Aviler 1691/I
Augustin-Charles d’Aviler, Cours d’Architecture qui comprend Les Ordres de Vignole. Avec des Commentaires, les Figures & Descriptions de ses plus beaux Bâtimens, & de ceux de Michel-Ange. Plusieurs Nouveax Dessins, Ornemens & Préceptes concernant la Distribution, la Décoration, la Matiere & la Construction des Edifices, la Maçonnerie, la Charpenterie, la Couverture, la Serruserie, la Menuiserie, le Jardinage & tout ce qui regarde l’Art de Bâtir; Avec une Ample Explication par ordre Alphabetique de tous les Termes I, Paris [Nicolas Langlois] 1691.
Augustin-Charles d’Aviler (1653–1701) was a French architect and theorist. He studied at the Royal Academy and later received a scholarship to the French Academy in Rome; on his journey there, however, he was captured by pirates and spent eighteen months enslaved in Algiers and Tunis. Between 1684 and 1689 he trained under the architect Jules Hardouin-Mansart (1646–1708). He subsequently settled in Montpellier, where he worked throughout southern France. His Cours d’Architecture, published in Paris in 1691, promotes Vignola’s architectural canon while also including a range of practical information related to building construction. The excerpts presented here concern the painted decoration of buildings, vaults, and ceilings. From the appended explanatory dictionary, we include selected entries clarifying painting techniques, architectural structures, and materials associated with plasterwork.
PREMIERE PARTIE.
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DE LA DECORATION DES JARDINS.
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pp. 199–200
Pour décorer l’extremité d’un Jardin de Ville, dont la veuë est souvent bornée par le pignon d’une maison voisine, on y peut faire un Portique de treillage, comme il se pratique assez souvent lors que ce n’est qu’un mur de clôture. Celuy du Jardin de l’Hostel de Louvois, est un des plus parfaits exemples de cette espece de décoration : mais quand le pignon est bien haut, on y peut peindre à huile, ou à fresque quelque Perspective d’Architecture, comme il s’en voit d’une grande beauté à quelques Hostels, lesquelles auroient tout le succés possible, si les enduits en avoient esté aussi bons que ceux d’Italie.
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pp. 228–230
DE LA PEINTURE ou IMPRESSION
DANS LES BASTIMENS.
PAr le terme de Peinture dont on se sert ici, on ne pretend pas parler des diverses parties de l’Art de peindre mais seulement des couleurs qu’on employe sur le bois, le fer, le plomb & toute matiere qu’il convient peindre ou imprimer d’une ou de plusieurs couches, autant pour la conserver que pour la rendre plus d’union par une seule couleur.
La plus belle couleur est le Blanc, parce qu’il augmente la lumiere & réjoüit la veuë. Il y en a de plusieurs sortes. Le blanc de Ceruse, & le blanc de plomb s’employent à l’huile : pour les détremper aprés qu’ils sont broyez on y ajoûte un poisson d’huile de noix par livre, ou demi poisson avec autant d’huile de Therebentine. Le blanc de Roüen s’employe à détrempe avec la colle de gans, & pour le rendre plus beau on fait la seconde couche de blanc de plomb ou de ceruse.
Le Blanc qu’on nomme des Carmes se fait sur des murs bien secs avec de la chaux de Senlis éteinte, où l’on mêle de l’alun : on prend le dessus qui est le plus pur dont on met 5. ou 6. couches, & quand il est sec on y passe la main avec un gant blanc pour le rendre plus luisant.
Le Gris se fait de blanc, avec du noir d’os, de charbon, ou de fumée. Il est necessaire de passer un lait de chaux sur les vieux murs avant que de les peindre en détrempe.
Le Jaune se fait d’ocre qui s’employe à l’huile & en détrempe, il faut plus d’un poisson d’huile par livre de couleur, & on en met deux couches, la premiere est plus forte d’huile que la seconde. La couleur d’olive se fait avec de l’ocre jaune, du blanc & du noir de charbon. Le Brun rouge ou rouge brun est un ocre brûlé & s’employe comme l’ocre jaune. Le Bleu dont on peint des Grotesques & des ornemens sur le blanc, se fait de bleu d’Inde, ou d’email, ou avec de la cendre bleüe.
Le Verd dont on se sert pour peindre les Treillages, les Portes, Grilles & Bancs des Jardins, se fait de verd de montagne qui s’employe avec du blanc de ceruse qui est la seconde couche (la premiere estant de blanc pur,) & aprés on met le verd pur de montagne, qui devient plus beau avec le tems. Le verd de gris est moindre & noircit davantage que celui de montagne. Le tout s’employe avec l’huile de noix, qui est meilleure que celle de lin : on se sert d’huile grasse, de mine de plomb & de couperose, pour faire secher ces couleurs, qui peuvent estre couchées sur la pierre, le plastre, le bois, le fer & le plomb. Tout ce qui est exposé à l’air, se fait à l’huile, comme les blancs qui sont souvent en detrempe au dedans.
Lorsque la Menuiserie est propre, & que le bois en est d’une belle couleur, on y donne seulement quelques couches de vernis, qui se fait avec de la gomme adraganthe & l’esprit de vin aprés y avoir passé une colle de gans, ainsi que pour le vernis de Venise. On fait aussi un vernis d’huile grasse & de litarge boüillis ensemble, lorsque les lieux sont humides, & pour les dehors.
Pour peu que les Appartemens soient propres, on y peut dorer quelques filets & baguettes, laissant les panneaux & le reste blanc, ainsi pour dorer en feüilles sur les couches de blanc, on pose une couche d’ocre jaune ou de rouge brun, & on passe un or-couleur, surquoi on applique l’or en feüiller. Il suffit qu’il y ait deux Impressions sur le bois, & trois sur le plomb, mais sur le fer pour le garantir de la roüille il en faut cinq ou six, dont la premiere est de blanc fort legere, & les autres d’ocre ou de rouge brun, surquoi on pose l’or couleur, ensuite l’or en feüilles. Quant à l’or bruni, sur le bois, on met cinq ou six couches legeres de blanc, puis l’assiette, composée de bol d’Armenie ; les ornemens de couleurs peuvent estre à fonds d’or mat ou bruni.
Les Camayeux se font d’une même couleur, en y observant les jours & les ombres, mais les plus riches sont ceux dont le fond est d’azur & les figures rehaussées d’or,les jaunes se nomment Cirage & on en peint de plusieurs sortes selon le goust de celui qui les fait faire, ou l’union que demande le reste des Ornemens de la piece.
On peut aussi imiter la Bronze, qui se fait de plusieurs manieres, sçavoir rougeâtre, jaunâtre & verdâtre. Pour faire la bronze on se sert de cuivre battu & broyé, qui plus est au feu, plus il rougit. Cette couleur se peut employer sur le plâtre, le bois, le fer & le plomb : Pour la rendre rougeâtre, on y mêle du rougebrun ; pour la faire jaunâtre, on fait la couche d’ocre jaune pure ; & enfin lorsqu’on la veut faire verdâtre, & ressembler à la bronze antique, il faut y passer une couleur d’ocre jaune avec du noir d’os.
Non seulement la Peinture contrefait les Métaux, mais elle imite aussi les Marbres au sujet de quoi il faut observer de ne point feindre de marbre ce qui n’en peut pas estre effectivement comme les Ventaux des Portes, & les Guichets des Croisées. Il faut varier les marbres selon les parties de l’Architecture, en sorte que l’Architrave & la Corniche estant d’une couleur, la Frize soit d’une autre : Comme dans les Lambris le batti doit estre different des quadres, & les quadres des panneaux ; & aux cheminées le chambranle est d’un marbre different de la Frise &de la Corniche.
On doit prendre garde en variant les marbres que les couleurs ne se détruisent point par un trop grand contraste ; & que les parties remplies de moulures soient peintes de couleurs tendres pour en mieux distinguer les profils.
Tous les Ouvrages de Peinture en Impression, se mesurent à la toise superficielle, ou se marchandent par travées de planchers, toises de lambris, par placards & croisees. Quant à la Dorure on la toise au pied & pouce superficiel.
Voila en general ce qui concerne la matiere des Bastimens, qui peut suffire pour en avoir une idée. Il est ensuite à propos de connoistre l’emploi de ces materiaux, & c’est en quoi consiste la Construction.
