La Lande 1769/VI

[Joseph Jérome de La Lande], Voyage d’un François en Italie, Fait dans les Années 1765 & 1766. Contenant Histoire & les Anecdotes les plus singulieres de l’Italie, & sa description ; les Usages, le Gouvernement, le Commerce, la Littérature, les Arts, l’Histoire Naturelle, & les Antiquités ; avec des jugemens sur les Ouvrages de Peinture, Sculpture & Architecture, & les Plans de toutes les grandes villes d’Italie VI, Venise – Paris [Desaint] 1769.


pp. 397–398

CHAPITRE XX.

Sur le Jaune de Naples & sur la fixation du Pastel.

LE Jaune de Naples, ou Giallolino, est une couleur fort usitée parmi les Peintres ; on l’emploie dans la Miniature, & elle donne une couleur de citron plus solide que les orpins & le massicot ; mais sa cherté fait qu’on l’épargne dans les grands ouvrages. Les Physiciens ont été jusqu’ici très-partagés sur la nature de cette couleur, dont on fait à Naples un grand secret. Suivant M. Pomet, c’étoit un soufre recuit ; suivant l’Encyclopédie, au mot Fresque, c’étoit une crasse des mines de soufre. M. Montamy crut que c’étoit un ocre martial calciné par le Vésuve. M. Pot l’a regardé comme une production de l’art. M. Fougeroux, de l’Académie Royale des Sciences, ayant fait des recherches à ce sujet, est parvenu à réconnoître que le plomb en étoit le principal ingrédient ; voici en effet la méthode usitée à Naples pour cette préparation, & que M. le Prince de S. Severo m’a fait l’honneur de me communiquer.

On prend du plomb bien calciné & passé au tamis, avec un tiers de son poids d’antimoine pilé & tamisé : on mêle exactement ces deux matieres, & on les passe de nouveau par le tamis de soie : on prend ensuite de grandes assietes plates de terre cuite non vernissées ; on les couvre d’un papier blanc, où l’on étend la poudre sur une épaisseur d’environ deux pouces : on place ces assietes dans un fourneau à faïence, mais seulement à la partie supérieure du fourneau, pour qu’elles ne reçoivent pas un feu trop violent, la réflexion de la flamme, ou le réverbere leur suffit : on retire ces matieres en même temps que la faïence ; on y trouve alors une substance dure & jaune, que l’on broie sur le porphyre avec de l’eau, & que l’on fait ensuite sécher pour s’en servir au besoin ; c’est ce qu’on appelle Jaune de Naples.

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