Courtivron – Bouchu 1761–1762/I
Gaspard le Compasseur de Créquy-Montfort Courtivron – Étienne Jean Bouchu, Art des Forges et Fourneaux à Fer I, Paris [Charles Saillant – Jean-Luc Nyon] s. d. [1761–1762].
PREMIERE SECTIΟN.
Des Mines de Fer, & de leurs Préparations.
PREMIERE PARTIΕ.
Des Matieres qui contiennent l’élément du Fer.
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pp. 17–19
DOUZIEME ESPECE.
L’Ochre martiale.
L’OCHRE martiale, dit Gellert, est ordinairement formée par la décomposition d’une mine de fer, & sur-tout par celle d’une pyrite tombée en efflorescence. Elle est de la couleur de la rouille, & d’une nuance plus ou moins vive, suivant les circonstances. On en trouve quelquefois dans les eaux de certaines sources, sur-tout dans celles qui sont minérales que l’ochre rend troubles & jaunâtres, & au fond desquelles il se fait un dépôt. On la rencontre mêlée avec l’argile ; les terres bolaires & la marne, ce qui la rend impure. Elle est quelquefois assez riche pour qu’on puisse en tirer le fer avec profit.
L’ochre, suivant Cramer, doit son origine à une mine de fer résoute, & sur-tout au débris d’une pyrite jaune ; car l’art & la nature font également capables de convertir en ochre le fer & ses mines. Il y a d’ailleurs des pyrites, principalement les jaunes, qui se métamorphosent en peu de temps, d’abord en vitriol, puis en ochre. Cette matiere est mêlée d’une terre un peu grasse. Le rouge qui est sa couleur,jaunit, & il devient quelquefois plus brun par l’addition d’une autre terre, dont les différentes préparations occasionnent les variétés de son poids. Elle se trouve également dans les lieux secs & marécageux. Les eaux des fontaines, principalement les minérales, en charient ; ce qui les rend jaunes & bourbeuses. Il y en a presque par-tout : tantôt elle est mêlée aux marnes, aux terres glaises, aux bols ; tantôt elle est par filons ou gangues, ou par couches. Elle est ordinairement assez riche en fer pour payer les frais de son exploitation, aussi bien qu’une bonne mine de fer.
Un Auteur nous dit que les ochres sont des terres ferrugineuses qui se trouvent parmi les métaux, & sont composées de substances hétérogenes dont la couleur provient toujours d’une substance métallique, telle que le fer, laquelle pénetre & dissout leurs parties. Ainsi on pourroit appeller les ochres des Terres métalliques.
L’ochre, dit Henckel, ou terre brune des mines, & les ochres qui se trouvent dans les eaux minérales, sur-tout dans les acidules qui sont produites par la décomposition des pyrites, donnent, par l’essai, un vrai régule de fer.
Suivant Wallerius, l’ochre est une pure terre qui en a la consistance, & qui n’est minéralisée ni par le soufre ni par l’arsenic : lorsqu’elle n’a point été rouge auparavant, elle le devient au feu. Lorsqu’on y joint une matiere inflammable, elle se réduit entiérement en fer, à moins qu’elle ne soit mêlée avec de la terre qui s’oppose à cette réduction. L’ochre fournit un fer qui est cassant à chaud. Sous cette espece sont :
1º, L’ochre jaune, plus ou moins foncée : quelquefois elle a la couleur du safran, sur-tout lorsqu’elle se trouve jointe à des pierres. On la nomme pour lors Marne de pierre ou Ecume de mer. Sa consistance est tantôt ferme, tantôt friable ; elle colore les mains.
2º, L’ochre brune. C’est une terre brune qui prend au feu une couleur plus foncée : elle tache les mains ; sa couleur lui vient du mêlange de quelques substances étrangeres.
3º, L’ochre rouge : elle est d’un rouge pâle, mêlée d’une matiere friable, qui se réduit en poussiere. Elle devient aussi dans le feu d’une couleur plus foncée. Elle colore les mains ; mais elle ne vaut rien pour dessiner, & l’on ne peut s’en servir en crayon.
4°, La sanguine ou crayon rouge dont nous avons parlé, est une espece d’ochre dure, d’un rouge foncé, mêlée avec une argile qui la rend grasse au toucher, qui se détruit dans le feu, & y devient d’une couleur plus foncée, propre à servir de crayon,
5°, L’ochre dans le bois pétrifié. L’ochre se précipite sur les arbres qui sont dans les entrailles de la terre : ils deviennent d’une couleur brune, & contiennent du fer, quoiqu’ils conservent toujours leur figure & leur tissu végétal. Les mines de fer, qui portent les apparences d’avoir été du bois, telles que celles d’Orbissau en Bohême, où il s’en trouve une quantité, soit par couches ou autrement (a), donnent une petite quantité d’un excellent fer ; ce qui vient des parties étrangeres qui ont pu s’y joindre pendant leur formation.
La consistance & la figure varient dans toutes les especes d’ochres. Il y a : 1°, l’ochre en poussiere ; telle est l’ochre rouge & la jaune qui se trouvent dans les pierres : 2°, celle en croûte comme l’espece d’ochre à écorce (b) qui est composée de croûtes ou d’écorces placées les unes sur les autres : 3 °, l’ochre en pierre, & dure comme le crayon. Cette ochre est une terre ferrugineuse, dont il faut chercher l’origine dans la décomposition d’une pyrite ou d’une mine de fer sulphureuse.
(a) Un Auteur en a donné un Traité sous le titre : De ligno in mineram ferri immutato.
(b) Crustacea.
