Liger 1749/I

Louis Liger, La Nouvelle Maison Rustique, ou Économie Générale de tous les biens de campagne. La Manière de les entretenir & de les multiplier ; Donnée ci-devant au Public par le Sieur Liger.  Sixième Edition, Augmentée considérablement, & mise en meilleur ordre : Avec La Vertu des Simples, L’Apoticairerie, & les Décisions du Droit François sur les Matieres Rurales ; Et enrichie de Figures en Taille-douce. Par M. *** I, Paris [Saugrain Fils] 1749.


p. 953

CHAPITRE V.
Productions & Profits champétres non ordinaires.

NOus avons parlé jusqu’à présent des profits ordinaires que la nature nous ménage des champs ; mais outre ceux-là, les besoins de la societé, l’industrie & l’ambition des hommes ont sçû s’établir des produits peu communs, & s’attribuer desdroits qui font une partie assez considérable de notre économie champêtre.

Je ne ferai qu’indiquer les productions ou profits insolites qui passent les bornes ordinaires de l’agriculture, & je ne dirai du reste que ce qui est familier ou utile & praticable dans notre Maison Rustique.

. . .

pp. 958–964

Terres, Carrieres, Poteries, Fayances, Couleurs, &c.

1°. C’est encore du sein de la terre, ou plutôt c’est de la terre même, qu’on fait toutes sortes de grais & de poteries, comme en Flandre, à Beauvais, en Auvergne ; de fayance, comme en Hollande, à Nevers & à Rouen : on vernit les poteries avec du plomb fondu, & la fayance avec de la potée, qui est de l’étain calciné, &c. Ce qu’on appelle vaisseaux de grès, ne sont pourtant faits que de glaise, mais qui a une cuisson plus forte, étant cinquante heures dans le fourneau, au lieu que la poterie ordinaire n’y est que douze. Comme nous allons parler de la fayance, nous ne dirons rien davantage sur la poterie, qui se fabrique à peu près de la même maniere.

La fayance est une espèce de poterie fine faite de terre émaillée, dont l’invention & le nom sont venus de Fayence, Faenza, Ville d’Italie, d’où les anciens Ducs de Nevers qui en étoient originaires, en apporterent l’art à Nevers, qui ne subsiste que par ces manufactures qui sont les plus anciennes de ce genre dans le Royaume.

La fayance s’y fait de deux fortes de terre : l’une est appellée terre blanche ou fine ; elle donne la beauté & la finesse : & l’autre est une terre jaune qui donne la force. On mêle avec proportion ces deux sortes de terre, & on les broye ensemble dans un poinçon plein d’eau. On passe cette terre & cette eau dans des tamis, & on les reçoit dans une fosse ; après quoi on tire la terre de la fosse lorsqu’elle commence à sécher ; puis on la met dans une autre fosse pour la faire sécher davantage, & on la porte ensuite dans une cave où on la laisse en dépôt pendant quelques mois. Ce tems écoulé, on la marche ou piétine, on en forme des balons qu’on porte sur le banc du Tourneur, qui bat cette terre de nouveau avec les mains, & après il la pose sur le tour quand il est nécessaire de la travailler au tour ; car il y a deux fortes d’ouvrages dans la fayance ; les uns se font au tour, & les autres au moule.

Au sortir du tour ou du moule on met sécher lentement les vases ou autres vaisseaux, & ensuite on les cuit dans un four à deux fois par degrés. D’abord on les met cuire en crud : ces vaisseaux de terre crue sont changés par le feu en vaisseaux de terre cuite qu’on appelle alors biscuits : on trempe ces biscuits dans le blanc, on leur met la peinture que l’on juge à propos, on les arrange dans des boëtes nommées gazettes, & on les porte au feu une seconde fois. Il faut observer dans les deux coctions de donner à la fayance le feu par degrés : on commence par un petit feu, on l’augmente ensuite, & on finit par le grand feu. Cette coction dure ordinairement à Nevers vingt-quatre heures.

L’émail blanc de la fayance se fait avec le plomb & l’étain calcinés ensemble dans un fourneau qu’on nomme fournette. Lorsqu’il y a cent livres de cette cendre ou calcination, on y ajoute quatorze livres de sel ou matiere saline, & cent livres de gros sable blanc, & l’on fait fondre le tout ensemble sur le fourneau où il se durcit. On broye le tout dans un moulin fait exprès ; & lorsqu’il est broyé, il devient blanc & liquide comme du lait, en y jettant une certaine quantité d’eau. On doit avoir soin de bien boucher ce lait, afin que la poussiere ne s’y mele point ; & pour l’appliquer, on ne fait qu’y tremper le vase après sa premiere coction, & on y ajoute les peintures comme nous l’avons dit. L’illustre Raphaël n’a pas dédaigné de peindre sur la fayance.

La seconde coction est celle qui fond les émaux, & qui donne la perfection à l’ouvrage. Le jaune se fait avec l’antimoine, la suie, le plomb calciné, le sel & le sablon.

Le verd est fait avec du cuivre & du plomb calcinés ensemble, auxquels on joint du sel & du sablon ; car le plomb entre dans toutes les compositions, aussi-bien que le sel & le sablon. On appelle le plomb médiateur, & il sert à coller l’émail sur la terre : le sel est un fondant qui corrige la dureté de l’émail, & en rend la fusion plus facile : le sable donne de l’éclat, du brillant & de la consistance à l’émail.

L’émail noir se fait avec le fer & le plomb calcinés ensemble : on y joint à l’ordinaire le sel & le sablon.

Le beau rouge n’est connu en France que d’un petit nombre de personnes.

2°. La terre glaise sert encore à faire de la brique, de la tuile, des carreaux de toutes sortes d’espèces, des buttes, des batardeaux, &c ; du ciment, des pâtes à chapelets, des moules, figures, modèles & quantité d’autres petits ouvrages. Les Teinturiers même se servent de potasses.

3°. C’est aussi de la terre qu’on tire le marbre & toutes sortes de pierresmoilons, même les pierres de molieres ou meules à moulins, qui servent aussi aux Rocailleurs pour faire les grottes, parce qu’après les avoir taillées de diverses figures, ils les colorent par le feu qui les rougit, ou par les eaux fortes, du vinaigre & du verd-de-gris, qui les rendent verdâtres. Les meules de Couteliers & de Taillandiers sont de pierre de grès très-dure & d’un grain fort serré. Les bonnes viennent de Bourgogne & d’Angleterre. Pour fendre les rochers les plus durs, & en détacher les meules de moulins, après qu’on les a taillées en cylindre, on fait autour de ces rochers quantité de trous, dans lesquels on insere des chevilles de bois séchées au four, qu’on dispose en rond, suivant la largeur des meules : dans les tems humides ces chevilles grossies & enflées par les vapeurs & les exhalaisons, fendent les rochers & détachent les meules.

La chaux doit être cuite à feu toujours égal, non-seulement jusqu’à ce qu’elle soit rougie, mais encore jusqu’à ce que la pierre soit tout-à-fait calcinée ; sans quoi elle ne s’empreindroit jamais des parties de feu qui font la chaux.

Le plâtre se vend au muid quand il est cuit, & à la toise quand il est crud, & il se conserve en terre autant que le moilon ; il sert aux enduits à lier des pierres, & prend au moule toutes fortes de figures.

Dans les carrieres de Montmartre près de Paris, au-dessus des masses de pierres à plâtre, il y a parmi les pierres qu’on y cuit des bancs d’une pierre grasse & blanche où l’on trouve le gyps, qui est non pas une pierre à plâtre, mais une espèce de gros talc ou de pierre brillante & transparente, laquelle étant calcinée au four, broyée dans un mortier, passée au tamis, & employée avec de l’eau collée & des couleurs, sert à contrefaire le marbre, & à l’imiter si bien, que les yeux & la main s’y trompent : de même qu’on a inventé de nos jours la maniere de faire les perles fausses qui sont si fort en vogue, en introduisant avec un petit tube pointu & recourbé dans des grains de verre que l’on nomme grains de girasol, l’écaille des petits poissons nommés ables & goujons, très-communs dans la Marne & dans la Seine. Cette écaille dissoute dans l’eau reprend tout son lustre en se séchant.

Les ardoises rouges valent mieux que les bleues, & celles d’Angers mieux que celles de Mezieres. On doit les tirer de la troisiéme fonciere de chaque mine : elles servent à faire des plaques & des tables, & principalement à couvrir les maisons. Il y a aussi une pierre crouteuse qui se fend par écailles, & qui sert pour faire des dales, du pavé, des auges, &c. On l’employe pareillement à couvrir ; mais elle charge extraordinairement les toits.

Le charbon de terre est utile à tous ceux qui travaillent en fer, parce qu’il chauffe plus âprement que le charbon de bois, & qu’il en faut moins : celui d’Angleterre, qu’on appelle de Neufchatel, est bien meilleur que celui d’Ecosse, mais il est plus léger : c’est pourquoi on les mêle pour faire corps ; car celui d’Ecosse seul n’est pas si bon. Le charbon de France est assez estimé ; mais il en faut davantage, & il ne tient pas tant au feu que les précedens. Celui de Saint-Etienne en Forez & du Lyonnois est le meilleur. Celui d’Auvergne est fort bon, & il y en a qui ne cede guéres à celui d’Angleterre. Celui de Saint-Dizier est le moindre de tous.

Le charbon de pierre si commun en Nivernois & en Bourbonnois, est spongieux & fait un feu vif ; mais la vapeur en est maligne, & il a une odeur de soufre insupportable.

Ces deux fortes de charbons ont, ainsi que le naphte dont nous parlerons ci-après, une proprieté singuliere, qui est que pour les faire bien brûler, il faut les arroser d’eau, & l’huile les éteint. On les vend au demi-minot comble.

La houille est une terre noire & grasse qui sert de charbon de terre aux Forgerons. Dans le pays de Liége, où l’on dit que l’invention en a été trouvée, les Particuliers, & généralement tout ce qu’on appelle Flamands-Rouchis, même les Brasseurs, en brûlent en place de charbon & de bois : on l’y débite par quarrés longs à peu près comme une brique coupée en deux, & on la consomme dans des espèces de fourneaux quarrés faits de grillages de fer, où le feu bleuâtre & la chaleur de la houille dure une demi-journée.

Enfin on tire encore de la terre & du sable, les pierres à fusil, les cailloux pyrêtes, qui sont une espèce de marcasite propre à tirer du feu ; les pierres à moudre, les pierres à aiguiser, la pierre de touche, qui est une espèce de marbre, l’albâtre, la marne, &c.

Toutes ces choses ont chacune leur utilité & leur débit particulier ; nous en avons dit une partie ci-devant : & ceux qui auront dans leur héritage des veines de terre propres à en faire des carrieres, des plâtrieres, chaufours, ardoisieres, tuileries, briqueteries, poteries, &c. sçauront bien-tôt tout ce qui est de détail, pour ouvrir, façonner & débiter ces productions terriennes.

Outre les charbons de terre & de pierre, & la houille dont je viens de parler, on brûle encore des tourbes dans les endroits où le bois est rare, comme en Hollande, Flandre, Amiens, Dieppe, la Rochelle. Les tourbes sont des mottes de terre marécageuses & spongieuses, dont on ne trouve souvent les veines propres que par lits souterrains, comme la glaise. Dans les Pays-Bas elles sont ordinairement soufrées. L’usage des tourbes a quatre siècles d’ancienneté constante. Les meilleures ne se font que de l’herbe & superficie des gazons qu’on coupe en forme de briques & qu’on fait sécher : c’est ainsi que les Laboureurs de Cornouaille en Angleterre ne se chauffent que de l’herbe de leurs champs, qu’ils coupent toute avant d’y mettre la charue ; & ces mottes sèchent & brûlent aisément, parce que ce ne sont presque que des racines & filandres d’herbes. Les tourbes d’Ecosse sont très-puantes, quoique ce soient des gazons où l’herbe est encore, & qu’on tire d’une terre qui au bout d’un mois produit de nouvelle herbe.

Dans la vallée de Somme, depuis Amiens jusqu’à Abbeville, on tire la tourbe des prés, parce que tout le fonds en est spongieux & tissu d’une infinité de racines, même sous trois pieds d’épaisseur de terre solide ; ce qui fait que les fosses à tourbes se remplissent assez vîte : il s’y en fait une si grande consommation, qu’il n’y a point de meilleur revenu qu’un pré à tourbes ; il y vaut communément trois mille livres l’arpent. Après que tout le pré a été bien fauché & bien pâturé, les Tourbiers ou gens de journée enlevent à coups de bêche toute la terre du pré, qu’on sépare en différens quartiers qui se tourbent les uns après les autres. On en coupe la terre par morceaux à peu près de la forme d’une brique, & on les fait sécher au soleil ou à l’air sur le pré même, en les dressant & en les appuyant l’un contre l’autre sur leur longueur, pour qu’ils s’égoutent ; puis on les arrange par petits tas un peu au large, & on les retourne de tems en tems pour qu’ils se sèchent bien ; & enfin on les dresse par piles ou meules comme le foin, pour les vendre le plutôt qu’on peut. Les meilleures tourbes sont celles qui ont été prises de la surface du pré, & qui ont été faites dans la plus belle saison sans avoir reçu aucune pluie. On met ainsi en tourbes tout ce qu’on peut tirer de terre du pré qu’on fouille par quartiers, jusqu’à ce que l’eau ne puisse plus être pompée ; à quoi vingt hommes travaillent continuellement pendant tout l’été. Quand la fosse est épuisée, on fouille un autre quartier, & ainsi de suite, pendant que les quartiers les premiers tourbés se remplissent de terre ; ce qui peut aller à quinze ou vingt ans.

La tourbe (à la différence des mottes à brûler qui se font de tan) est toujours noire, massive & dure, quoique friable ; elle ne se casse & ne se résout point à l’eau, quoiqu’elle reste même exposée pendant une année entiere à toutes les injures du tems : elle est cependant très-légere quand elle est bien sèche ; mais lorsqu’elle est mouillée, elle est fort lourde & très-puante à brûler : on en sent l’odeur à deux & trois lieues d’Amiens, plus que dans Amiens même. En Hollande leurs tourbes sont des mottes de terre soufrées.

4°. On tire encore de la terre, le tripoli, la magnèse, le safre, la sanguine, la calamine, l’ocre, &c.

Le tripoli est une pierre tendre & d’un blanc rougeâtre qu’on tire de ses mines, dont il y a beaucoup en différens endroits de l’Europe. Il sert à donner le poli aux ouvrages de plusieurs Ouvriers, & à nettoyer certains ustensiles de ménage.

La magnèse est une pierre fossile que les Verriers mettent en petite quantité pour purifier le verre & le rendre fort clair ; mais en grande quantité, elle le rend très-bleu ou pourpre. Les Potiers de terre s’en servent, après l’avoir réduit en poudre, à enduire leurs ouvrages. La magnèse paroît noire lorsqu’elle est crue ; mais quand elle a passé par le fourneau, elle est d’un beau bleu.

Le safre est utile aux Verriers & Fayanciers à mettre en bleu leurs ouvrages qui demandent cette couleur. C’est une pierre couleur d’œil de perdrix qui vient des Indes.

La sanguine, autre pierre fossile très-rouge, sert à faire des crayons, & à brunir les feuilles d’or que certains Ouvriers appliquent sur leurs ouvrages.

La calamine, soit la grise qui vient d’Angleterre, de Liege ou d’Allemagne, soit la rouge qu’on trouve en France, est une terre dure & bitumineuse, qui étant mélée à poids égal avec du cuivre rouge, lui donne une couleur jaune, & augmente son poids d’un tiers. On nomme laiton le cuivre mêlé de calamine.

L’ocre est une terre fossile de couleur jaune, dont il y a des mines dans la Province de Berry & en Angleterre : elle est très-utile pour la peinture. L’ocre qui est d’un jaune rougeâtre, s’appelle ocre de ruth.

Il y a aussi quantité d’autres terres naturelles, qui servent principalement à crayonner & à peindre, tant à fresque qu’à détrempe & à l’huile, pour faire les couleurs simples ou composées. Telles font le blanc, qui se fait avec de la chaux éteinte depuis long-tems, & de la poudre de marbre blanc mis à dose égale, parce que le trop de marbre noircit : c’est de ce blanc qu’on peint à fresque. Pour peindre à détrempe, on se sert du blanc de craie ou de plâtre broyé avec de la colle de gants : ce dernier blanc sert aussi pour peindre en huile, aussi-bien que le blanc de plomb, qui se tire du plomb qu’on a mis avec du vinaigre dans des pots enterrés dans du fumier ; enforte qu’au bout de trente jours il s’y forme des écailles de rouillure qui changent & deviennent un fort beau blanc, que l’huile acheve de corriger en le broyant sur la pierre, après l’avoir bien broyé avec de l’eau : on l’appelle autrement blanc de céruse : il se garde dans l’eau : on en fait aussi d’étain & d’urine ; & c’est le blanc dont les femmes se fardent.

Le stil de grun, couleur jaune, se fait de graine d’Avignon bouillie, puis chargée de cendres de sarment ou de blanc de craie mêlé avec de la colle de gants, & ensuite passé dans un linge fort fin. Nous parlerons ci-après de la graine d’Avignon. Le bleu artificiel se fait de sable, de sel de nitre & de limaille de cuivre.

Le blanc d’Espagne ou de Rouen, que les Epiciers vendent par petits pains, se fait avec du plâtre bien battu qu’on passe dans des tamis bien fins. En le noyant dans de l’eau, on l’affine le plus qu’on peut, & on en forme des pains que l’on fait bien sécher. Il sert à blanchir l’argenterie & à quantité d’autres usages, principalement pour blanchir à colle, soit murailles ou bois, même pour dorer. On fait infuser ce blanc bien écrasé dans de la colle faite de rognures de parchemin ou de gants, passée par un linge & toute chaude. Quand le blanc a été infusé, bien dissous, puis passé dans un linge, on blanchit l’ouvrage, en y appliquant avec une brosse de poil de sanglier au moins trois couches égales, qu’on ne met que l’une après l’autre, & quand la précedente est sèche, pour que le blanc ne s’écaille point. Lorsqu’il est bien sec, on le polit en le mouillant avec la brosse, à mesure qu’on le frote avec un linge posé autour d’un bâton ; ou bien avant qu’il soit tout-à-fait sec, on le polit avec de l’herbe appellée préle, pour qu’il sèche plus vîte : on y met de l’huile de noix ou de térébentine en le broyant, comme on fait au blanc de plomb ; & cela fait qu’il ne change point. Il faut encoller ce blanc devant & après d’une couche ou deux de colle de cuir.

Le blanc des Carmes se fait avec de la chaux de Senlis de la plus blanche : l’ayant éteinte, on la passe dans des petits tamis bien fins ; on l’employe claire comme du lait, & l’on en donne cinq ou six couches ; mais on doit laisser sécher chaque couche avant que d’en mettre une autre, & bien manier toutes les couches, c’est-à-dire les bien froter avec la brosse ; c’est ce qui le rend reluisant & le fait tenir plus ferme. Si l’on veut le faire reluire parfaitement, il faut encore le froter avec une brosse de poil de sanglier, ou avec la paume de la main, lorsqu’il est bien sec. Quand ce blanc est employé sur de la pierre ou du plâtre bien sec, il ne jaunit point.

Si on veut faire du noir poli en façon de marbre, on prend du noir de fumée calciné, on le broye avec un peu de pierre de mine, de l’huile d’olive & de l’eau de savon : étant détrempé avec de la colle à détrempe, dont on parlera ci-après, on en donne deux ou trois couches ; & quand il est sec, on le brunit avec la dent de loup ou de chien, ou avec la pierre sanguine : pour qu’il y paroisse des veines de marbre blanc, on y fait des petites veines blanches avec un pinceau avant que de le brunir. Le liege noir brûlé fait le noir d’Espagne.

Manieres de nettoyer un tableau. Mettez-y de l’azur en poudre, & frotez-le avec de l’eau & une éponge, cela emportera toute l’ordure & la fumée : vous laverez ensuite le tableau jusqu’à ce que l’eau soit nette. Ou bien si vous n’y voyez plus rien, mettez-y du savon noir ; & au bout d’une heure & demie ou deux heures, lavez-le & le frotez avec une éponge, jusqu’à ce que l’eau ne soit plus grasse : mais ne laissez pas le savon plus de deux heures sur le tableau, parce qu’il emporteroit toutes les couleurs. On se sert aussi d’urine toute chaude, ou de pierre de ponce broyée pour les tableaux grossiers. L’huile d’aspic est encore propre à enlever la crasse & à nettoyer les tableaux ; mais il faut aussi prendre garde qu’elle n’emporte les couleurs : on la fait avec les fleurs & les petites feuilles de l’aspic, qui est une espèce de lavande : il en croît beaucoup en Provence & en Languedoc. Vous pourrez ensuite mettre sur vos tableaux un vernis simple, qui n’est autre chose que l’écume de quelques blancs d’œufs battus dans de l’eau.

Moyen de nettoyer l’argenterie sans bouillitoire. Prenez quatre onces de savon blanc rapé dans un plat avec chopine d’eau chaude, pour un sol de pain & de lie de vin avec autant d’eau chaude dans un autre plat, & pour un sol de cendre gravelée avec pareille quantité d’eau dans un troisiéme plat ; puis trempez une brosse de poil dans la liqueur de pain & de lie, ensuite dans la gravelée, & enfin dans l’eau de savon ; lavez-en l’argenterie avec de l’eau chaude, & l’essuyez d’un linge propre & sec.