Macquer 1766/II

[Pierre-Joseph Macquer], Dictionnaire de Chymie, contenant La Théorie & la Pratique de cette Science, son application à la Physique, à l’Histoire Naturelle, à la Médecine & à l’Economie animale ; Avec l’explication détaillée de la vertu & de la maniere d’agir des Médicamens Chymiques. Et les principes fondamentaux des Arts, Manufactures & Métiers dépendans de la Chymie II, Paris [Jacques Lacombe] 1766.


pp. 125–127

Mortier

MORTIER : c’est un instrument de Chymie très-utile pour diviser les corps, en partie par la percussion, & en partie par le broiement. Les mortiers ont la forme d’une cloche renversée ; on y met la matiere qu’on veut réduire en poudre, on la frappe & on l’écrase par le moyen d’une sorte de masse allongée qu’on nomme pilon. Les mouvemens qu’on fait faire au pilon dans le mortier ne sont point indifférens ; ils doivent varier suivant la nature des substances qu’on veut réduire en poudre. Celles qui se tassent, se pelottent & se durcissent sous le coup de pilon, exigent qu’on fasse mouvoir souvent cet instrument circulairement, plutôt en broyant qu’en frappant : celles qui s’échauffent par le frottement & la percussion, & qui se ramollissent par cette chaleur, demandent à être pilées très-lentement : celles enfin qui sont très-dures, & qui ne sont point susceptibles de se ramollir ni de se tasser, se pulvérisent facilement par les coups redoublés du pilon ; elles n’exigent le broyement que quand elles sont parvenues à un certain degré de finesse.

Au reste, l’habitude & la pratique en apprennent infiniment plus sur ces sortes de manipulations, que tout ce que l’on en pourroit dire.

Comme les mortiers sont des instrumens dont on est obligé de se servir continuellement dans la pratique de la Chymie, on doit en avoir de toutes grandeurs, & de toutes les matieres avec lesquelles on en peut fabriquer : on en fait de marbre, de cuivre, de verre, de fer, de grès dur, & d’agate. La nature des substances qu’on veut piler ou broyer détermine à se servir des uns ou des autres ; il faut sur-tout avoir égard dans ce choix au degré de dureté, & à l’action dissolvante de la matiere à piler. Comme le cuivre est un métal tendre, attaquable par presque tous les menstrues, & très-nuisible à la santé, les bons Artistes ont depuis quelque tems proscrit presque entierement l’usage de ce métal : voyez DIVISION DES CORPS.

Un des principaux inconvéniens de la pulvérisation dans le mortier, c’est la poudre légere qui s’éleve souvent en grande quantité de plusieurs substances, pendant qu’on les pile. Si ce sont des matieres précieuses, cette poudre en occasionne une perte notable ; si ce sont des matieres malfaisantes, cette même poudre peut nuire beaucoup à celui qui les pile. On remédie en partie à ces inconvéniens, soit en couvrant le mortier par une peau percée d’un trou dans son milieu pour laisser passer le pilon ; soit en mouillant la matiere avec un peu d’eau quand cette addition n’y peut faire aucun tort ; soit en se mettant dans un courant d’air qui emporte la poudre loin du pileur à mesure qu’elle s’éleve ; soit enfin en se couvrant le nez & la bouche d’une toile légere pour arrêter cette poudre. Il y a des drogues tellement nuisibles, comme le sublimé corrosif, l’arsenic, les chaux de plomb, les cantharides, l’euphorbe, &c., qu’on ne doit négliger aucune de ces précautions lorsqu’on les pile, sur-tout en une certaine quantité.

Les grands mortiers doivent être établis sur un billot de hauteur convenable, pour que le mortier soit à-peu-près à la ceinture du Pileur. On suspend souvent aussi le pilon, sur-tout lorsqu’il est grand & pesant, par une corde ou petite chaîne attachée au bout d’une perche pliante, fixée horisontalement au-dessus du mortier : cette perche soulage considérablement le Pileur, parce qu’elle aide par son élasticité à relever le pilon.


pp. 673–674

Vitriols

VITRIOLS. Il ya trois especes de sels neutres vitrioliques à base métallique, auxquelles on a particulierement affecté le nom de vitriol : ces sels sont, 1º. La combinaison de l’acide vitriolique avec le fer, qu’on nomme vitriol de Mars, vitriol martial, vitriol d’Angleterre, vitriol verd, ou couperose verte. 2º. Le sel résultant de l’union du même acide avec le cuivre ; on nomme ce fecond, vitriol de cuivre, vitriol bleu, vitriol de Chypre, ou couperose bleue. 3º. Enfin le sel composé de l’acide vitriolique avec le zinc ; ce troisieme porte les noms de vitriol de zinc, de vitriol blanc ou couperose blanche, & de vitriol de Goslard.

Nous avons observé aux articles acide vitriolique & sels, qu’il seroit à propos de donner la même dénomination de vitriol à tous les sels vitrioliques à base métallique, & de nommer par exemple vitriol d’or le sel vitriolique composé d’acide vitriolique & d’or ; vitriol d’argent, ou de lune, le sel résultant de l’union du même acide avec l’argent, & ainsi des autres. Peut être même conviendroit-il de comprendre sous le nom général de vitriol, les sels vitrioliques quelconques. Au reste, comme nous avons parlé de tous ces sels à l’article acide vitriolique, aux articles alkalis, terres calcaires, sels, selenites, gyps, albâtre, spath, & aux articles de toutes les substances métalliques & travaux des mines, nous renvoyons à ces différens mots pour le detail des propriétés des sels vitrioliques, pour ne point faire ici des répétitions inutiles.