Holbach 1765b

[Paul-Henri Thiry d’Holbach], Ombre, terre d’, in : [Denis Diderot – Louis Jaucourt (edd.)], Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers XI (N–PARI), Neufchastel [Samuel Faulche & Compagnie, Libraires & Imprimeurs] 1765, pp. 465–466.


OMBRE, TERRE D’ (Hist. nat.​ Minéral.​​ & Peint.​​) umbra, creta umbria. C’est une terre d’un brun plus ou moins foncé ; elle est légere & en poussiere ; elle a la proprieté de s’enflammer dans le feu, & de répandre une odeur fétide. Son nom paroît venir de l’Ombrie, pays d’Italie, d’où il vient sous ce nom une terre d’un brun clair. La terre de Cologne est une terre colorée plus foncée.

La propriété que la terre d’ombre a de s’enflammer & de répandre une odeur désagréable, fait voir qu’elle contient une substance bitumineuse de la nature du charbon de terre.

M. Emanuel Mendez d’Acosta, dans son hist. nat.​​ des fossiles, p. 101. & ss. met la terre d’ombre au rang des ochres ; il parle d’une terre d’ombre trouvée en Angleterre qui produisit un phénomene très-curieux. Une personne ayant pulvérisé cette terre d’ombre & l’ayant mêlée avec de l’huile de lin, pour la broyer & s’en servir à peindre, en fit un tas, après quoi il sortit de sa chambre, & à son retour au bout de trois quart-d’heures, il trouva que ce tas s’étoit enflammé de lui-même, & répandoit une odeur insupportable. La même expérience a été réiterée à Londres avec le même succès. Cette terre d’ombre avoit été tirée d’une mine de plomb de la province de Derbyshire, à environ dix brasses de profondeur au-dessous de la surface de la terre ; on dit qu’il y en a une couche fort épaisse.

Il y auroit lieu de croire, que cette inflammation spontanée est venue de quelques portions d’alun, contenues dans cette terre, qui a fait avec l’huile de lin une espece de pyrophore. (—)