Le Monnier 1744
Louis-Guillaume Le Monnier, Observations d’histoire naturelle. Faites dans les Provinces Méridionales de la France pendant l’anée MDCCXXXIX, in: César-François Cassini de Thury – Louis-Guillaume Le Monnier, La Meridienne de l’Observatoire Royal de Paris. Vérifiée dans toute l’étendue du Royaume par de nouvelles Observations. Pour en déduire la vraye grandeur des degrés de la Terre, tant en longitude qu’en latitude, & pour y assujettir toutes les Opérations Géométriques faites par Ordre du Roi, pour lever une Carte générale de la France. Par M. Cassini de Thury, de l’Académie Royale des Sciences. Avec des Observations d’Histoire Naturelle, faites dans les Provinces traversées par la Meridienne, par M. Le Monnier, de la même Académie, Docteur en Medecine. Suite des Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, Année M. DCC. XL., Paris [Hippolyte-Louis Guerin – Jacques Guerin] 1744, pp. cix–ccxxxv.
OBSERVATIONS
D’HISTOIRE NATURELLE,
Faites dans les Provinces Méridionales de la France pendant l’année
MDCCXXXIX.
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pp. cxviij–cxix
Les herborisations que j’ai faites aussi dans la forêt de Vierzons, m’ont conduites si près d’une Mine d’Ocre, que je n’ai pû me dispenser d’aller l’examiner ; On n’en voit pas beaucoup de cette espece, & j’ai même oüi dire qu’elle étoit la seule qui fut en France : elle appartient à un Marchand de Tours qui la fait exploiter ; elle est située dans la Seigneurie de la Beuvriere, Paroisse de S. George, à deux lieues de Vierzons, sur les bords du Cher. Lorsque j’y suis arrivé, les puits étoient remplis d’eau, à l’exception d’un seul dans lequel je suis descendu ; il est au milieu d’un champ, dont la superficie est un peu sablonneuse, blanchâtre, sans que la terre soit cependant trop maigre. L’ouverture de ce puits est un quarré, dont chacun des côtés peut avoir une toise & demie ; sa profondeur est de 18 ou 20 toises. Ce ne sont d’abord que différens lits de terre commune, & d’un sable rougeâtre, où traverse ensuite un massif de Grès fort tendre, dont le grain est fin, & se durcit beaucoup à l’air : cette masse est épaisse d’environ 24 pieds ; suivent ensuite différens lits de terre argilleuse & de cailloutage ; enfin vient un banc de sablon, très-fin, blanc & de l’épaisseur d’un pied ; c’est immédiatement au-dessous de ce banc de sable, que se trouve la premiere veine d’Ocre : cette veine a la même épaisseur que le banc de sablon ; elle est horizontale, autant que j’en ai pû juger ; & comme on l’apperçoit tout autour du puits, je n’ai pû décider si elle court du Midi au Nord, ou si elle suit une autre direction.
Ce lit d’Ocre est suivi par un autre banc de sablon, & celui-ci par une autre veine d’Ocre, & le Mineur m’a assuré qu’en creusant davantage, on voyoit ainsi différens lits d’Ocre & de sable se succéder les uns aux autres ; je n’en ai vû que deux lits de chacun, parce que le puits où j’ai descendu étoit tout nouvellement fait. L’ocre est molle, grasse, & parfaitement homogene ; c’est une chose assez singuliere que la nature ait ainsi réuni les deux contraires, le sable & l’Ocre, sçavoir, la matiere la moins liante, avec celle qui paroît avoir le plus de ductilité, & cela sans le moindre mélange ; car la séparation des veines de sable & d’Ocre est parfaite, & n’est pour ainsi dire qu’une ligne géométrique. Quand je dis que les veines d’Ocre sont si pures, j’entends qu’il n’y a aucun mélange de sable, & je ne parle pas de quelques noyaux durs, ferrugineux, & de la grosseur du poing, qui sont de véritables pierres Ætites, car on en trouve assez fréquemment dans l’Ocre : leur surface est à peu près ronde, & l’épaisseur de la croûte d’environ deux lignes ; elles contiennent un peu d’Ocre mêlée d’une terre ferrugineuse & friable. On n’employe point d’autre machine pour tirer l’Ocre de la Carriere, que le tourniquet simple, dont se servent nos Potiers de terres des environs de Paris : elle est pâle & presque blanche dans la Mine, & jaunit à mesure qu’elle se séche ; mais elle ne devient rouge que quand on la calcine. Le sablon qui l’environne n’a de particulier que quelques brillans Talcueux dont il est semé, & son goût vitriolique assez considérable : toute cette Mine est fort humide, & malgré la largeur de l’ouverture, l’eau qui distilloit des côtés formoit au bas une pluye fort incommode ; cette eau sentoit aussi le vitriol, & rougissoit avec l’infusion de noix de Galles.
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