Panckoucke – Lacombe 1791/VIII

Charles-Joseph Panckoucke – Jacques Lacombe (edd.), Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques VIII, Paris [Charles-Joseph Panckoucke] 1791.


p. 413

VERMILLON.
(Art de préparer le)

LE vermillon est une masse rouge, pesante, compacte, friable, parsemée de lignes argentées ou brillantes, composée de soufre & de vif argent, unis ensemble par la nature ou par l’art de la chymie.

Le vermillon, après avoir été broyé long-temps sur le porphyre, se réduit en poudre très-fine, & devient une des plus belles couleurs rouges qu’il y ait au monde.

Lorsqu’en broyant le vermillon, on y mêle de l’eau de gomme-gutte avec un peu de saffran, on empêche le vermillon de noircir, & c’est là le rouge que les femmes choisissent souvent pour mettre sur leur visage.

Cette combinaison de soufre & de mercure dont résulte le vermillon, s’appelle cinabre ; or, le cinabre est de deux sortes, l’un naturel, l’autre artificiel.

Le cinabre naturel est assez rare : il est le produit de la sublimation du soufre & du mercure que font les feux souterrains aux voûtes des mines. On en trouve en Bohême, en Hongrie, en Esclavonie, au Pérou. La mine la plus riche est à Almaden en Espagne.

Le cinabre des Chinois, appelé tcucha, est beau, pur & très-cher. On dit qu’il ne s’altère pas sensiblement à l’air.

Le cinabre naturel réduit en poudre, donne le beau rouge de vermilion. On l’emploie dans la peinture. Les triomphateurs s’en barbouilloient le visage & le corps pour avoir un air plus terrible ; & dans les grandes fêtes, on en frottoit la statue de Jupiter.

Souvent le cinabre qu’on vend pour naturel, est falsifié ; par exemple, il arrive quelquefois que le cinabre en poudre est pâle. Cette couleur est assez ordinairement l’effet du minium que des marchands de mauvaise foi y ont mélangé. M. de Jussieu a fait connoître un moyen de s’assurer si le cinabre a été falsifié ; c’est par la couleur de sa flamme. Si elle est d’un bleu tirant sur le violet, & sans odeur, c’est une marque que le cinabre est pur. Si la flamme tire sur le rouge, on aura lieu de soupçonner qu’il aura été falsifié avec du minium. Si le cinabre fait une espèce de bouillonnement sur les charbons, il y aura lieu de croire qu’on y aura mêlé du sang-de-dragon.

Le cinabre artificiel se prépare en fondant & triturant ensemble du mercure & du soufre, jusqu’à ce qu’ils foient bien unis ; ce qui forme un corps noir qu’on nomme éthiops minéral. On procède ensuite à la sublimation; mais il faut observer qu’on éprouve des difficultés dans cette opération, & qu’on ne peut réussir à avoir, dès la première sublimation, de beau cinabre, & dont le mercure & le soufre foient dans les proportions convenables. Il est toujours surchargé de soufre qui lui donne une couleur noire ; mais en réitérant plusieurs fois les sublimations, il se sépare à chaque fois une portion du soufre surabondant; ce qui exige cinq ou six sublimations.

Lorsqu’on a donc obtenu un beau cinabre artificiel, on le broie sur un porphyre ; il perd beaucoup de son intensité de couleur, & devient d’un beau rouge écarlate.

On fait aussi usage de ce cinabre artificiel dans la peinture, sous le nom de vermillon : on s’en sert pour rougir la cire d’Espagne, quelquefois aussi pour suppléer au nakarat ou carmin, dont on se sert si généralement en Europe & notamment en France, pour rehausser l’éclat du teint.