Valmont de Bomare 1765/IV
Jacques-Christophe Valmont de Bomare, Dictionnaire raisonné universel d’histoire naturelle ; Contenant l’Histoire des Animaux, des Vététaux et des Minéraux, Et celle des Corps célestes, des Météores, & des autres principaux Phénomenes de la Nature… IV, Paris [Didot – Musier – De Hansy – Panckoucke] 1765.
pp. 2–4
OCHRES, Ochræ, sont des terres mêlangées, grasses, pesantes, qui ont de la faveur, & une couleur dont l’intensité s’augmente par l’action du feu ; quelquefois, mais rarement, elles y entrent en fusion, & donnent un culot demi-métallique ou métallique : propriétés qui font regarder les Ochres comme terres métalliques.
Wallerius dit qu’il n’y a que les métaux qui peuvent être dissous par l’eau qui donnent des Ochres chacun selon leur espece ; c’est par la même raison, dit-il, qu’il y a différens vitriols. L’Ochre n’est point un métal proprement dit, mais une décomposition, une terre métallique, qui se sépare du vitriol après qu’il a été dissous dans l’eau, & se précipite : elle est d’une consistance terreuse, & l’origine en est probablement dûe à la décomposition des pyrites sulfureuses, martiales, &c. Parmi les Ochres, il y en a d’une consistance pulvérulente, & d’autres qui sont par croûtes, placées dans la terre, les unes au-dessus des autres : on les reconnoît par la couleur qu’elles tiennent des métaux dont elles sont formées, par leur poids qui surpasse celui des terres ordinaires, & par leur réduction. On trouve les Ochres dans la plupart des sources minérales : ce sont ces substances qui en alterent la transparence, & qui ensuite se déposent au fond des couloirs ou des bassins sous la forme d’une rouille. On rencontre encore l’Ochre dans les terres bolaires, dans la marne. Voici les différentes sortes d’Ochres.
L’Ochre de Zinc : c’est une terre calaminaire, qui contient du Zinc, & communément du Fer. Voyez les mots ZINC & PIERRE CALAMINAIRE.
L’Ochre de Cuivre, est un cuivre dissous & précipité dans l’intérieurde la terre : selon le degré de couleur de cette substance,on lui donne différens noms : celle qu’on appelle Verd de montagne, Terre verte, Terre de Verone ou Ochre verte, est ou en poussiere, ou en morceaux, de couleur verte, brunâtre, grasse au toucher comme de la glaise, & contenant très-peu de terre métallique. La Terre ou Cendre bleue de montagne est aussi une Ochre de cuivre : elle se trouve en Auvergne en petits grains poreux & friables. La Terre mêlée de bleu & de verd participe du fer & du cuivre, & a pour matrice ordinaire une terre argilleuse, mêlée d’un ghur de craie.
L’Ochre de fer est effectivement une terre ferrugineuse, précipitée, qui n’est minéralisée ni par le soufre ni par l’arsenic ; & qui de jaune ou de brune qu’elle est ordinairement, devient rouge au feu, comme l’argile à brique ; enfin, qui peut, à l’aide d’un phlogistique, produireune petite quantité de fer cassant à chaud.
L’Ochre jaune est d’une consistance peu ferme, friable : elle a la propriété de tacher les mains. Il s’en trouve des minieres dans le Berry, dont les filons ont depuis cent cinquante jusqu’à deux cens pieds de profondeur, &de l’épaisseur de quatre jusqu’à huit pouces : au-dessus est un lit de sablon blanc, au-dessous une couche de terre argilleuse, jaunâtre : on l’appelle dans le commerce Terre jaune, Jaune de montagne, & Ochre jaune.
On trouve aussi dans les boutiques, sous le nom de Terre ou Jaune de Naples, une autre substance pesante, quoique poreuse, également utile en peinture. On est encore incertain si son origine est due aux volcans, ou si c’est un tuf ochreux, jaunâtre, formé ou par précipitation, ou par dépôt.
L’Ochre brune n’est que le jaune de montagne altéré par une couleur étrangere : elle ressemble tantôt à l’Ochre de rue des Peintres, laquelle n’est que la terre jaune calcinée en jaune safrané ; & tantôt à la Terre cimolée ou Moulard des Couteliers. Voyez ces mots.
L’Ochre rouge, ou Rouge de montagne, est d’une couleur plus ou moins foncée, & acquiert de l’intensité au feu : elle est friable : on l’emploie, ainsi que le Jaune de montagne, dans la grosse peinture à l’huile & en détrempe, pour mettre les planchers en couleur. On nomme Rouge d’Inde ou d’Espagne, l’Ochre de Murcie : elle est seche, peu dure : on s’en servoit autrefois pour rougir les talons des souliers ; c’est le Brun rouge, dont les frotteurs se servent en France. On en envoie une autre espece d’Angleterre, qui a été plus calcinée par la nature ou par l’art ; les Ouvriers l’appellent Potée de montagne, ou Rouge brun, ou Bianty : on s’en sert aux mêmes usages que les précédentes, & pour polir les glaces.
Lorsque ces sortes d’Ochres font effervescence avec les acides, elles décelent alors un mêlange de craie.
La Terre d’ombre est une sorte d’Ochre brunâtre, subtile, légere, abondante en glaise & en matiere inflammable : elle devient blanche par la calcination : on l’appelle quelquefois Brun de montagne ou Ochre brune : celle d’Italie est préférée à celle de Salberg en Suéde.
La Terre de Cologne est d’un brun noirâtre, grasse au toucher, s’imbibant difficilement d’eau, répandant une odeur bitumineuse, bien plus fétide & plus désagréable que la Terre d’ombre. On la nomme Terre de Cologne, parce qu’elle nous vient de cette ville : en Saxe on s’en sert en teinture ; & dans la plupart des pays elle est utile en peinture.
Enfin, on trouve souvent, dans la deuxieme couche de la terre d’étang ou de prairie, un tuf d’Ochre disposé par lits : ailleurs on rencontre des Ochres qui contiennent du charbon & de l’alun, &c. Gmelin, dans la Relat. de son Voyage en Syberie, Vol. II. p. 59, dit avoir trouvé une Ochre de plomb mêlée avec de l’argent & de l’or : on doit encore regarder le Crayon rouge, & quantité de mines limoneuses, comme une sorte d’Ochre de fer.
Divers Minéralogistes regardent aussi les Ghurs des métaux comme des especes d’Ochres ; mais on n’a que trois sortes d’Ochres qui proviennent des métaux dont on a des vitriols connus, savoir du Zinc, du Cuivre & du Fer : selon la nature de la décomposition, de la précipitation, & des mélanges accidentels, ces terres paroissent sous différentes couleurs.
