Bertrand 1773
Bernard Nicolas Bertrand, Élémens d’Oryctologie ou Distribution Méthodique des Fossiles, Neuchatel [Société Typographique] 1773.
Bernard Nicolas Bertrand (1715–1780) was a French physician and naturalist. From his book on the elements of oryctology, we select the section on earths, clays, and ochres.
SECTION PREMIERE.
CLASSE I. LES TERRES.
. . .
pp. 26–30
CHAPITRE II.
Des genres & des especes de terres communes.
Quelles sont les especes des terres ordinaires ?
COMME il n’y a proprement que deux sortes de terres, qui se présentent à nous dans la nature, & que l’on puisse rassembler sous une forme véritablement terreuse, dans un cabinet, nous n’en établirons dans ce système méthodique, que deux genres, les argilleuses & les alcalines, & nous ferons des sables une section à part.
I. Les argilleuses ne font point effervescence avec les acides, & se durcissent au feu. Elles sont en poussiere, ou grasses, ou liées, ou minérales.
II. LES alcalines ou calcaires font effervescence avec les acides, & poussées au feu, elles se changent en chaux. Elles sont ou farineuses en poussiere, ou compactes & absorbantes.
Observation générale.
OBSERVEZ ici que nous classerons les terres, jamais simples, mais toujours mêlangées, selon la matiere principale, que nous pouvons y distinguer. Ainsi, par exemple, nous mettrons le terreau, qui contient plus ou moins de terre alcaline, parmi les argilleuses, parce qu’il en contient d’ordinaire plus que de terre calcaire. Nous suivrons la même regle par rapport à toutes les autres terres, de même que par rapport aux pierres. Comme on peut envisager tous les fossiles, corps presque toujours fort composés, dans différens rapports, il en est peu que l’on ne pût, à différens égards, rapporter à plusieurs genres, ou especes. Distinguant donc une des propriétés essentielles, une des apparences la plus marquée, une des matieres composantes principale, & faisant abstraction de toute autre qualité ou matiere, qui entre dans ce mixte, nous tâcherons d’assigner à chaque fossile la place qui lui convient le mieux, ou le plus universellement.
PREMIER GENRE,
Terres argilleuses.
Quelles sont les especes de terres argilleuses ?
I. La premiere espece des terres argilleuses est en poussiere, ou avec peu de cohérence dans les parties.
TELLE est la terre franche, le terreau, la terre noire des jardins.
Le limon renferme des végétaux détruits, & est détrempé & divisé par l’eau.
Si avec ces végétaux détruits & ce limon est jointe une substance bitumineuse, c’est la terre à tourbe : s’il y a des racines & des plantes entremêlées, non détruites, c’est la vraie tourbe.
TOUTES ces terres se gonflent le plus dans l’eau, ou sont plus dilatables, & sont plus ou moins favorables à la végétation, par les alcalis & les sucs qu’elles contiennent.
Quelle est la seconde espece des argilleuses ?
2. La seconde espece des terres argilleuses est grasse, tenace & plus ou moins compacte.
TELLE est l’argille blanchâtre ou brune, ou grise, qui se trouve dans tous les pays, toujours un peu réfractaire.
L’argille à potier séchée se divise à peu près en cubes. Elle se gonfle peu, elle est plus propre à en faire des tuiles, ou de la poterie. Quelquefois il faut en séparer les pierres ; d’autres fois on est obligé d’y ajouter un peu de sable fin.
Il y a outre cela des argilles colorées, rougeâtres, jaunâtres, verdâtres, bleuâtres, ou marbrées.
On trouve encore des argilles fines feuilletées dans la mine, savonneuses, qui s’étendent dans l’eau. On s’en sert comme de la marne à foulons pour fouler les étoffes de laine.
L’argille stérile, ou pierre pourrie, a perdu sa liaison ou son gluten, & sert à polir divers ouvrages. La terre de Tripoli paroît être de la même espece, & sert aux mêmes usages.
Il y a des argilles pétrifiables qui se durcissent à l’air ; elles sont plus ou moins fines & de diverses couleurs. Il s’en forme des pierres, qui roulées par les eaux s’arrondissent, & font les pierres communes des torrens & des rivieres. On les distingue des cailloux parce qu’elles font effervescence avec les acides.
ENFIN on trouve les bols qui font du genre des terres argilleuses, blanchâtres, doux au toucher, se fondant ou s’empâtant dans la bouche, se durciffant au feu. Diverses matieres qui y sont mêlées leur donnent aussi une couleur grise, jaune, rouge, verte, noire, &c. Les terres sigillées sont des terres bolaires lavées, préparées & scélées, pour marquer d’où elles viennent.
Quelle est la troisieme espece des argilleuses ?
3. La troisieme espece des terres argilleuses renferme les argilles composées ou minérales. Elles contiennent des matieres solubles dans l’eau ou dans l’huile, fusibles au feu, comme les minéraux. Elles sont aussi plus pesantes que les terres ordinaires. Divers minéralistes les rangent parmi les minéraux.
DANS cette espece sont les ochres ou terres métalliques, qui sont des décompositions, ou des précipités, nés des métaux détruits ou des pyrites métalliques effleuries.
TEL est l’ochre de fer, tantôt rouge, plus souvent jaunâtre, quelque fois brune. ou bleuatre. Ces ochres rougissent au feu, sur-tout le jaune. Le rouge de montagne, & la craie rouge sont de cette espece, mêlées de parties crétacées & ferrugineuses.
La terre d’ombre, ou ochre brune, est une ochre martiale qui tient peu de fer & un peu de bitume.
L’ochre noire ou l’encre fossile qui peut servir pour dessiner, est encore une terre ochracée, vitriolique & martiale.
L’ochre de zinc est la terre calaminaire ; ou la calamine : elle contient du zinc & du fer ; elle sert à rendre jaune le cuivre rouge.
L’ochre de cuivre est un cuivre dissous & précipité dans l’eau.
DE ce genre est la terre verte de montagne, ou la terre de Vérone, ou l’ochre verte, qui servent dans la peinture.
Il y a aussi du bleu de montagne, qui est employé pour la couleur bleue, & qui est teint par le cuivre.
