Du Breuil 1649/III

[Jean Du Breuil], Troisiesme et derniere partie da la Perspective pratique, ou se voient les Beautez & Raretez de cette Science. Avec les methodes pour les pratiquer sur toutes sortes de Plans. Et les effets admirables des trois rayons, droit, reflechy, et brisé, Paris [François Langlois] 1649.


TRAITÉ I.
OV SE VOIENT
LES PRATIQVES
DES PERSPECTIVES
VEVES DE BAS EN HAVT
PROPRES AVX PLAT-FONDS
ET AVX VOVTES.

s. p.

INSTRUCTION
SVR LE
TRAITÉ Ι.

POVR acquiter ma parolle engagée en la Preface de la PREMIÉRE PARTIE, où i’ay promis de donner les pratiques qui appartiennent aux Perspectives, non seulement de celles qui sont ordinaires qu’elle contient. Et des pièces inclinées qui sont en la SECONDE PARTIE, mais de tout ce qui s’entend sous ce nom general. Ie dois donner en celle-cy les Pratiques pour celles qui sont eslevées. Pour les autres qui sont abaissées, & pour celles qui paroissent droites, quoy que peintes sur des Plans inclinez, & déclinez de quelque sorte que ce soit, & mesme sur des coings & recoings. Bref sur toutes les inégalitez possibles. Enfin on trouvera comme l’on doit se servir des Perspectives ordinaires, aux Eglises & Oratoires, aux Alcoves, aux Theatres & aux balets. Tout cela aux quatre premiers traitez de cette TROISIESME PARTIE. Aux trois autres Traitez qui restent, on verra les pratiques pour faire beaucoup de gentillesses qui surprennent les yeux & divertissent l’esprit tres agreablement.

Pour commencer, ie dis, que dés l’entrée de ce TRAITÉ I. on trouvera une figure qui fera connoistre la diversité des Perspectives, afin qu’on ne les confonde point, & que celles que nous nommons ordinaire, sont distinctes de celles des Platfonds & des voutes, qui sont veuës de haut en bas. Apres cela, ie donne tout ce qui appartient, & qui est necessaire pour faire des Perspectives sur des Platfonds, soit qu’on y veüille des Perspectives percées, en quarré, ou en rond, ou des composées de l’un & de l’autre, avec des balustres, de pillastres quarrés, ou de pilliers ronds tout à l’entour ; soit aussi qu’on y veüille de plus grands enfoncements & des doubles platfonds, supportez par des pillastres, ou colomnes eslevées sur leurs piedestaux & posez sur des consoles, tout cela s’y trouvera. I’ay donné de plus le moyen d’y faire paroistre des grandes arcades rondes, qui du point donné sembleront estre droites & eslevées à plomb ; Et si parmy ces Architectures on veut faire paroistre des figures. Les trois ou quatre methodes que i’ay données pour les racourcir selon les regles de la Perspective pourront servir, afin qu’estant veuës du poinct, & de la distance donnée, ou determinée, elles puissent paroistre droites, & comme si elles estoient posées sur leurs pieds. On trouvera en suitte ce qui appartient aux voutes, & comme on doit se comporter pour y peindre des Perspectives, pour y feindres des ouvertures, des iours, des Architectures, des figures, & quelque objet que ce soit. Enfin dans ce traité on trouvera les moyens de faire paroistre enfoncé, debout, ou tombant, tout ce qu’on voudra ; & cela avec la mesme facilité que l’on fait les Perspectives ordinaires, aussi n’y a-il quasi point de difference, mais un peu de changement qui consiste en ce que les Perspectives ordinaires donnent les apparences des obiets, comme veuës par le coste ; & le racourcissement en leur largeur par le plan ; & aux Perspectives des platfonds & des voutes toutes les apparences des obiets sont veuës comme par dessous, & le racourcissement se fait en leur hauteur. Voila toute la difference qui se verra plus amplement aux avis que i’ay donnés dès le commencement de ce Traité & aux pratiques qui les suivent.


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DE LA DIVERSITÉ DES
Perspectives

IL m’estoit venu en la pensée de donner dés ma premiere & seconde partie, cette distinction, ou diversité de Perspectives, qui semblent estre pratiquées diversements, Et faire connoistre d’abord que qui possedera bien la premiere, qui est l’ordinaire, n’aura aucune peine aux autres, qui ne sont pas si communes, puis qu’elles sont toutes, dans les mesmes principes ; il est vray qu’il y a un peu de changement, mais il n’est pas considerable, comme chacun le pourra voir en la suitte.

Mais cet avis, eut plustost embarassé l’esprit, que de le soulager & luy donner jour dans ces deux premieres parties, où il n’y a aucune Pratique que des ordinaires ; Ce qui me l’a fait reserver pour celle-cy, où il est necessaire d’autant qu’il s’y traite amplement, tant des Perspectives des platfonds & des voutes, que des horisontales qui sont couchées parallelement à l’horison & regardées de haut en bas.

C’est pourquoy avant que de passer outre, j’ay voulu faire connoistre icy, que les Perspectives, que ie nomme ordinaires, sont celles qui sont en la Premiere & Seconde partie, icy marquée A, où les apparences des objets, sont comme ils apparoissent sur terre, & qui ont leur racourcissement par leurs bases, plus ou moins, selon la distance.

Or les Perspectives des platfonds, different de celles-là, en ce que les objets ne sont pas racourcis en leur base, mais en leur hauteur, à raison qu’ils sont regardez par dessous, comme en la figure B. & qu’il sera veu cy aprés.

Les Perspectives Horisontales, ou paralleles à la terre, & veuës de haut en bas ont aussi leurs objets racourcis en leur hauteur, mais ils sont regardez par dessus ; comme en C, en quoy ils different des pratiques des platfonds où ils sont veus par dessous, mais pourtant ils doivent l’un & l’autre, estre tirez au point de veuë, ainsi qu’on verra en la suitte.


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DEFINITIONS ET PRINCIPES DES
Perspectives pour les Pat-fonds & les Voutes.

La fin de toutes Perspectives, est de representer sur un plan, les objets qui sont imaginés, ou qui sont en effet, au delà de ce plan, ainsi qu’on peut voir plus au long, aux definitions de la premiere partie ; or comme en celles-là, nous avons supposé le plan posé perpendiculairement sur terre : en celle-cy, il faut le supposer eslevé au dessus de nous & parallele à la terre, comme sont les platfonds, planchers des salles, & les voutes, qui doivent servir de plan pour y peindre l’apparence des objets qu’on suppose estre au delà.

Par exemple, que le platfond où l’on veut peindre, soit A, B, C, D. posé en angle droit dans le mur GH, entre les deux fenestres K, M & L, N. Si le peintre veut y representer la fenestre de dessus, luy estant arresté en E. s’il regarde directement au dessus de sa teste, il assignera le poinct F. pour poinct de veuë, lequel poinct F doit estre tenu pour zenith, c’est à dire un point eslevé infiniment au dessus de nostre teste, sur ce platfonds A, B, C, D.

Apres avoir trovué ce poinct. Des sections O, P, que la ligne AB (qui est comme la ligne de terre) aura faites des lignes KL & MN. Il faut tirer des lignes à ce poinct de veuë F. Puis pour trouver le bas de la fenestre LN. & le haut QR, sur les lignes OF & PF, qui sont les apparences des montans ; & la largeur de ce quatrangle, ou fenestre ; Il faut de l’oeil du regardant S, tirer des rayons, à ces quatre points L, N, Q, R. & prendre garde que SL, coupera OF en T. SN en V. SQ en X & SR en Y. lesquels poincts T, V, X, & Y, sont veritablement l’apparence du quatrangle, ou fenestre L, N, Q, R. Sur le platfond A, B, C, D.

En quoy on connoistra suffisament, par le raport de ce principe, à celuy de la premiere partie. Que les Perspectives des platfonds, se pratiquent de mesme que les ordinaires, posées au fond d’un jardin, d’une salle ou d’une gallerie ; & que la difference qu’ily a de l’une à l’autre, est seulement au changement de nom de quelques lignes. Pour exemple, aux Perspectives ordinaires posées sur terre, les lignes KL & MN, demeureroient perpendiculaires à l’horison, comme elles font icy ; Mais pour les Perspectives eslevées toutes ces lignes perpendiculaires, se font rayons visuels, comme on void icy KL, estre OF, & MN, estre PF ; il y en a encore quelques-unes qui changent, comme celles qui sont rayons visuels, en celles-là, deviennent en celle-cy, des perpendiculaires, ainsi qu’on verra plus amplement aux pratiques qui suivent.


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AVIS I.

POVR CONNOISTRE OV SE DOIT PRENDRE L’HORISON
& la ligne de terre aux plat-fonds & aux Voutes, on on veut
peindre des Perspectives.

EN toutes les Pratiques de la Premiere & Seconde partie de nostre Perspective Pratique, on aura veu suffisamment, qu’a la hauteur de nostre œil, l’on tire une ligne parallele à la ligne de terre, qui porte le nom d’Horison, & que sur cette ligne, qui est la gouvernante de la Perspective, on pose les poincts de veuë, de distance, & accidentaux.

Or ce qui s’est fait pour les Perspectives ordinaires posées sur terre, se doit faire aussi pour les eslevées en des plat-fonds, & des voutes, où l’horison se doit prendre tous-jours, directement & à plomb, au dessus de la teste du regardant qui donne le poinct de veuë, par lequel poinct on tire la ligne horisontale, parallele à la ligne de terre, qui n’est autre icy que la rencontre du platfond, ou de la Voute, avec la muraille qui les soustient.

Par exemple, si A, B, C, D. est le plat-fond, où l’on doit peindre ; Il faut que le perspectif confidere de quel lieu son ouvrage sera plus agreable ; & se l’estant determiné comme en E ; Il faut qu’il choisisse un poinct F. justement au dessus de sa teste, qui sera le poinct de veuë, par lequel se doit tirer la ligne G, H. horisontale, parallele à C. D. ligne de terre. S’il avoit choisy le lieu I, son poinct de veuë seroit K, si le lieu L. son poinct de veuë seroit M. par lesquels poincts, il faudroit tirer des lignes qui seroient horisontales, ce qui fait assez connoistre que l’horison despent absolument de la discretion du Peintre, ou perspectif.

Pour la ligne de terre, quoy que nous la prenions au bas du plat-fond C D, qui est comme le bas du tableau aux Perspectives ordinaires, châque objet peut pourtant avoir la sienne, comme il a esté dit en la premiere partie ; c’est pourquoy si le plat-fond est partagé en divers tableaux, comme en la figure de dessous, où il l’est en trois, châque tableau peut avoir sa ligne de terre : mais tous n’avront point d’autre horison ny de poinct de veuë que N. quand le plat-fond est petit, car s’il est grand, il y en peut avoir divers & mesmes encore aux petits si on veut, comme i’ay dit en la Pratique XXIX. feüillet 39.

Pour rendre cette pratique bien aysée, il faut que le perspectif prenne exactement la longueur du plat-fond, A, C. que ie suppose estre seulement de 60. pieds, & sa largeur A B, de 20, qu’il faut reduire au petit pied, & faire le dessein en petit, comme en la figure de dessous, où O P est supposé égal à A B ; & Q P. égal à A C. & le poinct N, est comme le poinct de veuë F, par lequel passe l’horison S, T. égal à G H ; Tout cét espace Q P, est divisée en trois, comme trois tableaux, qui tous n’ont qu’un poinct de veuë N. sur l’horison S T, qui fait icy la conjonction de deux tableaux.

Quand l’horison se rencontre ainsi partageant le plat-fond, il le fait de deux veuës, c’est à dire, que le regardant estant posé en E, ayant veu ce qui est entre C D, & G H : Il faut qu’il leur tourne le dos pour voir ce qui est entre A B & G H. Si le poinct de veuë estoit en K, il n’y auroit rien derriere, ou fort peu, car je suppose que c’est l’entrée, & pour lors le plat-fond seroit tout d’une veuë, cela est à la discretion du Peintre.

L’on a en cecy la mesme liberté qu’aux Perspectives ordinaires, de mettre le poinct de veuë au milieu, ou à costé, sans que cela change rien des pratiques.

. . .


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PRATIQVE IV.

POVR PEINDRE DANS VN PLAT-FOND, L’APPARENCE
d’une ouverture quarrées, qui aura un accoudoir de pilliers ou
pillastres quarrez, tout autour.

ON aura vû en la Pratique I. precedente, que tous les quarrés ou tableaux d’un plat-fond, soit pour une salle, ou pour une croisée d’Eglise, ne doivent avoir qu’un poinct de veuë, quand le plat-fond est petit, ou se tirent toutes les piéces qui paroissent perpendiculaires sur terre ; & que la distance ayant fait trouver tel racourcissement qu’on aura voulu sur un rayon ; Ce rayon donne le mesme racourcissement par tout en tirans des lignes paralleles aux costez, ainsi qu’on a pû voit en la croisée precedente, composée de cinq quarrez, ou parallelogrammes rectangles, où vous aurez remarqué qu’il n’y a, que le quarré, ou tableau du milieu qui ait le poinct de veuë, & qu’en tous les autres, il est hors du tableau, puisque tous les objets doivent estre tirez au poinct de celuy du milieu.

Pour aller par ordre, je donneray icy celuy du milieu qui porte le poinct de veuë, & au feüillet suivant on trouvera l’autre, qui suffira pour tous ceux qui ne le portent pas. Supposé donc que l’ouverture soit A B C D ; de ces poincts il faut tirer des lignes au poinct de veuë F. puis pour avoir une espaisseur égale à E C, il faut du poinct E tirer une ligne au poinct de distance ✠ laquelle coupera le rayon C F au poinct G. d’où il faut tirer des paralleles aux costez, qui couperont les rayons A F, B F. & D E. aux poinct OOO.

Par aprés ; il faut mettre la hauteur de l’accoudoir sur la ligne C D, comme est icy C H, puis de ce poinct H, tirer une ligne au poinct de distance ✠, qui coupera C F, en I. duquel il faut encore tirer des paralleles aux costez,qui couperont les rayons aux poincts K, K, K, & entre ces paralleles K O, K O, I K, & G O, se doivent tirer les pilliers, ou pillastres quarrez, de tous les angles de leurs plans, au poinct F.

Par exemple, ayant fait les plans geometraux de tous ces pillastres, an dehors du quarré A B C D comme est le marqué L ; il faut des premiers angles (c’est à dire de ceux qui sont vers le poinct de veuë comme M, N) tirer des lignes au poinct de veuë F, qui couperont la ligne I K, aux poinct P Q. d’où il faut tirer deux petites lignes Q R, & P S. perpendiculaires à I K. puis tirer encore deux lignes des angles T V, au poinct F. qui coupant ces deux lignes Q R, & P S. aux poinct R S. donneront le quarré P, Q, R, S, pour l’apparence du dessus du pillastre ; qui se verroit s’il estoit transparent, mais ne l’estant pas ordinairement, il suffit de tirer les lignes des angles qui se voyent, comme icy M P. NQ, T R. qui donnent deux faces, ce que font tous les pillastres, horsmis ceux-qui sont parallels, ou perpendiculairs à l’horison, comme les marquez 2. qui n’en donnent qu’une.

Ce que nous venons de faire du plan M, N, T, V. se doit faire de tous les autres, & on aura l’apparence des pillastres.

Si on veut une moulure ou espaisseur au dessus de ces pillastres ; il en faut donner la hauteur sur la ligne I K comme sont X, Y. desquels il faut tirer des lignes au poinct de distance ✠ qui donnent Z Z sur I F, desquelles il faut tirer des lignes paralleles à I K, K K, K I, qui donneront cét espaisseur ou moulure.

Pour achever cet accoudoir, il faut du poinct R, tirer des petites paralleles à IK, entre ces pillastres.


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PRATIQVE V.

POVR PEINDRE DANS UN PLAT-FOND,
l’apparence d’une ouverture quarrée, qui aura un accoudoir de pillastres
quarrez, de trois costez seulement, à raison que le poinct de
de veuë est hors le tableau.

EN cette figure, on aura la methode de pratiquer la Perspective des plat-fonds, non seulement aux tableaux qui sont proches de celuy qui porte le poinct de veuë, mais encore aux autres qui pourroient en estre plus esloignez, puisqu’aux uns & aux autres l’on peut mettre le poinct de veuë hors du tableau, mais aux uns plus, & aux autres moins.

Par exemple, en la cartelle où il y a trois petits quarrez representans trois tableaux, si le point de veuë, f, est au milieu de celuy a, b, c, d. Le dernier e, g, b, i, en est bien plus esloigné que l’autre b, c, d, h, neantmoins tous les objets montant & qui sont perpendiculaires à la terre, tant les uns que les autres, doivent tous tirer au poinct de veuëf, ainsi qu’il a esté dit, tant an la pratique precedente, qu’aux avis.

Or il faut supposer que le grand quarré B E D H. est le tableau marqué b e d h, en la cartelle, plus proche de celuy où est le point de veuë, f. Et faut remarquer que ce poinct f, est bien esloigné du costé, b, d; aussi l’est F, proportionnellement, du grand costé B, D. Des angles de ce quarré E H, il faut tirer des rayons au point de veuë F. Puis donner autant d’espace entre B K & D K, qu’il y en a entre K & A, de la precedente, & des sections I, que ces lignes feront aux rayons E F, H F, se tirera la ligne I K: ou bien ayant mis la largeur ou espaisseur E G, qui est, pour suporter les pillastres, & la hauteur des pillastres E O, sur la ligne de terre E H. Il faut de ces points G & O, tirer des lignes au poinct de distance, ✠ qui est icy hors la planche, & ces lignes coupperont le rayon E F, aux poincts I, I. Si de ces poincts I I, on tire des lignes paralleles aux costez B E, E H, H D. on aura les espaces B K, D K, E I, H K, entre lesquels se doivent tirer les pillastres, au poinct F, ainsi que nous avons fait en la precedente, où ils sont tirez de tous les angles des plans qui font hors le grand quarré B D E H. qui sont marquez L, comme en la figure & pratique precedente I I. Aussi est-ce lamesme.

On void par cette figure, que la pratique pour faire un balustre dans le tableau marquée, g, h, i sur la cartelle, est toute la mesme qu’en cettuy-cy, & que tout le changement, n’est qu’en l’esloignement du poinct de veuë F, qui donne pourtant l’espace des costez, icy B K égal au premier ; mais ceux du fond tousiours plus large, à mesure que ces tableaux s’esloignent. Quand ces tableaux sont veus du poinct donné,tous ces pillastres paroissent égaux. C’est à dire que le plus esloigné de ces balustres, quand il seroit 100 pas loing du premier, n’auroit pas en apparence, plus de hauteur que le premier où est le point de veuë.

Ce que je dis de ces pillastres, se doit aussi entendre de toutes les autres piéces quelles qu’elles soient, comme on verra en la suitte, & en la pratique XXIX. de ce traité feüillet 39. Qu’on doit faire plus d’un horison quand le platfond est grand, & de plusieurs piéces ou tableaux.


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SVITE DE LA PRATIQVE V.

ΟV ΟΡΙΝION D’VN PEINTRE SVR LES
Perspectives des Plat fonds.

VIola Zanini, ayant à peindre un plat-fond d’Eglise trois fois plus long que large, où il vouloit faire paroistre des modillons quarrez tout autour, comme attachez contre le mur en forme de consoles, fit son dessein selon les regles de Perspective que ie viens de donner, où ayant veu que ceux du fond (ie veux dire des bouts les plus esloignez) comme icy H E, paroissoient tres-bien du point de veuë, mais que hors de là, ils estoient trop longs ; voulut y remedier, & faire en sorte que les plus esloignez ne fussent pas peints plus grands que les autres ; voicy comme il fit, & dit qu’il faut faire quand on aura à faire quelque chose de semblable. Et moy ie dis qu’on s’engarde, si on veut faire quelque chose de bien, car ie ne mets icy son exemple que pour en faire connoistre le defaut.

Il dit qu’ayant marqué les plans des modillons 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 autour du demy plat-fond, ou voute D, E, F, G. Il faut au bout, & de la largeur, faire un quarré parfait comme B, C, D, E. Et du reste B C F G, soit qu’il se rencontre quarré, ou non, il faut des angles opposez tirer des lignes, qui se couperont au point. I. comme poinct de veuë. Puis diviser châque demy diagonale, comme I, C, (car ie suppose que ce qui est icy n’est qu’une moitié ) en autant de parties qu’il y aura de plans de modillons ou pillastres de chaque costé, qui sont icy sept pour la moitié d’un costé.

Par apres il faut donner la hauteur qu’on veut à ces pièces, qui est icy F K. & de ce poinct K, faire une ligne occulte K L, parallele à F, D. qui coupera le rayon A D, en L ; & faire encore L M, parallele à D E ; qui donne la hauteur M N, du bout, égale à F K, du costé, selon l’intention de l’auteur. Ayant fait toutes ces dispositions, il dit que des angles de chaque plan, il faut tirer à la division qui luy est propre sur la demy diagonale I C. comme du plan marquée 1, à la division marquée 1. Le plan 2, à la division 2, & ainsi des autres. Pour ceux des bouts 8, 9, 10. Et plus s’il y en avoit entre D & E, ils doivent se tirer au poinct A, comme on void en la figure où j’ay fait de l’autre costé ces piéces, non pas sortantes, ou attachées à la muraille : mais posées dessus, avec un accoudoir ; Pour monstrer en l’un, & en l’autre costé, que cette methode n’est qu’une corruption de Perspective, où il paroist autant de fautes que de pièces, puisque pas une ne si void droite à l’œil du regardant, posé au dessous de I. poinct de veuë. Voila pourquoy il me semble qu’on ne doit pas suivre cette methode qui est pourtant estimée de quelques Peintres.

Quand on aura un plat-fond semblable, à peindre ; Il vaut mieux le diviser en trois ou quatre tableaux ou parquets, & que chacun ait son point de veuë particulier, ainsi qu’on verra en la Pratique XXXII. de ce Traité feüillet 42.

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PRATIQVE XXX.

POUR TROVVER LE RACOVRCISSEMENT
des figures qui doivent paroistre droites, & de ronde bosse, sur des Plat-fonds des Voutes, en Perspectives.

IL n’y a pas plus de peine ny de travail à faire paroistre ces figures de ronde bosse, & droites sur des plat-fonds, & des voutes ; qu’à un pillastre ou colomne avec ses ornements, qu’on a desia veus en ce traité, Pratiques. XVI. XVII. XVIII. & XX. feüillet 26. 27. 28. & 30. où on a peut estre remarqué que la ligne a b, ayant receu toutes les perpendiculaires qui peuuent ayder à former ce plan, se doit transporter en un autre lieu, comme en A, B; & que des divisions qui sont dessus ; il faut tirer autant de rayons au poinct de veuë.

Par apres, sur la ligne du profil de la figure n, o, il faut tirer autant de ligne qu’on voudra, qui luy soient perpendiculaires lesquelles porteront les espesseurs & eslevations de la figure au dessus de cette ligne n, o ; qu’il faut transpoter, avec ses divisions, sur la ligne A B. prolongée, comme est O, N. Puis de toutes ces divisions se doivent tirer des lignes au poinct de distance E, lesquelles coupans le rayon O, F, assigneront par ces sections le lieu pour tirer des paralleles à A, B. qui formeront le plan sur les rayons tirez au poinct de veue F. & assigneront aussi les éminances qu’il faut eslever selon le profil.

Par aprés, il faut les transporter ; avec un compas, sur le milieu du plan G F; ou bien tirer des lignes paralleles à A B qui feront trouver le racourcissement & les espaisseurs des figures ainsi qu’on à veu aux pratiques precedentes, que j’ay cottées cy dessus, & qu’on peut voir en celle-cy; que ie n’embarasseray pas d’autres lignes affin qu’on la connoisse mieux.


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PRATIQUE XXXI.

AVTRE METHODE POVR TROUVER LES
racourcissements des figures tant posées sur terre qu’eslevées en l’air.

OVtre la methode que ie vient de donner, en voicy encore une autre qui ne doit pas estre moins estimée, à raison que sans tant d’operations qu’en cette-là, on peut racourcir les figures, aussi bien en l’air, que dessus la terre, & sur la terre qu’en l’air.

Mais auant que de passer plus outre ; il faut convenir de ce que ie suppose. Qu’il est besoin pour racourcir une figure, qu’elle ait quelques divisions qui puissent y ayder, & où l’on doit arrester les rayons de l’œil, comme pourroient estre toutes les joinctures, des genoux, des coudes, des cuisses, des bras, du col, & de la teste ; ou bien selon les muscles, ou des parties ordinaires, qui se prennent de la teste aux mamelles, de là, au nombril, au bas du ventre aux genoux & ainsi du reste, selon Albert, ou Iean Cousin, cela estant à la discretion de chacun.

Par exemple, la figure de front qui est icy marquée A, & celle B, qui est de profil sont divisées par mesmes mesures. C’est de ce profil qu’on doit se servir pour trouver tous les racourcissements, soit qu’on regarde la figure de front, ou de costé.

Il s’ensuit de ce que dessus ; que pour racourcir une figure couchée sur terre, il faut supposer que ce profil y est, & que l’œil du regardant est en C, du quel il faut tirer des rayons qui aillent par toutes ces divisions du profil ; Par aprés, de cét œil C. comme centre, il faut faire un arc, commençant par le premier rayon de la figure, qui est icy le pied D, & le continüer jusqu’au dernier E. La corde de cét arc D E, qui coupe tous les rayons, donne le racourcissement de la figure ; C’est pourquoy il faut transporter cette ligne D E. où on veut que soit la figure, comme icy en F G, égale & divisée de mesme que D E. Or si par ces divisions on tire des lignes occultes, & qu’on y desseigne la figure, mettant ses parties selon qu’elles sont au profil ; elle sera racourcie, comme en F G. où elle est veuë par les pieds.

Pour la voir racourcie ayant la teste devers le regardant ; Il faut de l’œil H, tirer des rayons par toutes les divisions du profil, ainsi que nous avons dit, puis de seluy de la teste K, faire l’arc K, I, du quel on fera comme de celuy D, E, pour avoir la figure L M racourcie & veuë la teste en deça.

De cette figure D E, qui est veuë par les pieds ; on peut tirer la pratique pour racourcir les figures qui doivent estre veuës au dessus de l’œil, dans des plat-fonds & des voutes. Mais affin de la rendre encore plus claire ; Que la figure pour racourcir soit O, B au dessous, l’œil du regardant en N : de ce poinct N, il faut tirer des lignes aux divisions de la figure O B, & en faire l’arc O Q. puis transporter la corde de l’arc O Q, où on veut peindre la figure comme en T V, si entre ces divisions on d’esseigne la figure, selon les proportions de l’original O B, elle se trouvera racourcie autant qu’elle le peut estre en cette veuë de N. Mais si elle estoit d’une veuë plus esloignée, comme en X, elle le seroit moins ainsi qu’on la void en Y, Z.


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PRATIQVE XXXII.

POVR PEINDRE DES FIGURES DANS
des Dômes, & en d’autres lieux eslevez bien haut au dessus de l’œil.

LA Pratique X. du Traitté IV. feüillet 125. de la premiere partie seconde édition : peut tres bien servir icy : Mais outre celle-là ie veux en donner une autre.

Supposé donc, qu’on veüille peindre une figure en la lenterne d’un Dôme, comme en A. qui doit estre regardée du lieu B, ie dis qu’il faut en faire un dessein en petit, & puis le transporter en grand sur le lieu qu’on la desire.

Par exemple, en un lieu separé, comme en la figure d’auprés ; il faut tirer une ligne C D. perpendiculaire à E F : Et sur celle C D, porter autant de parties égales, qu’il y a de pieds, ou de toises, depuis terre G, jusques en A ; Et de D, vers F, autant des mesmes parties qu’il y a de toises, où de pieds de G à B, qui sont D, H. Or sur H, il faut eslever une ligne de la hauteur d’une personne, de l’œil de laquelle K, on tirera deux lignes, K C, pieds de la figure, & K L, passant par N, teste de la figure, estant C, L, la hauteur égale à A M : qui est celle du lieu où on veut la grande figure.

Par aprés, du poinct K, comme centre ; il faut faire un arc C N, entre les rayons K C, & K L. qui coupera le rayon K L, au poinct N. Or sur ce petit arc C N. il faut faire une petite figure bien proportionée, par laquelle on tirera des rayons de l’œil K, jusques en C L, affin que selon ses sections on forme la grande figure, c’est à dire qu’entre les deux rayons qui comprennent la teste sur C N, il faut faire la teste de celle qui est sur C L, & ainsi du reste de la figure, qui sur le lieu sera un peu disproportionnée, mais paroistra parfaite de celuy qu’on aura choisi, qui est H.

Tant plus le regardant H, sera esloigné, comme en O & P. tant plus l’arc & figure C. N. s’alongera & sera moins disproportionnée. De toutes les veuë proches, où esloignées, la figure C L, paroistra tousiours à l’œil, dans ses mesures ; ce qui fait voir que cette regle est universelle, tant pour les figures du dedans, que du dehors des bastiments.


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PRATIQVE XXXIII.

POVR TROVVER LE RACOVRCISSEMENT
des figures qui doivent paroistre droites sur des Plat-fonds & 
des Voutes, sans scavoir n’y observer les regles de
Perspective, que naturellement.

LA Pratique XCIII. du Traité III. feüillet 118. de la premiere Partie, deusiéme édition, Est suffisante pour faire entendre celle-cy, où il n’y a rien de plus particulier ; puis qu’il est aussi aysé à contretirer une figure qu’un paysage ou un bastiment.

Par exemple, ayant à prendre le racourcissement d’une figure pour peindre en un plat-fond; il faut la poser à terre, & mettre en la posture qu’on veut luy donner, autant esloignée du chassis, ou proportionnellement qu’il y a de hauteur depuis nostre œil iusqu’au Plat-fond ; & s’il se peut la sitüer autant au dessous de l’œil, que le point de veuë est esloigné du lieu où le tableau doit estre mis, aprés y avoir peint la figure.

Puis, ayant l’œil au trou, ou lunette A ; on peut contretirer cette figure couchée sur terre, qui demeurera racourcie sur ce crespe, ou linon, bien bandé sur un chassis, ou sur du verre, du talc & autres choses transparentes.

Si on veut se servir d’un eschiquier, on peut la desseigner de mesme sur un papier où il y aura des quarrez proportionnez à ceux du chassis. Quand les figures sont contretirées de la sorte ; il faut les peindre aux tableaux telles qu’elles sont, sans y chercher d’autre Perspective, puis qu’elle s’y trouve naturellement, dans la rigueur des regles.


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PRATIQVE XXXIV.

POVR METTRE EN PERSPECTIVE LES
figures qui doivent paroistre droites, sur des Plat-fonds,
& des Voutes.

IE ne veux pas quitter ce traité des Plat-fonds, & des voutes ; sans donner toutes les methodes d’y peindre des figures, puis qu’elles n’y sont pas un moindre ornement que des pillastres, des colomnes, des ballustres, des arcades, &c. Celle qui se voyent à Rome à Florence, en plusieurs villes d’Italie, & à Paris, qui semblent & paroissent comme si elles estoient toutes droites sur des plat-fonds, & des voutes, attirent & attachent tellement les yeux de ceux qui les regardent, qu’ils en demeurent dans l’admiration, n’en sçachant pas le secret ; qui est d’autant plus à estimer qu’il est aysé à pratiquer ; car pour peu qu’on soit versé en la Perspectiue ; on y peut reüssir passablement : estant neantmoins tres-certain qu’en cecy, comme en tous les autres arts, les maistres se font tousiours connoistre.

Pour mettre ma proposition dans la pratique : Ie dis qu’ayant un tableau, comme icy, le nom de IEVS, ou celuy où est une image de nostre-Dame : Il faut tracer dessus plusieurs quarrez, que quelques-uns disent petit pied, comme quand on veut les contretirer de grand en petit.

Par aprés, en quelque lieu separé ; il faut tirer une ligne, sur laquelle on portera mesme nombre de parties égales, ou de mesme grandeur, ou plus grandes ou plus petites que celles du tableau, a, b ; Au dessus de cette ligne, il faut prendre le poinct de veuë F, par lequel on fera passer l’horison, qui portera le poinct de distance E, autant esloigné du poinct de veuë F. qu’il y a de hauteur depuis l’œil du regardant, jusques au plancher, plat-fond, ou voute, où on veut peindre.

De plus, des poincts qui sont sur la ligne de terre A, B : il faut tirer autant de rayons au poinct de veuë F. Puis du poinct B, tirer une diagonale B, E, laquelle coupant tous les rayons, y marquera le lieu, pour tirer autant de parallèles à la ligne de terre A, B. Ce qui formera autant de quarrez Perspectifs, qu’il y en a de Geometriques au tableau. Or tout le secret est de transporter ce qui est entre les quarrez du plan Geometrique, dans les quarrez perspectifs, estant tres certain que le tableau estant contretiré de la sorte, & veu du lieu choisy pour estre regardé, paroistra comme tout droit ; tant le nom de Iesvs, que la nostre-Dame.

Quand ce seront des tableaux qu’on voudra faire paroistre ainsi eslevez ; il faut les choisir, ou les desseigner comme pour estre veüs esleuez, à proportion de la hauteur où ils doivent paroistre estant contretirez en Perspective.

Il faut remarquer quand on copie ces tableaux selon certe sorte de Perspective, que tout ce qui est perpendiculaire à la ligne de terre, comme sont les pillastres sur a, b, se fait rayon visuel ; & an contraire, tout ce qui est rayon visuel au tableau a, b, c, d, se fait perpendiculaire sur la ligne A, B comme il a esté dit amplement à l’Avis IV. feüillet 6.


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PRATIQVE XXXV.

POVR METTRE EN PERSPECTIVE DES
Architectures qui doivent paroistre droites sur des Plat-fonds
& des Voutes.

CE seroit abuser du temps, de repeter ce que nous venons de dire, veu qu’il suffit de voir la figure pour en connoistre la pratique, qui est la mesme que de la figure precedente : Car quoy que l’Architecture semble demander des regles particulieres, & d’autres sujetions & observations que les figures ; on peut s’en dispenser icy, où elle est sans exception ; n’estant pas plus difficile de contretirer & copier un bastiment, qu’une figure : suposé que l’un & l’autre soient sur plans unis.

Il faut pourtant prendre garde, que les Architectures & les bastiments qu’on veut peindre dans des plat-fonds & des voutes, soient des-ja dans les regles des Perspectives ordinaire, & veuës par dessous comme en la premiere figure ; car autrement elles n’auroient pas leur effect n’y la force de tromper l’œil, comme feroit la seconde figure si elle estoit mise sur un plat-fond.


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PRATIQVE XXXVI.

POVR CONNOISTRE EN QUOY DIFFERE
la pratique de peindre en des Voutes, de celle pour peindre és
Plat-fonds.

LA grande difference qu’il y a, d’un Plat-fond à une Voute, ne change pas beaucoup la pratique d’y peindre, puis qu’il ne faut que changer des lignes droites paralleles à la ligne de terre P Q. comme A, B, C, D, au plat-fond ; en d’autres lignes qui se doivent faires courbes en des voutes ; c’est à dire, paralleles au trait de l’arcade, comme sont A E B & C F D.

Quelles que soient les voutes, cela se doit tousiours observer, estant tres certain que si une personne estoit directement sous la ligne A B, elle ne verroit pas la ligne courbe A E B. qui seroit cachée de AB. ou si au lieu d’une personne, on met une lumiere directement dessous A B, son ombre fera une ligne courbe qui couvrira asseurement toute celle A E B.

Quand ce sont voutes d’augives, croisées, à arrestes, ou à lunettes ; ces lignes courbes ayant rencontré les arrestes, comme en G, & en H. elles ne se doivent plus tirer courbes, mais paralleles à la ligne de terre R S, comme sont G I, H K, & toute cette ligne mixte & meslée de droites & de courbes, doit estre tenuë pour une parallele à RS : & tout autant qu’il y en aura, seront tenües pour paralleles entre-elles, & commencement d’un eschiquier, qui s’achevera au feüillet suivant.


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PRATIQVE XXXVII.

POVR ACHEVER DE FAIRE L’ESCHIQVIER
commencé en la Pratique & figure precedente, qui doit servir
à peindre en des voutes.

I‘Ay esté obligé de faire deux planches pour une seule pratique, affin qu’estant moins embarassée de lignes, elle soit aussi claire & aysée à comprendre, qu’elle est necessaire à tous les Peintres qui en ont besoin quand ils veuillent faire paroistre quelque figure dans des voutes, qui s’y feront, par ce moyen, avec la mesme facilité que de copier un tableau.

En la figure, & Pratique precedente, feüillet 46. j’ay commencé un eschiquier par les lignes paralleles à la ligne de terre, qu’il faut mettre en lignes courbes selon la voute où l’on veut peindre. En celle-cy, je donne les lignes qui doivent couper celle-là quarrement & perpendiculairement, comme sont les lignes ou rayons T, V. qui sont tirées au poinct de veuë X.

Aprés avoir tiré la ligne Y, au poinct de veuë X, il faut mettre de part & d’autre, autour de l’arcade autant de divisions égales à CD, qu’il y en a sur la ligne A B, comme sont Y, a, a, b, c ; tellement que si de ces poincts T, V, a, a, b, c on tire des lignes au poinct de veuë X, elles couperont les autres de la pratique precedente, en telle sorte qu’il se fera un eschiquier dans la voute pour y tracer tout ce qu’on voudra comme nous dirons en la pratique suivante. Qui voudroit aller encore plus exactement, il pourroit du poinct F, comme centre, faire un arc, de A à B, & sur cét arc A B porter les parties égales, qui sont sur la droite A B, par lesquelles on feroit passer les rayons tirez, de X iusques à l’arcade, où demy rond A Y B.

Et faut bien se garder de suivre l’opinion d’un certain, qui vouloit que de l’œil du regardant F, l’on fit passer des rayons par les divisions de la ligne droite L M, & qu’on les continuast jusques à la ligne courbe L O M, qui y donneroient des poincts, d, e, o, f, g. En quoy il se trompoit ; car ces espaces ne peuvent pas estre égaux comme elles doivent estre estans veus sous angles inegaux ; c’est pourquoy il faut en demeurer à ce que ie viens de dire cy dessus.


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PRATIQVE XXXVIII.

POUR TRANSPORTER ET APPROPRIER A VNE
voute, une figure faitte pour un Plat-fond.

ON comprendra facilement cette pratique à la veuë de la figure & supposé ce que nous avons dit des lignes qui forment l’eschiquier, ou trillis, qui est le nom que plusieurs Peintres donnent aux quarrez qu’ils font de lignes occultes, tant sur les tableaux qu’ils veullent contretirer, que sur la toille, & plans où ils les contrefons.

Supposé donc, que la figure A. soit celle qui a esté racourcie par la methode donnée en la Pratique XXXIV. feüillet 44. il faut l’enfermer de tel nombre de quarrez qu’on voudra, le plus sera tousiours le plus juste, mais non pas pourtant si petits qu’ils soient confus.

Or si en la place où l’on veut peindre ces figures, sur des Plat-fonds, ou des Voutes, on fait autant de quarrez qu’il y en a entre A, B, C, D, & qu’on transporte en ceux-là, ce qui est en ceux du tableau A, B, C, D. Il est certain que l’ouvrage estant achevée, & veu du poinct donné, la figure paroistra comme droite.

Mais il faut que les Peintres prennent garde, quand ils veullent faire de ces figures, qu’elles doivent estre des-ja dessignée en Perspective, & veuës par dessous, à peu prés de la hauteur qu’elles doivent estre posée.

L’on void, par ce que dessus ; qu’une figure peinte pour un Plat-fond, peut estre facilement apropriée à une voute, où il n’y a qu’à tracer l’eschiquier, comme nous avons dit és Pratiques XXXIV. & XXXV. feüillets 44. & 45. & dans les quarrez qu’on y aura trouvez, y transporter ce qui est en ceux du tableau.

On pourroit dire que cette figure ne sera jamais si parfaite en la voute, qu’au plat-fond, à raison de sa courbure ; ce qui seroit considerable si la figure occupoit grande partie de la voute : mais sa largeur & ce qu’elle en prend est si peu au respect de cette voute, qu’on peut prendre ce deffaut pour rien.


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PRATIQVE XXXIX.

POUR PEINDRE DES PERSPECTIVES DEDANS
les Croupes, & les Dômes, ou Coupola des Eglises, en voutes de four.

ANciennement les croupes, ou fonds des Eglises, se faisoient en demy rond, sous lequel se mettoit ordinairement le grand Autel ; ces voutes qui se faisoient toutes unies, & sans ornement ont besoin d’estre peintes pour estre ornées, plus agreables, & plus belles.

De plus il ya une forte de voute qu’on nomme, voute de four, qu’on met au dessus des dômes, ou ainsi qu’on dit en Italie Cupola, dans laquelle on peut faire de belles Perspectives.

La façon pour peindre en ces fonds de dômes, qui sont ordinairement ronds, est comme pour peindre en une voute ; Et ces croupes d’Eglise, qui n’ont que la moitié d’un cercle ; n’est pas beaucoup differente de celle dont on se sert, pour peindre contre un mur tout droit : Car cette courbure est ordinairement celle d’une voute à tiers poinct, & par consequent plus droite que le demy rond, outre que leur propre hauteur au dessus de l’œil, fait qu’elle paroist encore moins courbée.

Auant que de passer plus outre, il faut sçavoir que cette voute pour les croupes ; est formée de plusieurs demy cercles ; & pour les dômes, de cercles entiers, posés les uns dessus les autres à certaines distances, & qui vont tousiours en diminuans, comme sont les lits de pierre les uns toujours plus serrez que les autres iusques à une seule qui fait la clef.

Pour exemple, que le premier diametre A A, soit égal au premier cercle a, a ; si du diametre B, B, à cinq pieds plus haut, on fait tomber des perpendiculaires sur le diametre a, a, on aura le cercle b, b ; d’autres cinq pieds plus haut, le diametre C C, donnera c, c ; Le 4. D, D. donnera d, d ; Les E E, donnera e, e ; Le 6. F F, donnera f, f ; & celuy G, G. fera le dernier g, g. qui est la grandeur de l’ouverture qu’on veut laisser en haut. Tellement que ces demy diametres & ces cercles, avec leurs diminutions, & esloignements les uns dessus les autres donneront la ligne courbe A, B, C, D, E, F,G, pour le trait de la voute qui se trouvera haute de 30. pieds.

Or tout ce qu’on peut feindre, autour de ce dôme ou de cette croupe c’est à dire à la naissance de la voute ne peut-estre qu’un balustre, & sur ce balustre quelques vases, boules ou pyramides, car tout ce qu’on seroit de plus ne s’y pourroit pas tenir naturellement, le reste doit estre comme pour une voute ; Cela supposé, je dis pour montrer qu’on y doit peindre, comme en une muraille droite, que quand ce balustre auroit dix pieds de haut comme C, B. ce qui est à l’excés, car un balustre ne passe pas trois pieds de haut ; je dis pourtant que quand ils auroient toute cette hauteur H, C, la courbure de la voute ne s’esloigneroit de la perpendiculaire que de H A ; ce creux diminüera encore beaucoup. Si l’on a égard à ce que la saillie couvre à l’œil ; car quand l’œil, ne seroit pas plus haut que R, le rayon qui en est tiré par la saillie I ; couvre le pillastre ou balustre iusque en K. d’où s’ensuit que la courbure ne seroit que de K, en E, qui ne seroit que deux pieds & demy de haut quand la voute auroit 40. pieds de diametre, & que l’œil seroit tout au milieu, que seroit-ce si elle estoit plus estroite comme elle est ordinairement : ainsi il suffira de tracer tous ces ballustres, ou pillastres selon le plomb d’une ficelle qui tombera du haut & milieu de la voute.

Pour les saillies & corniches de ces ballustres, en Perspective, il leur faut donner selon ce que j’ay dit en la premiere Partie Pratique LXII. du Traité. III. fol. 89. & les tirer paralleles au plan de la voute : comme sont A A, B B. &c.


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PRATIQVE XL.

POVR DONNER DES COSTES, OV ARRESTES
en apparence à des Dômes & Croupes d’Eglises qui n’en
auroient point.

A Ce que nous venons de dire pour orner ces dômes, de balustres ou pillastres avec des corniches, saillies &c. On peut adiouter encore des nerfures, ou costes, entre les quelles on prendra des jours feints, au lieu de réels, qui n’y seroient peut estre pas.

Or pour peindre ces nerfs dedans les Dômes, ou Cupola, où il n’y en auroit point ; il n’y a qu’a diviser la circonference, en autant de parties qu’on y veut de ces nerfs, comme on void celle-cy en 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. & de là les tirer au centre du cercle P, mais comme cela ne se peut pas faire aux voutes effectives, à cause de leur concavité ; il faut user d’une autre invention, qui est de faire tomber une ficelle du milieu de la voute, l’aquelle ficelle sera posée, & bandée le plus qu’on pourra sur une de ces divisions ; pendant qu’une autre main conduira du long de cette cordelette, un crayon attaché à une baguette, qui marquera un trait selon la courbure de la voute ; Pour connoistre si ce trait est comme il doit estre, il faut attacher un petit plomb à la mesme ficelle, & quand elle sera en son repos, borgner, c’est à dire regarder d’un œil, si le trait luy est parallele, s’il n’y est pas, il faut luy faire venir, autrement il ne seroit pas bien : cela estant fait à l’un, il faut en faire autant à tous les autres, & ainsi on aura tous ces nerfs, ou costes, comme elles doivent estre aux Dômes. Si le lieu estoit obscur on pourroit se servir d’une chandelle, pour donner cette ligne courbe qu’on tracera selon l’ombre de la corde bandée contre les divisions.

Mais pour tracer ces costes, sur un plan uny & tout plat, comme en cette figure, il y faut proceder d’autre sorte. Premierement ; il faut supposer la hauteur de la voute divisée en A, B, C, D, E, F, G. ou tel autre nombre qu’on voudra, & du poinct où ces divisions touchent le trait de la voute, il faut faire tomber des lignes perpendiculaires sur le diametre du plus grand cercle, qui est icy celuy a, a, & des poincts que ces perpendiculaires donnent sur ce diamettre a, a, il en faut former des cercles. De plus sur la plus grande circonference, a, a, se doit porter, & marquer la largeur, le nombre, & la distance, qu’on veut donner à ces costes, comme sont icy les marquées 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 & 8. Et de toutes, tirer au poinct du milieu P. & ces lignes comme Q P & R P coupant tous les cercles, assigneront les mesures pour tracer les costes de la voute ; Par exemple, pour trouver le premier poinct Q sur le premier diamettre A A, il faut prendre avec un compas la distance qu’il y a, de la perpendiculaire P T S, au poinct Q, & la porter sur le diametre A A de part & d’autre de T, qui donneront V, V ; il faut faire le mesme des autres diuisions o, o, o, o, o, o. qui donneront sur la voute tous les poincts p p p p p p, par lesquels on tirera une ligne courbe ; Des autres sections R, r, r, r, r, r, r ; il faut faire la mesme, & on aura sur la voute les points S. s s s s s s ; pour tirer l’autre ligne courbe qui donnera la largeur de la coste. Celle du milieu se marquera de mesme, & ainsi on aura ce qu’on desire selon la proposition. Pour les jours, ou percée, châcun les fera à discretion, ie veux dire ronds, quarrez, ou en ovale, cela estant tres libre.

I’en ay fait un rond Z, entre le troisiéme & quatriéme espace du plan, qui est la place de ceux X qui sont en la voute.