Lacombe 1752

Jacques Lacombe, Dictionnaire portatif des Beaux-Arts, ou Abregé de ce qui conerne l’Architecture, la Sculpture, la Peinture, la Gravure, la Poésie & la Musique ; avec La définition de ces Arts, l’explication des Termes & des choses qui leur appartiennent…, Paris [La Veuve Estienne & Fils – Jean-Thomas Herissant] 1752.


p. 135

Cartons

CARTONS. On appelle ainsi certains Desseins de Tapisseries, que les Peintres font pour servir de modéles aux Ouvriers.

Les Cartons dans la Peinture à fresque, se font de plusieurs feuilles de gros papier attachées les unes aux autres, pour y dessiner l’Ouvrage que l’on veut peindre chaque jour. Lorsque l’enduit sur lequel on doit travailler a pris assez de consistance pour ne point trop s’enfoncer en y touchant, on applique dessus les Cartons, & l’on calque le Dessein avec une pointe ; ensorte que toutes les traces soient sensibles sur l’enduit ; alors on commence à peindre. Voyez Fresque. On se sert aussi de Cartons pour la Peinture à la Mosaïque.


p. 241

Ensemble

ENSEMBLE, ou le tout ensemble ; terme de Peinture. On l’a défini une subordination générale des objets les uns aux autres qui les fait concourir tous à n’en faire qu’un. Cet Ensemble naît de la liaison des lumieres & des ombres, de l’union des couleurs, de l’opposition des groupes, des repos bien ménagés ; enfin de l’harmonie, c’est-à-dire de l’arrangement & du bon ordre de tous les objets.


p. 251

Esquisse

ESQUISSE, de l’Italien Schizzo. On entend par ce mot un premier crayon ou une légere ébauche de l’Ouvrage que le Peintre médite. Dans la Peinture à fresque on compose ordinairement un petit tableau qu’on appelle Esquisse qui contient en racourci tout ce qu’on veut peindre en grand. Dans cette sorte d’Esquisse le Peintre doit non-seulement mettre tout son feu pour l’invention, & s’attacher à la disposition des parties & à l’effet du clair-obscur, mais il doit encore arrêter toutes les couleurs tant pour les objets en particulier que pour l’union & l’harmonie du tout ensemble. L’Esquisse doit en un mot être son guide & son modele.

On appelle encore Esquisse en Sculpture un petit modéle de terre ou de cire, heurté d’art & de goût avec l’ébauchoir.


pp. 277–279

Fresque

FRESQUE (Peinture à). Il est difficile de marquer l’origine de cette sorte de Peinture, & de fixer le temps où elle a commencé. On peut seulement avancer qu’elle est très-ancienne, puisqu’on la pratiquoit dans les premiers temps de la République Romaine, & qu’on en voit encore de fort beaux morceaux Antiques dans Rome. Cette Peinture se travaille sur une muraille fraîchement enduite de mortier, de chaux & de sable, d’où peut venir le terme de Fresque. Les couleurs en sont détrempées avec l’eau, & il n’y a que les terres & les couleurs qui ont passé par le feu qui puissent y être employées. Ces couleurs & ces terres doivent être d’une nature séche, s’il est possible, ou des marbres & des pierres bien pilés ; car pour les teintures séches & autres couleurs tirées des mineraux, qui ne peuvent point s’accorder avec la chaux, cette Peinture les rejette absolument. La Peinture à Fresque a cet avantage qu’elle dure plus long-temps que celle qui est à huile, en quel qu’endroit qu’elle soit exposée ; mais elle a ce défaut, que ne pouvant souffrir toutes sortes de couleurs, elle est moins capable d’une parfaite imitation ; ses clairs sont plus clairs que ceux de la Peinture à huile ; mais les bruns n’en sont ni si vigoureux ni si suaves. Sa durée fait qu’on l’emploie dans les lieux où elle est exposée aux injures de l’air. Elle demande à être travaillée avec promptitude, & elle ne peut bien être exécutée que par une main legere & hardie, conduite par une tête sçavante, & pleine de ce beau feu qui est si nécessaire à la Peinture.

Trois choses sont nécessaires, & doivent être préparées avant que de peindre à Fresque, sçavoir l’Esquisse, les Cartons & l’Enduit du mur. On fait deux enduits, l’un sur l’autre, le premier qui touche la pierre, doit être fait de gros sable de riviere ; il faut qu’il soit bien dressée, mais raboteux, afin de retenir le second enduit où l’on doit coucher les couleurs. Ce dernier enduit se fait de mortier, de chaux vieille, éteinte ; & de sablon de riviere. Il est à remarquer que ce second enduit doit être préparé par le Maçon à mesure & suivant l’espace qui peut être peint dans la journée, parce qu’il doit être frais quand on y travaille. Afin que la Peinture à Fresque soit de durée, il faut que le mur soit fait de bons matériaux, & que le Peintre ait soin de bien empâter, & de ne point épargner la couleur. Tous les temps, hors celui de la gelée, sont bons pour peindre à Fresque. Avant toutes choses, le Peintre doit de nécessité avoir son dessein arrêté devant les yeux, c’est ce qu’on appelle Esquisse, (Voyez à ce mot), & toutes les parties doivent être dessinées sur de gros papier, & de la grandeur de l’Ouvrage. C’est ce qu’on nomme Cartons, (Voyez à ce mot). On appelle encore Fresque, l’Ouvrage même qui est peint de la sorte.


p. 377

Machine

MACHINE. L’on se sert de ce terme en Peinture, pour marquer l’assemblage de plusieurs parties d’un tableau, qui concourent à former un tout parfait, comme les Piéces d’un Ouvrage méchanique, tendent à produire par leur arrangement un même effet. Ainsi ce mot a la même signification à peu près que composition. L’on appelle encore grande Machine, un tableau d’une vaste & riche ordonnance.


p. 506

Plafonner

PLAFONNER une figure ; c’est en Peinture lui donner le racourci nécessaire pour qu’elle fasse un bon effet étant peinte sur un plafond ; en sorte qu’elle paroisse comme placée en l’air & dans une attitude qui n’ait rien de gêné.