que j’ay supposée estre eslevée à plomb sur la de front g e c ou baze dudit Tableau plat-fonds g c d b derriere luy.

Ayant donc dessein de faire un treillis perspectif sur un tel Tableau plat-fonds afin qu’il fasse l’effect que j’ay dit.

Il faut tout premierement determiner le lieu d’où on veut regarder ladite surface, autrement la position ou scituation de 1’Oeil, puis la distance, & pour ce faire supposez que la figure A O foit à plomb sur le plan d’assiette ou plancher N M R V.

Puis ayant eslevé du point de l’Oeil O une ligne à plomb O e f tant qu’elle rencontre ledit plat-fonds ou Tableau g c d b comme au point f & dudit point f mener une droicte de front Z f X paralelle à la de front ou baze g e c.

Lors il faudra mesurer combien ladite ligne O f contient de pieds, alors par ce moyen vous ferez l’eschelle fuyante comme il a esté expliqué en la Planche precedente & comme vous la voyez tracée au costé du dit plat-fonds comme au triangle g C Z & g n Z & les six parties dela distance contenuë dans l’intervale Z C, & des autres droites pointées qui vont au point C.

Cela estant fait il ne vous restera qu’à mener les de front par les divisions perspectives fuyantes, paralelles à leur de front fondamentale g e c, & par les pieds ou divisions de cette de front g e c mener des fuyantes au point de veuë f, & par ce moyen vous aurez fait vostre treillis ou carrelage perspectif sur lequel vous pouvez desseigner quelle figure ou histoire que voudrez suivant & conformement au petit Tableau modelle fait pour cela.

I’ay placé sur le treillis dudit Tableau plat-fonds à peu pres la forme de ladite porte ou fenestre suivant le treillis geometral pointé, afin de donner à entendre qu’estant faite de la sorte sur ledit plat-fonds elle y doit parestre à l’Oeil du regardant de la mesme façon que celle tracée sur le treillis geometral pointé.

PLANCHE 10.

VOus voyez bien encore par cette Planche que la maniere ou pratique d’y tracer ce qui y est, ne doit pas estre diferante à celle des deux autres Tableaux verticaux & en plat-fonds de cy-devant.

Puis que g nc est la fondamentale de front ou baze du Tableau & g bc d ou 8 d les montans ou costez & b d le haut, & que ces 4 angles sont aussi droicts ; Que la pointée Z f X est la ligne du plan de l’Oeil & f le point de veuë, & aussi que l’intervale dudit point f au point O Oeil du regardant A O est la distance laquelle est supposée de dix pieds, de sorte qu’ayant comme il a esté dit à la huictiesme Planche, ouvert le compas d’une grandeur à volonté & mis cette grandeur dix fois sur la ligne du plan de l’Oeil Z f X en commenceant au point Z & finissant à C, puis porté l’une de ces dix parties égales au bas dudit Tableau comme de g en n & tiré une droite du point n au point Z & du point g une autre à celuy de distance C, Et en suite par le lieu ou point que ladite ligne pointée g C aura fait sur n Z comme au point o faut mener une de front 1, o, p, paralelle à la fondamentale de front n c g, & du point 1 que ladite de front 1 o p a fait sur celle g z mener encore une autre droite pointée au point C ladite 1 C coupant n Z au point q par lequel faut tirer la de front 2 q m aussi paralelle à g c.

Puis faire ainsi tousiours la mesme chose pour autant de de front que vous en aurez à tracer en sorte qu’elles soient toutes paralelles entr’elles, & alors vous aurez coupé l’eschelle fuyante & les de front ; ne reste plus que de mener par les 8 pieds ou divisions qui sont sur la baze du Tableau g n c des fuyantes au point de veuë f, & d’autant qu’ayant tiré vostre derniere qui est c f il resteroit les deux triangles Z f g à vostre gauche & f X c à vostre droicte sans fuyante ny carreaux, il n’y a qu’à prendre sur la derniere de front comme celle 10, r s u le quelconque desdits 8 pieds contenus sur icelle comme celuy r x, & le porter d’un & d’autre costé comme de r vers 10 & de s vers u & par ces points mener des droictes au point de veuë f vers les montans c dg b, & ayant à tracer plusieurs fuyantes faire la mesme chose un plus grand nombre de de front estants faites.

La Planche qui suit donne le moyen de couper l’eschelle fuyante sur les profils des Tableaux.

PLANCHE 11.

PAr ce qui est representé en cette Planche vous devez voir que la ligne AB represente le profil d’un plan d’assiette du Tableau vertical E f M, lequel Tableau est perpendiculaire audit plan. Celuy C G d’un en plat-fonds. Celuy C H d’un incliné & plat, & celuy C N I d’un en courbure ou voûte cylindrique, Et finalement la ligne courbée C K L represente un Tableau dont la surface est courbée irregulierement comme un rocher, & de plus que la ligne C D laquelle est divisée en sept parties égales est en cette rencontre le profil du plan d’assiette des profils desdits Tableaux C G, C H, C N I, & C K L.

Mon intention est que O point de l’Oeil du regardant A O & tous ces profils de Tableaux & de plans d’assiette, ensemble toutes ces lignes pointées qui vont des divisions desdits plans aboutir audit Oeil O en un mesme point & la pointée O G H I L doivent estre entenduës ou conceuës dans un mesme plan ou coupe.

De plus que les coupes ou intersections que font cesdites fuyantes pointées sur ces divers profils de Tableaux sont les points perspectifs que l’on desire trouver sur iceux selon le rayonnement de la veuë & leurs scituations.

De sorte que si on pouvoit avoir une surface platte aussi grande que le lieu où on est obligé de travailler & en avoir les grandeurs des profils precis on pourroit sur icelle tracer par ce moyen les eschelles fuyantes pour puis apres les raporter sur le Tableau, ainsi que j’espere faire voir en son lieu.

Et faut bien noter que comme la ligne O f F profil du plan de l’Oeil est paralelle à son plan d’assiette B E A de mesme O G H I L le doit estre au plan d’assiette C D & que la distance de l’Oeil O au Tableau C G est O G de mesme à celuy C H, C N I, C K L, la distance est OH, O I, O L & aussi O f est la distance de l’Oeil au Tableau vertical E f M & A O son eslevation paralelle audit Tableau E f M.

Ie diray pour ceux qui ne sont pas beaucoup versez à reduire proportionnellement que n’ayant pas un lieu assez grand pour faire ce que dessus en diminuant toutes ces lignes ou grandeurs de la moitié, il leur suffira d’un lieu plus petit de moitié, & alors qu’ils voudront transporter l’eschelle fuyante sur son lieu naturel il n’y auroit qu’à y mettre dessus deux parties ou pieds fuyants perspectifs pour un.

PLANCHE 12.

POur derechef faire voir qu’encore qu’un Tableau soit scitué d’une autre façon devant l’Oeil du regardant que le vertical dont nous avons parlé, il ne faut ainsi qu’il a esté dit qu’à bien entendre ou comprendre ce que l’on fait & la raison pourquoy, aussi-tost l’esprit & l’imagination découvre que la difference est si peu de chose que cela ne merite pas le parler ou du moins d’en faire distinction.

Pour exemple considerez encore cette Planche en tournant ce Livre ainsi que vous avez fait cy-devant pour la troisiesme Planche, de sorte que la ligne à plomb K g L vous soit une de front vous remarquerez aussi-tost à la veuë que la ligne F O y represente la hauteur du regardant dont O est l’Oeil, laquelle F O & aussi le Tableau g c d b sont icy perpendiculaires au plan d’assiette K L N M qu’une partie dudit plan d’assiette supposé deriere le Tableau est carrelé de 9 carrez fuyants & de 6 de front égaux à ceux de la baze du Tableau g e c, & de plus que l’intervale du point O Oeil dudit regardant au point de veuë f est la distance, dont s’ensuit que la ligne fuyante e f du Tableau se peut diviser ou couper perspectivement suivant le moyen precedent si l’on tire des lignes parles divisions 1, 2, 3, 4, 5, 6, &c. qui sont sur la geometrale e 4 H au point de veuë O comme de celle 3 u O qui coupe la fuyante e f au point n.

De sorte qu’ayant cette fuyante e f ainsi divisée au Tableau l’on n’a plus qu’à mener par ces divisions des droictes paralelles entr’elles & à leur de front fondamentale g e c, comme celles p q, r s, t u, & autres ; Et en suite des divisions qui sont sur ladite de front g e c mener des droictes fuyantes au point de veuë f par ainsi vous aurez fait sur ce Tableau les carrez ou treillis perspectifs des geometraux qui sont sur le plan d’assiette.

Apres cecy entendu en remettant vostre Livre devant vos yeux à vostre ordinaire, en sorte que la droicte P Q soit vostre de front vous ne trouverez autre difference quoy que ledit Tableau soit supposé plat-fonds sinon que A est en cette position les pieds du regardant A O posez sur un autre plan d’assiette ou plancher & que la hauteur du regardant est moindre que celle F O que voyez cy-devant, & que l’Oeil O n’apoint changé de position & que O F est la distance pour faire le petit Tableau modelle & F son point de veuë.

PLANCHE 13.

PAr cette Planche vous verrez qu’il n’y aucune difference de tracer sur un Tableau plat incliné les eschelles de front & fuyantes que sur les precedents.

Ie croy donc sans le vous dire davantage que par la veuë des exemples cy-devant & des lettres qui leur servent de cottes vous pouvez reconnoistre icy la forme & scituation du Tableau, & une bonne partie des autres particularitez.

Toutefois pour un plus grand éclaircissement je vous diray encore qu’icy la ligne F e H est perpendiculaire à celle A B, que sa portion e H divisée en 13. parties égales est le profil du carrelage ou objet ou comme j’ay dit du plan d’assiette, que la ligne pointée O f luy est paralelle, que l’intervale du point O au point f c’est la distance de l’Oeil du regardant au dit Tableau & A O l’eslevation du dit Oeil à plomb sur la ligne A B. Et de plus qu’en tournant encore vostre Livre comme cy-devant, de sorte que la ligne B F e H ou celle N g 13. vous soit de front, & que la pointée F O soit le regardant & l’intervale e H le plan d’assiette & O f la ligne du plan de l’Oeil, toute la difference qu’il y auroit est en l’inclination du Tableau & en la station & eslevation de l’œil du regardant A O.

Souvenez-vous que les deux Planches qui precedent celles-cy & celle qui suit n’ont esté mises à autre dessein que pour vous faire connoistre que l’on peut couper l’eschelle fuyante par le moyen des profils en substituant tousiours derriere le Tableau comme en cette Planche la droicte verticale ou à plomb e H divisée d’un pareil nombre de parties égales que vous avez de treillis ou carrez faits sur vostre petit Tableau modelle & des divisions de cette pointée à plomb mener des lignes au point de l’Oeil du regardant & par ainsi elles couperont la ligne e f qui est dans un mesme plan que toutes ces autres & icy perpendiculaire à la conduite de front ou baze du Tableau g e c.

La Planche qui suit est la representation d’un treillis perspectif fait sur une voûte cylindrique & en suite d’elle vous verrez comme lors que le point de veuë ne se trouve point dans l’enclos d’iceux ny sur un mesme plan, il faut avoir recours pour y tracer ledit carrelage ou treillis à un autre moyen, neantmoins tres-facile comme vous verrez.

PLANCHE 14.

LA differance de tracer ce treillis perspectif sur cette surface ou Tableau d’avec ceux de cy-devant n’est autre sinon que la forme de cetuy-cy est courbe en un sens, &plat en un autre.

Les lignes qui sont menées par les divisions de la baze du Tableau ou fondamentale de front g e c au point de veuë f nommées fuyantes doivent suivre la courbure de ladite voûte & par consequent cela ne se peut faire à la reigle mais bien les de front p q, r s, t u & suivantes.

Il se peut rencontrer diverses sortes de surfaces courbes ou autrement où la mesme chose ne se peut faire à cause de leurs irregularitez, c’est pourquoy il faut recourir à un moyen universel du quelle peu que je diray icy pourra donner visée aux intelligens pour les autres rencontres en attendant le lieu cy-apres où le tout sera expliqué plus amplement.

Voulant donc tracer par le moyen des trois Planches de cy-devant une eschelle fuyante sur une voûte de la forme de celle-cy.

Considerez premierement le profil de cette petite figure deuxiesme qui paroist comme esloignée perspectivement à la grande, afin de ne la point tant embroüiller de lignes ; puis figurez-vous qu’ayant une surface ou lieu plat de grandeur suffisante a y tracer en grand le profil e r f d’une partie de la voûte & de son pied droict comme f e, & en suite la scituation de l’Oeil O du regardant en suite que vous eussiez eslevé une ligne e h à plomb suivant ledit pied droict b e & qu’elle fust divisée en autant de parties égales que vous auriez de treillis ou carreaux fuyans à representer sur ladite voute en menant de toutes ses divisions des droictes au point de l’Oeil O elles auroient coupé ou divisé le profil e f de ladite voute perspectivement, lesquelles parties transportées ainsi sur ledit profil où vous devez travailler il n’y auroit plus qu’à mener par ces divisions des de front paralelles à vostre baze du Tableau, ce qu’estant fait.

Il faudra y tracer les fuyantes comme g m n f, i k l f & autres desquelles n’est besoin d’y en tracer que deux pour faire en suite toutes les autres.

Ayant donc attaché au point de veuë f & aux deux divisions g i de la baze du Tableau g e c deux ficelles chacune en ligne droites comme g fi f lors ayant mis la lumiere d’une chandelle, lampe ou flambeau au point de l’Oeil O ou en un quelconque endroict sur la ligne à plomb O f les deux ficelles vous donneront leurs ombres sur ladite voute comme g m n fi k l f. La Planche qui suit achevera le reste.

PLANCHE 15.

PAr cette Planche je suppose que vous ayez coupé le profil g L M, de cette voute ou la fuyante e x f par le moyen cy-devant dit és Planches 11, 12, 13, 14, & par consequent mené à la regle ou tringlé au filet ou cordeau blanchy par les divisions des droictes de front p q, r s, t u, & autres paralelles à la fondamentale de front g e s.

Vous n’aurez plus ayant vostre de front ou baze du Tableau g e c divisée en un pareil nombre de pieds ou parties qu’aurez voulu toutefois égaux ou de mesme grandeur que ceux qui ont servy à couper perspectivement le profil de ladite voute qu’à mener par ces divisions des fuyantes au point de veuë f.

Pour cet effet attachez ainsi que devant deux ficelles ou telle autre chose qui ne soit sujette à se destendre ou lascher du moins de quelque temps à deux de ces divisions comme g f, i f bien tendues en lignes droictes, puis mettant une chandelle ou lampe allumée en un quelconque endroict de la ligne pointée à plomb o e f lesdites deux ficelles g f, i f feront les deux ombres ou fuyantes courbes g p r t fi l k f que vous tracerez ainsi sur ladite voute precisement comme il a esté dit cy-devant.

Autrement comme à vostre droicte ayant ainsi attaché encore deux autres ficelles m f n f, & d’autres precisement en un quelconque lieu sur la ligne pointée ou ficelle à plomb o e f & continuans lesdits filets comme ceux O 2, O 3, x 4, O 5, y b & autres tant qu’ils aillent toucher ladite voute & baiser en mesme temps lesdites ficelles fuyantes sans qu’aucune d’elles perdent leurs lignes droictes, vous marquerez par ce moyen tant de points que voudrez sur ladite voute, & par ces points vous y menerez des lignes fuyantes courbes adoucies.

La mesme chose se peut faire aussi en mirant ou borneyant tousiours dans ce mesme plan O y e x f n à mesure qu’une autre personne taste avec un baston les endroicts que lesdites ficelles fuyantes couvrent de ladite voute à vostre Oeil O.

Et pour mener les autres fuyantes sur une telle surface comme celles 6, 7, 8, 9, & autres, il n’y a qu’à prendre les pieds de front contenus dans l’un ou l’autre de ces triangles ou fuyantes courbes & les mettre autant de fois que vous en aurez besoin sur chacune de front de son alignement ainsi qu’aux de front g i à i 6, p l à l 7, r u à u 8, t k à k 9, & ainsi des autres, & par ces divisions 6, 7, 8,9, mener une fuyante adoucie 6 7 8 f, & par ainsi vostre treillis perspectif sera fait & prest à y desseigner dessus les objets du petit Tableau modelle suivant son petit treillis geometral ou égal.

PLANCHE 16.

IVsques à present nous n’avons tracé aucune eschelle de front & fuyante que sur des Tableaux où lepoint de veuë f ne fust dans le Tableau à la reserve de la Planche precedente, où ayant supposé l’eschelle fuyante coupée par le moyen des profils du plan d’assiette & d’une fuyante, j’ay donné celuy de tracer les de front & fuyante sur ladite voute.

Mais maintenant il s’agit de sçavoir encore couper les dites fuyantes par nostre maniere universelle pour en suite & ensemble les de front, les tracer sur toutes sortes de surfaces où ledit point de veuë f ne les rencontre ou ne s’y trouve point ainsi qu’en cette Planche où ce point de veuë f ne s’est point trouvé dans le Tableau incliné g c d b.

Ainsi ayant à tracer sur un tel Tableau le treillis perspectif dont est question & determiné le lieu du regardant A O puis eslevé du point O une ligne verticale ou à plomb tant qu’elle rencontre un quelconque corps ou surface qui l’arreste, lors ce point de rencontre f sera celuy de veuë pour faire ce grand treillis perspectif & la pointée O f sa distance.

Or pour le petit Tableau modelle, F est son point de veuë & O F sa distance, & c’est dont il se faut souvenir afin de ne prendre l’un pour l’autre.

Cela estant vous concevrez que s’il y avoit trois ficelles tendues chacune en ligne droicte du point de veuë f aux deux extremitez, & au milieu de la baze du Tableau comme les droites g f, e f, o f, & que vous eussiez mis comme il a esté expliqué és Planches 14, & 15, une chandelle en un quelconque endroict de la distance O f ou par le borneyement ou filets, vous auriez tracé sur ledit Tableau incliné les fuyantes pointées g r f, e m f, c s f.

Et de plus si vous aviez eu les 9, divisions de l’eschelle fuyante marquées sur la ficelle e f vous y auriez aussi trouvé sur la pointée e m par ce mesme moyen leur place perspective comme il sera dit en la Planche qui suit.

Vous sçaurez aussi que pour avoir de telles lignes fuyantes g r f sur un Tableau plat il ne faut qu’y trouver un point comme u par le moyen du filet O u qui raze le filet g f & par les points g u mener la droicte g u r, qui repond à la ficelle g f & ainsi des autres.

PLANCHE 17.

VOus devez connoistre que ce qui est tracé en la figure d’enhaut de cette Planche n’est que la mesme de cy-devant à la reserve que j’y ay ajousté un profil perspectif d’une voute g p b z c k d x derriere le Tableau plat incliné g c d b f & que pour la petitesse de la Planche j’en retranche icy la hauteur du regardant O & aussi deux ficelles puis qu’il suffit d’une à present qui est e f que je suppose icy bien tenduë en ligne droicte & perpendiculaire à la baze du Tableau g e c & fermement attachée aux points ef.

Cela estant il faudra s’estre pourveu d’un lieu plat & uny de grandeur à contenir l’intervale de cette ligne ou ficelle e f à moins que l’on ne voulust la reduire en petit proportionnellement, auquel cas il faut estre d’autant plus exact en l’operation.

Donc pour couper cette grandeur ou intervale e f sur ce lieu plat comme en cette Planche figure d’embas.

Menez à la regle une droicte E V, & sur icelle en tel endroict que voudrez une autre droicte F C qui luy soit perpendiculaire puis transportez sur cette F C l’intervale ou grandeur au juste de la ficelle e f comme de F en C, & par ce point C menez la ligne Z C X paralelle à E V, cela fait voyez ou contez en haut combien il y a de pieds ou parties sur la ligne pointée O f Puis ouvrez vostre compas d’une grandeur à volonté & portez cette grandeur ainsi 8, fois sur la ligne Z C X en commençant au point C, & finissant à H, puis gardant cette mesme ouverture de compas ou de la quelconque des dites 8, parties dudit intervale C H, transportez la sur la de front E V comme de F en n puis dudit point n menez une droicte au point C, lors du point F menez une autre droicte pointée au point H, & par le point I où elle a coupé la droict en C menez une de front 2, 1 paralelle à E V ou à F n & du point 2 au point H menez une autre droicte pointée 2 H, & derechef menez lade front 3, 4, & ainsi du reste comme il a esté dit és deux Planches 8 & 10, & tresamplement & de diverses façons dans mon premier Livre.

Lors vous n’aurez qu’à transporter les parties fuyantes qui sont sur la ligne F C dessus la ficelle e f tenduë droicte & les marquer avec de l’ancre ou telle autre chose.

La Planche qui suit vous expliquera le reste.

PLANCHE 18.

AYant transporté sur la ficelle e f figure d’enhaut le nombre des parties ou pieds fuyants voicy deux ou trois moyens pour les tracer sur vostre Tableau incliné g c d b.

L’un ayant enfilé ou appliqué aux endroicts des divisions de la ficelle droicte e f des petites patenostres ou boulettes de cire & en suite mis la lumiere d’une chandelle precisement en la place du point de veuë O par ce moyen les ombres de ces boulettes & cellede la ficelle e f iront se placer sur ledit Tableau comme aux points 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, ainsi que les droictes pointées O 1, O 2, O 3, O 4, & autres vous montrent.

Le deuxiesme moyen est estant deux personnes que l’une eust son Oeil au point O & qu’elle mirast ou borneyast si celuy qui luy cherche avec un baston outelle autre chose un peu pointuë luy montre bien l’endroit sur le Tableau que chaque boulette luy couure à l’Oeil &ainsi la marquer.

Le dernier moyen est par les filets ainsi qu’il a esté expliqué en la 15. Planche pour tracer les fuyantes sur une voute, mais pour l’occasion presente, il faut oster les boulettes afin que le filet que l’on conduira tousiours du point d’oeil O en ligne droicte iusques à la surface ou Tableau touche ou baise de plus prés les divisions d’ancre marquées sur la ficelle e f pour les marquer plus precisement sur ledit Tableau.

La figure d’embas vous represente un Tableau courbe ou en voute g c d b sa distance O f pour faire son eschelle fuyante e f.

Et de plus la distance O F & le point de veuë F pour faire les eschelles fuyante & de front du petit Tableau modelle & parleur moyen ses objets.

Cette figure vous montre aussi comme parces filets O 1, O 2, O 3, O 4, & autres continuez en ligne droicte iusques à la voute en touchant chacune des divisions ou marques de la ficelle e f sans leur faire perdre à aucunes leurs lignes droictes vous aurez tracé sur ladite voute la fuyante courbe e 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, f laquelle s’y peut faire aussi par les autres moyens cy-dessus.

Ces fuyantes em f estant faites figure d’enhaut & d’embas ef & leurs divisions, vous n’aurez plus qu’à mener par ces divisions des droictes de front paralelles à la baze du Tableau g e c, ce qu’estant vous aurez fait vostre treillis perspectif prest à y desseigner dessus carré pour carré, ce qui sera sous les carrez ou petit pied de vostre Tableau modelle ainsi que vous pouvez voir aux Planches 6, 7, 9, & en la 14, le treillis sur la voute.

PLANCHE 19.

DAns cette Planche figure d’enhaut est representé un mur vertical qui fait un angle rentrant ou enfoncé, & en bas un saillant ou avancé.

Voulant representer sur iceux un Tableau vertical & plat conforme en son grand comme le modelle en petit, faut considerer qu’encore que ces angles rentrant & saillant ainsi, tousiours leurs eslevations sont icy considerez a plomb ou perpendiculairement sur le plan où est scitué ou placé le regardant, ou picquet A O.

Et ainsi que la distance du petit Tableau modelle pour ces sortes de Tableaux & son esleuation d’Oeil est celle d’enhaut O F & d’embas O t &  l’eslevation d’oeil A O, & qu’il ne faut penser à ces distances & eslevations d’Oeil que pour faire le Tableau modelle, lequel estant treillissé ou divisé de carrez égaux il ne faudra que trouver suivant la position d’un pareil treillis grand exposé devant ladite surface, l’ombre d’iceluy sur ces surfaces.

Donc pour y concevoir d’abord un tel treillis figurez vous que la ligne E V baze du Tableau soit divisée en 6, pieds ou parties égales que les coins du mur ou montans du Tableau E z & V X le soient aussi comme E c d z & V e f g X, & que par ces divisions il y ait des ficelles tenduës droictes & de front, puis d’autres à plomb ou perpendiculaires sur les divisions 2, 3, 4, 5, 6, lors vous aurez fait un treillis geometral de relief devant ladite surface, & pour le tracer perspectif sur icelle vous n’aurez qu’à mettre une chandelle ou telle lumiere au point d’oeil O & les ombres que ce treillis de ficelles fera sur lesdits angles seront le treillis perspectif dont vous avez besoin.

Le mesme pouvez vous faire par les filets & le borneyement.

Or sur de telles surfaces verticales & plattes ou unies, il n’est pas necessaire de construire entr’eux & l’Oeil O un pareil nombre de treillis geometraux qu’en peut avoir le petit modelle, il suffit d’une couple l’un sur l’autre, sur tout lors que les angles A T E, A T V sont égaux de part & d’autre : Car ayant tracé un costé comme figure d’embas par le moyen des deux filets O p b & O q c, ayant mené une droicte à plomb par les 2 points b c, il faudra porter sur icelle cette intervale be autant de fois qu’il sera besoin, puis ayant divisé l’arreste à plomb 3 t h, par le moyen des intervales égales 3 r, r s, s t, & autres puis tracé sur ledit costé d’angle les lignes pointées b 3, c r, d s, e t & suivantes, puis menez une droite du point A pied du regardant à la divifion 2, iusques au pied du mur o & en eslevant dudit point o la droite à plomb on vous aurez fait le treillis du costé b h dudit angle saillant ; l’autre costé estant égal il n’y aura qu’à y transporter ces mesmes divisions ou carrez, ou bien si il ne l’est pas menant dudit point A des droictes aux autres divisions 4, 5, 6, 7, & continuées iusques au bas dudit mur il faudra eslever les pointées à plomb.

PLANCHE 20.

ENcore que cette figure ne soit point ombrée ou ombragée, je croy que vous ne laissez pas de voir que c’est comme la representation d’une partie d’un vestibule vouté en arreste ou Ogive, & que les pieds droicts de ladite voute sont courbes ainsi qu’une niche ou dedans d’une tour.

De plus que les 4 lignes, regles ou ficelles g c d b sont icy tendues pour trouver une grandeur de Tableau sur ladite voute ; Et en suite les divisions perspectives fuyantes trouvées comme cy-devant & transportées sur la ficelle e f; Ensemble les ficelles de front o q, r p, m n, tendues sur ces divisions fuyantes & attachées aux montans g b, c d, & le tout dans un mesme plan ou coupe.

Or pour tracer toutes ces ficelles de front & autres sur cette sorte de voute, il faut comme cy-devant mettre une lumiere au point O, & ainsi elles marqueront leurs ombres sur icelle, ou si vous voulez par le mirement ou bourneyement ou par ficelles commela figure vous montre & les pointées courbes s t u q, i x y z, tirées pour les de front o q, m n.

Or cet exemple de faire un treillis perspectif sur une telle voute equipole à ce que j’ay dit de le faire sur un rocher si besoin estoit.

Reste à vous faire entendre ce qui est du pied droict de cette partie de voute, lequel se presente devant l’oeil O comme le dedans d’une tour qui est la mesme chose que l’angle rentrant de cy-devant.

Ie suppose donc que l’on voulust faire sur un tel pied droict un Tableau qui parust plat & vertical veu d’une telle distance O h & eslevation d’oeil A O ce qui seroit les conditions pour faire le petit Tableau modelle, lequel fait & divisé de carreaux ou petits pieds geometraux, il faudroit diviser la droicte E V baze du Tableau en mesme nombre de parties que celle dudit modelle, puis faire comme cy-devant le treillis de ficelles ou telles autres choses comme les à plomb E B D F, 2 a, 3 h, 4 k, V C H G, & de front B C, D H, F G, & par la lumiere mise au point O ou par des filets attachez au picquet au point Q ou aussi par le borneyement, & ainsi vous ferez de quelle maniere que voudrez ledit treillis courbe d’un sens & droict de l’autre qui est le mesme des voutes, puis qu’une tour est une voute debout & une voute ou berceau une tour couchée.

PLANCHE 21.

VOus voyez en cette Planche figure d’enhaut une surface comme d’une tour reguliere, & en  bas une reguliere en son tournant & une irreguliere en son à plomb.

Si vous aviez volonté de representer sur de pareilles surfaces un Tableau & objets visibles comme est dit cy-devant, de sorte que les lignes E V figure d’enhaut & d’embas, fussent entenduës les bazes dudit Tableau, il n’y auroit comme cy-devant qu’à construire un treillis ou parties d’iceluy perpendiculaire sur lesdites bazes.

Les 6, droictes pointée figure d’enhaut & d’embas qui du point A pied du regardant A O vont passer par les divisions desdites bazes E V jusques au pied desdites tours ou surfaces comme aux points 7, 8, 9, 10, 11, montrent que pour y tracer dessus les ombres ou places des montans du treillis exposez devant icelles qu’il n’y a qu’à eslever des droictes à plomb ou paralelles entr’elles de ses points comme celles 7 o, 8 e, 3 g, 9 t, 10 x, 11 z.

Maintenant pour tracer sur icelles les de front p r, q s, & autres, si l’on ne veut se servir de la lumiere en la mettant au point O, il faut avoir recours à trouver divers points premierement ceux où se croisent les ficelles du treillis E c d V figure d’embas comme aux endroicts E p q, 2 i h, & autres pris sur lesdites lignes comme en la Planche cy-devant.

Sur de telles surfaces il suffit d’avoir pour chaque ligne à plomb comme 7, o figure d’embas l’intervale m n qui est celle qui vient du point O passer par les points p q donner cette intervale m n & la porter autant de fois que l’on en a besoin sur ladite ligne 7, o comme de n en o, & ainsi des endroicts i h pour la pointée à plomb 8 e & de mesme des autres qui sont contenus entre les ficelles de front p r, q s & ainsi vous aurez fait vostre treillis perspectif sur ladite surface pour y representer dessus les objets qui sont desseignez & peints sur vostre Tableau modelle & aussi treillissé geometralement d’un pareil nombre que celuy-су ; je vous repete encore que O f est distance dudit Tableau modelle, A O son eslevation d’oeil & par consequent f le point de veuë d’iceluy.

La Figure ou Tour d’enhaut estant égale de part & d’autre, il ne faut pour ledit treillis qu’en faire une moitié ainsi que des angles de cy-devant.

Pour les Tableaux verticaux de biais chacun doit voir par les figures desdites angles dela Planche 20, que c’est la mesme chose puis que les costez d’iceux sont de tels Tableaux de biais.

. . .

p. 64

PLANCHE 24.

POur considerer cette figure il faut tourner ce Livre en sorte que la baze N X vous soit de front & ainsi que les lettres vous montrent.

Vous y voyez la ligne A O hauteur du regardant posé à plomb sur le plan d’assiette A H N Q P & le Tableau g c d b, & que les lignes pointées A g H, A P Q, O b r, O d s V, qui embrassent ce Tableau g c d b, ensemble tout ce que ledit œil O peut voir en cette position au delà ou au travers d’iceluy si c’estoit un verre ou surface mince & transparante.

Mais mon but sur ce sujet ne tend qu’à vous faire entendre la raison des coupes paralelles au Tableau touchant l’affoiblissement ou fortisiement de la couleur des corps ou objets ainsi veus de front & fuyants.

Vous remarquerez donc que la petitesse de cette Planche m’a contraint à ne representer au de là dudit Tableau que trois coupes plans ou sections en contant le Tableau pour une.

La deuxiesme coupe est H I s r, & la troisiesme N M V Q, & que les deux intervalles f f f, sont égaux chacun en la distance O f de l’oeil du regardant O.

Or dans mon premier Traité il est dit qu’ayant à representer une couleur sur ledit Tableau g c d b, premiere coupe, soit claire, soit brune, il la faut mettre de sa plus franche & forte couleur sans aucun aliage ou meslange de la couleur de l’air ou autre, ainsi qu’il convient faire pour representer de semblables couleurs sur les objets qui sont conceus reculez au derriere dudit Tableau ou coupe, d’autant que dans l’espace ou intervale du rayonnement ou distance O f de l’oeil du regardant au Tableau, il s’y trouve de l’air.

Mais ayant à representer, de tels objets colorez entre les espaces qui sont supposées entre les coupes f f f il faut y faire ce meslange ou aliage par le moyen expliqué en mon premier Traité ou en celuy-cy, toutefois dans ledit premier cela y est amplement déduit.

Ie diray seulement icy que s’il falloit mettre une telle couleur sur la coupe H I s r, il faudra l’affoiblir à comparaison de la franche, claire ou brune mise sur la premiere coupe ou baze du Tableau.

Et lors qu’il s’agira d’exprimer une couleur d’un objet plus ou moins fuyant ou tournant, il faudra au mesme endroict desdites coupes & en leur entre-deux pour peu que ces objets ou corps soient fuyants l’affoiblir plus que d’une pareille qui seroit sur un objet de front.