Molière 1669

[Molière], La Gloire du Val-de-Grace, Paris [Jean Ribou] 1669.


LA GLOIRE
DV
VAL-DE- GRACE.

DIGNE fruit de vingt ans de travaux somptueüs,
Auguste Bastiment, Temple majestueüs,
Dont le Dome superbe, èlevè dans la nuë,
Pare du grand Paris la magnifique veuë,
Et parmy tant d’objets semez de toutes parts,
Du voyageur surpris prend les premiers regards.
Fais briller à jamais, dans ta noble richesse,
La splendeur du saint Voeu d’une grande Princesse ;
Et porte un tèmoignage à la Posteritè
De sa Magnificence, & de sa Pietè.
Conserve à nos Neveux une montre fidelle
Des exquises beautez que tu tiens de son zele.
Mais dèfens bien sur tout de l’injure des ans
Le Chef-d’oeuvre fameux de ses riches Presens ;
Cet èclatant morceau de sçavante Peinture,
Dont elle a couronnè ta noble Architecture.
C’est le plus bel effet des grands soins qu’elle a pris,
Et ton marbre, & ton or ne sont point de ce pris.

Toy qui dans cette Coupe à ton vaste genie,
Comme un ample Theatre, heureusemet fournie
Es venu dèployer les precieux tresors,
Que le Tibre t’a veu ramasser sur ses bords,
Dy-nous, fameux Mignard, par qui te sont versèes
Les charmantes beautez de tes nobles pensèes,
Erdans quels fonds tu prends cette varietè,
Dont l’esprit est surpris, & l’oeil est enchantè?
Dy-nous quel feu divin, dans tes fecondes veilles,
Detes expreffions enfante les merveilles :
Quel charme ton pinceau rèpand dans tous ses traits?
Quelle force il y mesle à ses plus doux attraits ;
Et quel est ce pouvoir, qu’au bout des doigts tu portes,
Qui sçait faire à nos yeux vivre des choses mortes,
Et d’un peu de mèlange, & de bruns,&de clairs,
Rendre esprit la couleur, & les pierres des chairs?

Tu te tais, & pretens que ce sont des matieres,
Dont tu dois nous cacher les sçavantes lumieres ;
Et que ces beaux secrets, à tes travaux vendus,
Te coustent un peu trop pour estre rèpandus.
Mais ton Pinceau s’explique, & trahit ton silence.
Malgrè toy de ton Art il nous fait confidence ;
Et dans ses beaux efforts à nosyeux ètalez ;
Les mysteres profonds nous en sont rèvelez.
Une pleine lumiere icy nous est offerte ;
Et ce Dome pompeux est une ècole ouverte,
Où l’ouvrage faisant l’office de la voix,
Dicte de ton grand Art les souveraines loix.

L’Invention, Dessein, & Coloris.

Il nous dit fortement les trois nobles Parties.
Qui rendent d’un Tableau les beautez assorties ;
Et dont en s’unislant les talens relevez
Donnent à l’Univers les Peintres achevez.

I. L’Invention premiere Partie de la Peinture.

Mais des trois, comme Reine, il nous expose celle,
Que ne peut nous donner le travail, ni le zele ;
Et qui comme un present de la faveur des Cieux,
Est du nom de divine appellèe en tous lieux.
Elle, dont l’essor monte au dessus du tonnerre ;
Et sans qui l’on demeure à ramper contre terre ;
Qui meut tout ; regle tout ; en ordonne à son choix,
Et des deux autres meine, & regit les emplois.

Il nous enseigne à prendre une digne matiere,
Qui donne au feu du Peintre une vaste carriere,
Et puisse recevoir tous les grands ornemens,
Qu’enfante un beau genie en ses accouchemens,
Et dont la Poësie, & sa sœur la Peinture
Parant l’instruction de leur docte imposture ;
Composent avec art ces attraits, ces douceurs,
Qui font à leurs leçons unpassage en nos coeurs,
Et par qui de tout temps, ces deux Soeurs si pareilles
Charment, l’une les yeux, & l’autre les oreilles.

Mais il nous dit de fuïr un discord apparent
Du lieu que l’on nous donne, & du sujet qu’on prend,
Et de ne point placer dans un tombeau des festes ;
Le Ciel contre nos pieds; & l’Enfer sur nos testes.

Il nous apprend à faire avec dètachement,
De groupes contrastez un noble ageancement,
Qui du champ du Tableau fasse un juste partage,
En conservat les bords un peu legers d’ouvrage:
N’ayant nul embarras, nul fracas vicieux,
Qui rompe ce repos si fort amy des yeux :
Mais où, sans se presser, le groupe se rassemble,
Et forme un doux concert, fasse un beau tout ensemble,
Ou rien ne soit àl’oeil mendiè, ni redit ;
Tout s’y voyant tirèd’un vaste fonds d’esprit,
Assaisonnè du sel de nos graces antiques,
Et non du fade goust des ornemens gothiques :
Ces monstres odieux des Siecles ignorans,
Que de la barbarie ont produits les torrens ;
Quand leur cours inondant presque toute la terre,
Fit à la politesse une mortelle guerre,
Et de la grande Rome abattant les remparts ;
Vint avec son empire, ètouffer les beaux Arts.

Il nous montre à poser avec noblesse, & grace :
La premiere Figure à la plus belle place ;
Riche d’un agrèment, d’un brillant de grandeur,
Qui s’empare d’abord des yeux du Spectateur :
Prenant un soin exact, que dans tout un ouvrage,
Elle jouë aux regards le plus beau personnage,
Et que par aucun rôle au spectacle placè,
Le Heros du Tableau ne se voye effacè.

Il nous enseigne à fuïr les ornemens dèbiles
Des episodes froids & qui sont inutiles.
A donner au sujet toute laveritè :
A luy garder par tout pleine fidelitè ?
Et ne se point porter à prendre de licence,
A moins qu’à des beautez elle donne naissance.

II. Le Dessein seconde Partie de la Peinture.

Il nous dicte amplemèt les leçons du Dessein,
Dans la maniere Grecque, & dans le goust Romain :
Le grand choix du beau vray, de la belle nature,
Sur les restes exquisde l’antique Sculpture ;
Qui prenant d’un sujet la brillante beautè,
En sçavoit separer la foible veritè,
Et formant de plusieurs une beautè parfaite,
Nous corrige par l’Art la nature qu’on traite.

Il nous explique à fond, dans ses instructions,
L’union de la grace, & des proportions :
Les figures par tout doctement dègradèes,
Et leurs extremitez soigneusement gardèes.
Les contrastes sçavans des membres a groupez,
Grands, nobles, ètendus, & bien dèveloppez;
Balancez sur leur centre en beautè d’attitude ;
Tous formez l’un pour l’autre avec exactitude,
Et n’offrant point aux yeux ces galimatias,
Oùla teste n’est point de la jambe, ou du bras;
Leur juste attachement aux lieux qui les font naistre,
Et les muscles touchez, autant qu’ils doivent l’estre :
La beautè des contours observez avec soin ;
Point durement traitez, amples, tirez de loin,
Inègaux, ondoyans, & tenans de la flamme,
Afin de conserver plus d’action & d’ame.
Les nobles airs de teste amplement variez,
Et tous au caractere avec choix mariez.
Et c’est- là qu’un grand Peintre, avec pleine largesse,
D’une seconde idèe ètale la richesse ;
Faisant briller par tout de la diversitè,
Et ne tombant jamais dans un air repetè :
Mais un Peintre commun trouve une peine extrême,
A sortir, dans ses airs, de l’amour de soy-mesme
De redites sans nombre il fatigue les yeux,
Et plein de son image il se peint en tous lieux

Il nous enseigne aussi les belles draperies
De grans plis bien jettez suffisamment nourries,
Dont l’ornement aux yeux doit conserver le nû :
Mais qui pour le marquer soit un peu retenu,
Qui ne s’y cole point, mais en suive la grace,
Et sans la serrer trop, la carresse, & l’embrasse.

Il nous montre à quel air ; dans quelles actions
Se distinguent à l’œil toutes les passions.
Les mouvemens du coeur, peints d’une adresse extrème,
Par des gestes puisez dans la passion mesme.
Bien marquez, pour parier, appuyez, forts, & nets ;
Imitans en vigueur les gestes de muets,
Qui veulent reparer la voix que la Nature
Leur a voulu nier ainsi qu’à la Peinture.

III. Coloris troisième Partie de la Peinture.

Il nous ètale enfin les mysteres exquis
De la belle partie où triompha Zeuxis,
Et qui le revestant d’une gloire immortelle,
Le fit aller du pair avec le grand Apelle.
L’union, les concerts, & les tons des couleurs,
Contrastes, amitiez, ruptures & valeurs :
Qui font les grans effets, les fortes impostures
L’achevement de l’Art, & l’ame des Figures.
Il nous dit clairement dans quel choix le plus beau,
On peut prendre le jour, & le champ du Tableau,
Les distributions, & d’ombre, & de lumiere,
Sur chacun des objets, & sur la masse entiere.
Leur dègradation dans l’espace de l’air,
Par les tons differens de l’obscur & du clair ;
Et quelle force il faut aux objets, mis en place,
Que l’approche distingue, & le lointain efface.
Les gracieux repos, que par des soins communs,
Les bruns donnent aux clairs, comme les clairs aux bruns.
Avec quel agrèment d’insensible passage
Doivent ces opposez entrer en assemblage ;
Par quelle douce cheute ils doivent y tomber,
Et dans un milieu tendre aux yeux se dèrober,
Ces fonds officieux qu’avec art on se donne,
Qui reçoivent si bien ce qu’on leur abandonne.
Par quels coups de pinceau format de la rondeur,
Le Peintre donne au plat de relief du Sculpteur.
Quel adoucissement des teintes de lumiere
Fait perdre ce qui tourne, & le chasse derriere,
Et comme avec un champ fuyant, vague & leger,
La fiertè de l’obseur sur la douceur du clair
Triomphant de la toile, en tire avec puissance
Les figures que veut garder sa resistance,
Et malgrè tout l’effort qu’elle oppose à ses coups,
Les dètache du fond, & les ameine à nous.

Il nous dit tout cela, ton admirable ouvrage :
Mais, illustre Mignard, n’en prens aucun ombrage,
Ne crain pas que ton Art, par ta main dècouvert,
A marcher sur tes pas tienne un chemin ouvert ;
Et que de ses leçons les grands & beaux oracles.
Elevent d’autres mains à tes doctes miracles,
Il y faut les talens que ton merite joint ;
Et ce sont des secrets qui ne s’apprennent point.
On n’acquiert point, Mignard, par les soins qu’on se donne,
Trois choses dont les dons brillentdans ta personne ;
Les passions, la grace, & les tons de couleur,
Qui des riches Tableaux font l’exquise valeur.
Ce sont presens du Ciel, qu’on voit peu qu’il assemble,
Et les Siecles ont peine à les trouver ensemble.
C’est par là qu’à nos yeux nuls travaux enfantez,
De ton noble travail n’atteindront les beautez.
Malgrè tous les pinceaux, que ta gloire rèveille,
Il sera de nos jours la fameuse merveille ;
Et des bouts de la terre, en ses superbes lieux,
Attirera les pas des Sçavans curieux.

O vous, dignes objets de la noble tendresse,
Qu’a fait briller pour vous cette Auguste Princesse.
Dont au grand Dieu naissant, au veritable Dieu,
Le zele magnifique a consacrè ce lieu ;
Purs Esprits, où du Ciel sont les graces infuses,
Beaux Temples des vertus admirables Rècluses,
Qui dans vostre retraite, avec tant de serveur,
Meslez parfaitement la retraite du coeur ;
Et par un choix pieux hors du monde placèes,
Ne dètachez vers luy nulle de vos pensèes,
Qu’il vous est cher d’avoir sans cesse devant vous
Ce tableau de l’objet de vos voeux les plus doux ;
D’y nourrir par vos yeux les prècieuses flammes,
Dont si fidellement brûlent vos belles ames ;
D’y sentir redoubler l’ardeur de vos desirs ;
D’y donner à toute heure un encens de soûpirs ;
Et d’embrasser du coeur une image si belle
Des celestes beautez de la gloire eternelle,
Beautez qui dans leurs fers tiennent vos libertez,
Et vous font mèpriser toutes autres beautez.

Et toy qui fus jadis la Maistresse du Monde,
Docte & fameuse Ecole en raretez fèconde ;
Où les Arts d’èterrez ont par un digne effort,
Reparè les degasts des Barbares du Nort ;
Source des beaux dèbris des Siecles memorables,
O Rome, qu’à tes soins nous sommes redevables
De nous avoir rendu façonnè de ta main,
Ce grand Homme chez toy devenu tout Romain,
Dont le pinceau celebre, avec magnificence,
De ses riches travaux vient parer nostre France ;
Et dans un noble lustre y produire à nos yeux
Cette belle Peinture inconnue en ces lieux,
La Fresque, dont la grace à l’autre preferèe
Se conserve un èclat d’èternelle durèe :
Mais dont la promptitude, & les brusques fiertez
Veulent un grand genie à toucher ses beautez.

De l’autre, qu’on connoist, la traitable methode
Aux foiblesses d’un Peintre aisèment s’accommode,
La paresse de l’huile, allant avec lenteur,
Du plus tardif genie attend la pesanteur.
Elle sçait secourir, par le temps qu’elle donne.
Les faux pas que peut faire un Pinceau qui tatonne ;
Et sur cette Peinture ont peut, pour faire mieux,
Revenir, quand on veut, avec de nouveaux yeux.
Cette commoditè de retoucher l’ouvrage,
Aux Peintres chancelans est un grand avantage :
Et ce qu’on ne fait pas en vingt fois qu’on reprend,
On le peut faire en trente, on le peut faire en cent.

Mais la Fresque est pressante, & veut sans complaisance
Qu’un Peintre s’accommode à son impatience ;
La traite à sa maniere, & d’un travail soudain
Saisisse le moment, qu’elle donne à sa main.
La severe rigueur de ce moment qui passe,
Aux erreurs d’un Pinceau ne fait aucune grace.
Avec elle il n’est point de retour à tenter ;
Et tout au premier coup se doit executer.
Elle veut un esprit, où se rencontre unie
La pleine connoissance avec le grand genie ;
Secouru d’une main propre à le seconder,
Et maistresse de l’Art jusqu’à le gourmander ;
Une main prompte à suivre un beau feu qui la guide,
Et dont comme un èclair, la justesse rapide
Rèpande dans ses fonds, à grands traits non tastez,
De ses expressions les touchantes beautez.

C’est par là que la Fresque èclatante de gloire
Sur les honneurs de l’autre emporte la victoire,
Et que tous les Sçavans, en Juges dèlicats,
Donnent la prèference à ses masles appas.
Cent doctes mains chez elle ont cherchè la loüange ;
Et Jules, Annibal, Raphaël, Michel-Ange,
Les Mignards de leur siecle, en illustres Rivaux
Ont voulu par la Fresque ennoblir leurs travaux.

Nous la voyons icy doctement revestuë
De tous les grands attraits qui surprennent la veuë.
Jamais riende pareil n’a paru dans ces lieux ;
Et la belle Inconnuë a frappè tous les yeux.
Elle a non seulement, par les graces fertiles,
Charmè du grand Paris les connoisseurs habiles,
Et touchè de la Cour le beau monde sçavant :
Ses miracles encor ont passè plus avant ;
Et de nos Courtisans les plus legers d’estude
Elle a pour quelque temps fixè l’inquiètude ;
Arrestè leur esprit; attachè leurs regards,
Et fait descendre en eux quelque goust des beaux Arts.

Mais ce qui plus que tout èleve son merite,
C’est de l’auguste Roy l’èclatante visite.
Ce Monarque dont l’ame aux grandes qualitez
Joint un goust dèlicat des sçavantes beautez,
Qui separant le bon d’avec son apparence
Dècide sans erreur, & loue avec prudence;
Loüis, le grand Loüis, dont l’Esprit souverain
Ne dit rien au hazard, & voit tout d’un œil sain,
Aversè de sa bouche à ses graces brillantes
De deux prècieux mots les douceurs chatoülantes ;
Et l’on sçait qu’en deux mots ce Roy judicieux
Fait des plus beaux travaux l’Eloge glorieux.

Colbert, dont le bon goust suit celuy de son Maistre,
A senty mesme charme, & nous le fait paroistre.
Ce vigoureux genie au travail si constant,
Dont la vaste prudence à tous endroits s’ètend ;
Qui du choix souverain tient, par son haut merite,
Du Commerce & des Arts la suprême conduite,
A d’une noble idèe enfantè le dessein,
Qu’il confie aux talens de cette docte main ;
Et dont il veut par elle attacher la richesse
Aux sacrez murs du Temple, où son coeur s’interesse
La voilà, cette main, qui se met en chaleur :
Elle prend les pinceaux, trace, estend la couleur,
Empaste, adoucit, touche, & ne fait nulle pose :
Voilà qu’elle a finy, l’ouvrage aux yeux s’expose ;
Et nous y dècouvrons, aux yeux des grands experts,
Trois miracles de l’art en trois tableaux divers ;
Mais parmi cent objets d’une beautè touchante,
Le Dieu porte au respect, & n’a rien qui n’enchante.
Rien en grace, en douceur, en vive majestè,
Qui ne presente à l’oeil une divinitè.
Elle est toure en ses traits, si brillans de noblesse,
La grandeur y paroist, l’èquitè, la sagesse,
La bontè, la puissance ; enfin ces traits font voir
Ce que l’esprit de l’homme a peine à concevoir.

Poursuis, ô grand Colbert, à vouloir dans la France
Des Arts que tu règis ètablir l’excellence ;
Et donne à ce projet, & si grand, & si beau,
Tous les riches momens d’un si docte pinceau,
Attache à des travaux, dont l’èclat te renomme,
Le reste prècieux des jours de ce grand Homme.
Tels Hommes rarement se peuvent presenter ;
Et quand le Ciel les donne il en faut profiter.
De ces mains, dont les temps ne sont gueres prodigues,
Tu dois à l’Univers les sçavantes fatigues.
C’est à ton ministere à les aller saisir ;
Pour les mettre aux emplois, que tu peux leur choisirs
Et pour ta propre gloire il ne faut point attendre,
Qu’elles viennent t’offrir, ce que ton choix doit prendre.
Les grands Hommes, Colbert, sont mauvais courtisans ;
Peu faits à s’acquiter des devoirs complaisans.
A leurs reflexions tout entiers ils se donnent,
Et ce n’est que par-là, qu’ils se perfectionnent.
L’ètude & la visite ont leurs talens à part,
Qui se donne à la Cour, se dèrobe à son Art.
Un esprit partagè rarement s’y consomme ;
Et les emplois de feu demandent tout un Homme.
Ils ne sçauroient quitter les soins de leur mètier,
Pour aller chaque jour fatiguer ton Portier ;
Ni par tout près de toy, par d’assidus hommages,
Mandier des prosneurs les èclatans suffrages.
Cet amour de travail, qui toûjours regne en eux,
Rend à tous autres soins leur esprit paresseux ;
Et tu dois consentir à cette negligence,
Qui de leurs beaux talens te nourrit l’excellence.
Souffre que dans leur Art s’avançant chaque jour,
Par leurs Ouvrages seuls ils te fassent leur cour.
Leur merite à tes yeux y peut assez paroistre,
Consultes-en ton goust ; il s’y connoist en maistre,
Ette dira toûjours, pour l’honneur de ton choix,
Sur qui tu dois verser l’èclat des grands emplois.
C’est ainsi que des Arts la renaissante gloire.
De tes illustres soins ornera la memoire,
Et que ton nom portè dans cent travaux pompeux
Passera triomphant à nos derniers Neveux.