Tournefort 1717

Joseph Pitton de Tournefort, Traité de la matière médicale, ou lHistoire et lusage des médicamens et leur analyse chymique, avec les noms des plantes en latin et en françois, leurs vertus, leurs doses et les compositions où on les employe. Ouvrage posthume de M. Pitton de Tournefort. Mis au jour par M. Besnier I, Paris [Laurent d’Houry] 1717.


SECTION CINQUIEME .
Des médicamens qui vuident par les
parties Superieures & qu’on nomme
Emétiques.

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pp. 416–428

CHAPITRE I.
De l’Antimoine, ou du Stibium.

L’Antimoine autrement appellé Stibium est une espece de fossile metallique composé de beaucoup de souphre, d’un certain metal d’un genre particulier, & d’un peu de terre ; l’on en tire par l’analyse chymique un souphre inflammable & semblable au vulgaire : de plus l’antimoine jetté avec du salpêtre dans un creuset rougi au feu, s’embrase incontinent, ce qui n’arriveroit pas s’il n’y avoit du souphre dans l’antimoine, au lieu que le nitre se fond dans un creuset ardent, & ne s’enflame nullement. On est aussi persuadé que dans l’antimoine il se rencontre de la terre, vû que c’est de la terre damnée qu’on voit le beure d’antimoine se produire ; mais le régule ou la portion metallique qui se prepare facilement par la violence du feu, en se séparant des autres parties, est trés-remarquable ; & ce qu’il y a de plus admirable en cecy, c’est que ce régule ne se revivifie jamais, c’est-à-dire, ne revient jamais dans son premier état, lorsqu’il a été une fois reduit en chaux, ou qu’il s’est entierement dépouillé de son souphre.

On choisit l’antimoine dur, pesant, de couleur de plomb avec des canelures en maniere de rayons resplendissans : on préfere à tous les autres celuy d’Hongrie dont les canelures font distinguées par des points rouges, & semblent témoigner qu’il y a un souphre plus abondant ; car celuy de France qui a des canelures argentées contient plus de régule.

On appelle antimoine mâle celuy dont les canelures sont plus amples, & femelle celuy qui les a plus courtes & plus menues : on rejette l’antimoine qui a des canelures brunâtres & marquées de points noirs, ou qui n’est presque composé que de scories.

Prenez donc l’antimoine qui brillera par des canelûres plus longues & plus luisantes, & qui se romp en des pieces separées les unes des autres par de longues fèlures. Il se produit dans la Hongrie, dans la Transilvanie, & dans l’Allemagne ; on en trouve aussi en abondance dans le Poitou & dans la Bretagne. On prepare avec l’antimoine une infinité de médicamens pour l’usage interne, lesquels se doivent raporter principalement à trois Classes, sçavoir, à la Classe des Emetiques & des Purgatifs, à celle des Diaphoretiques, & à celle des Besoardiques ou plutôt des Absorbans.

Les plus considerables d’entre les médicamens antimoniaux ou stibiés font le safran des métaux, le verre d’antimoine, le régule, les fleurs, & le beure d’antimoine, la poudre algaroth, le tartre émetique, le syrop émetique, le chiliste laxatif, l’antimoine purgatif, le Bezoardique mineral, & l’antimoine diaforetique.

Il n’y a nulle vertu émetique dans l’antimoine crud ou naturel soit pulverisé, soit bouilly dans une décoction ; mais on y remarque une emeticité considerable lorsqu’on en a developé les parties d’une certaine maniere, soit avec addition de quelqu’autre matiere, soit sans addition.

L’antimoine crud & pulverisé étant pris par la bouche depuis un demi scrupule jusqu’à un scrupule entier purifie le sang & donne de l’appetit ; & même la teinture qui se tire de l’antimoine naturel par une simple infusion dans du vinaigre distilé, n’a pas seulement ce même effet ; mais en purifiant ce sang elle excite encore une douce sueur, & fortifie les intestins.

Le safran des métaux se prepare communement en mêlant ensemble parties égales d’antimoine pulverisé & de nitre, & en les exposant au feu ; car pour lors ce mêlange s’enflame avec un grand bruit, & quand l’embrasement est entierement appaisé, qu’on a rejetté les scories qui se sont amassées au dessus, l’on a un excellent safran qui provoque au vomissement comme il faut, étant pris en substance depuis trois grains jusqu’à six : il y en a qui ajoûtent à l’antimoine & au nitre du sel marin decrepité pour en faire le safran des metaux de Ruland, ou la magnesie opaline dont la dose est depuis huit grains jusqu’à quinze, ou jusqu’à un scrupule.

Le vin émetique se prepare avec le safran des métaux en infusant durant trois jours trois onces de ce safran en poudre, dans deux pintes de vin blanc : on bouche la bouteille, & on la remuë souvent afin de confondre la poudre avec la liqueur qu’on laisse reposer quand on s’en veut servir pour provoquer le vomissement, on separe ensuite le vin qui surnage, & on en fait avaler au Malade.

Cet émetique est à la verité très-bon quand il est nouvellement preparé, mais il se rancit avec le tems ; c’est pourquoi on lui préfere le tartre qui se dissout incontinent dans le vin, dans l’eau, & dans d’autres liqueurs appropriées : la dose de ce vin est depuis demi once jusqu’à once entiere ou à double once ; mais si l’on le prend en lavement, en le brouillant dans la décoction, la dose en sera de deux ou de trois onces, principalement dans les affections soporeuses.

Voicy la methode de composer le verre d’antimoine.

Prenez ce qu’il vous plaira d’antimoine crud & le reduisez en poudre très-subtile, que vous mettrez dans un vaisseau de terre large & plat sur un petit feu ; laissez-l’y échaufer & jetter toute sa fumée que vous aurez soin d’éviter pendant que vous le remuerés avec une spatule de fer jusqu’à ce qu’il ne fume plus, & qu’il ait acquis une couleur cendrée, prenant garde qu’il ne se grumele, & s’il s’en étoit formé des grumeaux il faudroit de rechef les pulverifer : aprés cette preparation mettez fondre dans un creuset sur un feu violent deux ou trois onces d’une telle poudre, & aussitôt qu’elle sera liquide, repandez-la dans un bassin de cuivre où elle se changera en un verre transparent de couleur roussatre qui devient jaune, blanc, rouge ou noir selon que vous y ajoûterés du souphre, de la crysocolle, & d’autres semblables ingrediens, on le fait prendre en substance depuis deux grains jusqu’à quatre ou cinq, & il excite fortement à vomir, mais on émousse sa vehemence en l’embrasant avec du nitre.

L’on a coûtume de se servir du verre d’antimoine pour composer le tartre & le syrop émetiques.

Pour faire ce tartre on employe parties égales de verre d’antimoine subtilement pulvérisé, & de tartre crud que l’on aura passé par le tamis ; on mêle bien ces deux choses l’une avec l’autre, & l’on répand deux livres de ce mêlange dans dix livres d’eau de fontaine où l’on les laisse digerer trois jours durant sur les cendres chaudes ; après quoi on les fait bouillir pendant une demi heure, & l’on passe l’infusion toute bouillante par la chausse de drap, puis on la met reposer à la cave pour laisser former sur la liqueur les crystaux qu’on en doit separer, & ayant ensuite fait un peu évaporer l’eau, il s’y produira d’autres crystaux trez blancs.

Ces crystaux évacuent parfaitement bien par en haut, étant pris depuis quatre grains jusqu’à fix ou huit ; d’autres pour réndre le tartre soluble y ajoûtent du sel de tartre, mais cette addition en diminuë la force.

L’on prepare ordinairement de la façon suivante le syrop émetique.

Prenez verre d’antimoine trois dragmes, suc de coings fix livres, faites les macerer sur les cendres chaudes pendant vingt-quatre heures ; & filtrés la liqueur, puis la faites cuire avec trois livres de sucre jusqu’à consistance de syrop que vous presenterez au malade depuis demi once jusqu’à une ou deux onces.

Le régule d’antimoine se fait de la maniere suivante.

Prenez antimoine pulverisé deux liv. tartre crud en poudre, une livre & demie, nitre douze onces ; mêlez exactement ensemble ces trois drogues, & les jettez à diverses reprises dans un creuset ardent : les embrasemens de ces matieres étant finies, on répandra dans le même creuet une once de nitre en poudre, on fera un feu plus fort, & le tout étant en fusion on le versera dans un vaisseau de fer conique qu’on aura frotté de suif, & qu’on frapera avec un marteau pour procurer la separation des scories d’avec le régule qui en tombera plus facilement au fond du vaisseau, d’où on le retirera pour le debarasser entierement ensuite avec le même marteau de toutes les scories qui seront rejettées.

Le régule dans cet état doit encore être fondu, & rendu plus pur par du nitre qu’on embrasera pour consumer le reste des scories. Ce régule ne se revivifie pas comme les autres metaux, & quand on le calcine, il reste en chaux. Or de ces scories on tire le souphre doré d’antimoine, sçavoir, en répandant sur elles de l’eau chaude en grande quantité ; si sur la liqueur que vous aurez filtrée vous venez après à repandre du vinaigre ou une solution de créme de tartre, il se fera une précipitation du souphre doré qu’il faudra nettoyer par plusieurs lotions, & desecher ensuite, il excite le vomissement étant pris depuis fix grains jusqu’à douze ou quinze : mais cette préparation est fort inferieure au tartre émetique.

On fait avec le régule d’antimoine des tasses d’une admirable & durable vertu pour provoquer à vomir, car le vin qu’on y laisse en infusion durant une nuit devient émetique ; & même l’on forme de ce régule des boules, qui comme tout le monde sçait ne diminuent point de leur grande émeticité pour avoir esté avalé mille fois ; & elles font aussi appellées les pilules perpetuelles à cause de cette forte d’inalterabilité.

La fumée qui s’éleve de l’antimoine mis en feu se change en des fleurs blanches, rouges, ou jaunes pourvû qu’on la reçoive dans des vaisseaux convenables, y ajoûtant du sable, du verre pulverisé, du sel armoniac ou du nitre pour faire monter plus copieusement ces fleurs qui seront adoucies après par plusieurs lotions.

Le Beure d’antimoine se prepare ordinairement ainsi,

Prenez la quantité que vous voudrez d’antimoine crud & de mercure sublimé pulverisez-les bien, & les laissez digerer ensemble à la cave pendant une nuit ; jettez-les ensuite dans une retorte, & les faites distiler d’abord à feu lent ; vous en verrez degoutter une liqueur blanchâtre & pesante ; après quoy augmentant le feu, la matiere tantôt coulera, & tantôt se condensera en crystaux ; enfin le feu poussé aux plus hauts degrez fera tomber dans le récipient le mercure revivifié, & successivement le cinabre se sublimant s’attachera au col de la cornuë d’où on le retirera quand elle sera refroidie.

Ensuite de ces préparations, les matieres contenuës dans le récipient seront versées dans un entonnoir de verre dont on bouchera l’ouverture inferieure, de maniere que le mercure vif sorte separement de ce qui l’accompagnoit. Le beure qui demeure liquide, doit être degagé des crystaux pour recevoir dans la retorte une rectification après laquelle on le rejoindra aux mêmes crystaux.

Quant au cinabre attaché au col de la retorte, il faudra le mettre en poudre pour le mêler avec la propre terre damnée de l’antimoine pour le sublimer à un feu mediocre, & le garder aprez pour l’usage. Si vous versez de l’eau sur ce beure vous aurez une poudre très-blanche qui descendra au fond ; c’est ce qu’on nomme la poudre d’Algaroth qu’on adoucira en la lavant plusieurs fois, & qu’on fera secher pour s’en servir : la dose en est depuis trois grains jusqu’à fix ; mais rarement est-elle employée.

La vertu émetique qui se fait fort remarquer dans les médicamens que nous venons de décrire doit être attribuée aux parties sulphureuses de l’antimoine jointes aux parties régulieres ; mais le feu a dépouillé toutes ces parties du souphre subtil qui rendoit l’antimoine diaphorétique. Cette violente émeticité se corrige, & l’antimoine devient purgatif par le moyen des acides mineraux & grossiers qui lient les souphres de ce mixte, les embarassent, & les fixent.

Prenez verre d’antimoine une once, pilez-la, & versez dessus une quantité suffisante de vinaigre distilé ; sechez ensuite, & versez-y derechef du vinaigre, ce qu’il faudra répeter par dix fois ; puis ajoûtez une once d’esprit de vitriol ou de souphre ; mêlez, & dessechez la matiere par un feu lent ; & après cette operation édulcorez, ou affoiblissez les pointes du médicament avec le secours de l’esprit de vin mastiqué, c’est là ce qu’on nomme le chyliste laxatif de Hartman, lequel non-seulement purge bien, mais qui purifie encore le sang davantage ; la dose en est de quatre à fix grains : l’on a donc raison de préferer ce remede aux purgatifs vulgaires dans les maladies opiniâtres.

Prenés la quantité que vous souhaiterez de verre d’antimoine, & répandez sur ce verre une quantité suffisante d’esprit de sel, laissez digerer durant quelque tems, & ensuite décantez ou versez par inclination l’esprit pour le separer de la poudre d’antimoine sur laquelle vous répandrez de nouvel esprit de vin ; puis vous la laverez avec de l’eau pour la rendre purgative, étant prise au poids de quatre ou de fix grains.

La chaux d’antimoine, ou l’antimoine diaphorétique se fait en embrasant à diverses reprises l’antimoine crud, ou le régule d’antimoine avec le triple de salpêtre ; car de cette maniere tout le souphre de l’antimoine est consumé, & il reste une chaux qui doit être lavée, adoucie, & dessechée : elle se prend depuis dix grains jusqu’à quinze, & même jusqu’à un scrupule, pourvû qu’elle foit bien preparée, autrement elle pourroit causer des envies de vomir. Les Anciens ont absolument ignoré la vertu émetique de l’antimoine ; il resserre, dit Dioscoride, sçavoir, étant appliqué exterieurement, il arrête les excroissances de chair, il conduit les ulceres à cicatrice, il arrête le sang, & on luy assignoit enfin le même usage qu’au plomb brûlé.

L’on brûloit autrefois l’antimoine sur des charbons allumez ; mais ainsi brûlé les anciens ne le faisoient nullement prendre par la bouche, & un médicament si salutaire aux hommes est resté inconnu dans ses principales vertus pendant une longue suite d’années jusqu’à ce que Basile Valentin Moine de l’Ordre de S. Benoit, né pour l’avantage du genre humain ait découvert depuis peu de siecles un remede si miraculeux contre tant de diverses maladies.

Le safran des métaux infusé dans du vin, & appliqué sur les yeux dissipe les inflammations de ces organes ; étant employé en fomentation ou en cataplâme sur differentes régions, il resout les tumeurs des visceres ; le beure d’antimoine consume les carcinomes & les chairs qui font attaquées de gangrenne ou de sphacele, & les parties putréfiées.


pp. 428–434

CHAPITRE II.
Du Vitriol.

LE Vitriol ou Calcanthum est un genre de fossile composé d’un sel acide & du fer ou du cuivre joints à un peu de terre : on le reconnoît proprement par cette couleur noire qu’il imprime à l’infusion de la noix de galle, non seulement le sel acide se manifeste dans le vitriol par l’analyse chymique, mais aussi par la forte couleur rouge que la solution de ce mixte laisse au papier bleu qu’elle mouille ; de sorte qu’on doit avoüer que le vitriol n’est rien autre chose que du fer ou du cuivre rongé par un esprit acide, & changé en une espece de sel.

La portion terreuse du vitriol tombe au fonds de la cucurbite lorsque sur la solution de ce mineral on répand de la solution de nitre fixe, ou bien quelques gouttes d’huile de tartre.

A l’égard du fer & du cuivre l’on ne peut pas douter qu’ils n’entrent dans la composition des especes de vitriol ; car si vous versez, par exemple, de l’esprit de sel sur de la limaille de fer, vous en ferez un excellent vitriol de mars ; autrement ramassez plusieurs lamelles de fer ou de cuivre, & les mettez les unes sur les autres dans un creuset avec du souphre commun en poudre répandu entre ces lames, il s’en formera du vitriol par l’action du feu : lorsqu’on approche un couteau de fer aimanté de la Terre damnée du vitriol vulgaire d’où l’on aura fait écouler l’esprit de l’huile par la violence du feu, on s’apperçoit que la lame du couteau attirera des particules de fer qui se rencontreront dans cette terre, pourvû que ce soit du vitriol de Mars ; au lieu que le couteau ne se trouvera chargé d’aucune de ces particules, si c’est la terre damnée du vitriol de Venus où le cuivre domine ; c’est pourquoy il est très probable que le vitriol de Mars & celuy de Venus ont engendrez dans les entrailles de la terre par des sucs acides qui ont trouvé à y ronger du fer ou du cuivre.

Nous avons differentes especes de vitriol, sçavoir, le vitriol d’Allemagne, le vitriol Romain, le vitriol d’Angleterre, & le vitriol blanc.

Le premier qu’on appelle vitriol de Goslard & de Souabe est d’une verdure foncée & agreable à la vûe, il participe beaucoup du fer ; on le prépare autour de Goslar où l’on le tire des fontaines coulantes qui font chargées de ce fossile dissout ; on ne fait qu’évaporer l’eau qu’on en a puisée, & il se forme des crystaux d’une belle couleur d’émeraude. La campagne des environs de Paris abonde en mottes de terre si remplies de vitriol de Mars, qu’en les dissolvant dans de l’eau, passant la liqueur, & la laissant évaporer, on en recueille un vitriol qui ne le cede point à celuy d’Allemagne, en grande abondance, de même couleur, & de même faveur, c’est-à-dire, un peu acide & astringent : & l’on ne manque pas de semblables mottes ou gazons en plusieurs autres endroits de la France, principalement dans les montages des Cevennes, mais on les néglige, parce qu’on vend le vitriol à vil prix.

Le vitriol Romain ou verdâtre qui se nomme vulgairement couperose, se prépare au tour de Rome, & sur tout à Pouzzoles dans le Royaume de Naples ; on le tire de mottes de terre noiratres cendrées qui ressemblent à de l’argile ; ces mottes étant separées & exposées à l’air s’échaufent insensiblement, & après une digestion de quelques jours on y remarque du vitriol lorsqu’on vient à les dissoudre dans de l’eau : quand elles sont nouvelles elles n’en produisent point parce qu’il y est envelopé dans la glaise ou l’argile : la couleur en est plus lavée, c’est pourquoi on le nomme vitriol verd ou verdâtre ; le vitriol blanc n’est autre chose que le vitriol verd calciné à blancheur par le feu ; c’est-à-dire, qu’étant dépouillé de son humeur subtile & aqueuse, il contracte cette couleur. On le vend en grosses mottes semblables à du sucre, ainsi il ne differe du vitriol de Mars que par le seul degré de calcination. Le vitriol d’Angleterre ou d’Hongrie qu’on appelle encore vitriol de chipre & vitriol bleu est plus dur que les autres, & il a une couleur de saphir. On le prépare en Angleterre, & en France dans les montagnes des Cevennes, non loin de Lyon. Il est d’un goût aigrelet & fort astringent, & on l’estime davantage pour en composer des cauteres qu’aucune autre espece de vitriol. Il abonde en cuivre, ou plutôt c’est une espece de verd-de-gris ou de rouille d’airain destitué entierement de fer, & muni de beaucoup d’acide ; aussi de la terre damnée de ce vitriol l’aiman ne tire rien.

Galien a connu la vertu émetique du vitriol. Les Modernes nomment Gylla de vitriol, du vitriol dissout dans l’eau, & purifié, qui provoque au vomissement étant pris depuis un scrupule jusqu’à une dragme : mais le vitriol n’a besoin d’aucune preparation, & entr’autres le blanc dont l’usage est très-avantageux dans la dysenterie & dans la diarrhée, principalement parmi les Hôpitaux d’armée ; & il est quelque fois préférable à l’hypecacuanha ; de même qu’il y a des cas & des tems où la poudre de vigne muscade l’emporte sur ces deux médicamens à l’égard de ces fortes de maladies.

On procede ainsi dans l’analyse chymique du vitriol : on emplit de vitriol en poudre la moitié d’une cucurbite de verre, on la couvre de son chapiteau, & l’on y adapte un récipient ; puis les jointures ayant esté bien couchées on distile à feu de sable pour avoir la rosée du vitriol, c’est-à-dire, un phlegme d’agréable goût ; ce qui restera dans la cucurbite doit être broyé & jetté dans la retorte pour en tirer par une augmentation insensible du feu entretenu deux ou trois jours durant un esprit & une huile : enfin dans la terre damnée dissoute dans l’eau on trouve de la terre & du sel.

Les Chymistes prescrivent la rosée de vitriol depuis une once jusqu’à deux, comme un médicament diuretique, vulneraire, anodin, & capable de fortifier les visceres. L’esprit de vitriol pousse par les urines dans une hydropisie ; il excite l’appetit, & tempere les ardeurs des fievres lorsqu’il est pris jusqu’à une agréable acidité dans des eaux convenables à la maladie. On le rend plus doux en le faisant digerer avec de l’esprit de vin très pur : on l’ordonne encore pour les ulceres des gencives, & pour les vices de la peau : le Colcothar ou la terre rouge dont on aura tiré le sel est une espece de safran de Mars très-efficace dans la diarrhée, dans la dysenterie, dans l’hémorrhagie, & dans des playes : L’esprit de vitriol se regénere facilement & en peu de tems de la terre damnée du vitriol exposée à l’air en quelque endroit à couvert de la pluye ; mais cet esprit ainsi rengendré est beaucoup plus foible & plus doux que le commun ; & l’on en peut user avec profit.

On corrige l’esprit de vitriol en la maniere suivante selon Paracelse qui le recommande pour l’épilepsie. Cet esprit doit être versé quatre fois sur la terre damnée du vitriol, & distilé autant de fois ; enfin ce même esprit ayant esté versé derechef sur cette terre, sera distilé par la retorte avec de l’esprit de vin.

L’eau de Rabel propre pour arrêter toute forte d’hémorragie se prepare ainsi.

Prenez une partie d’eau de vitriol, & trois parties d’esprit de vin très-rectifié ; mêlez-les dans une retorte de verre, & distilez incontinent jusqu’à siccité sur un feu très-lent : on l’a prescrit depuis douze gouttes jusqu’à trente-six pour reprimer des menstruës trop coulantes ; observant toutefois de purger souvent la malade, de crainte que les parties extrêmes & l’abdomen ne s’enflent.