Liger 1721/I

Louis Liger, La Nouvelle Maison Rustique, ou Économie Générale de tous les biens de campagne. La Manière de les entretenir & de les multiplier ; Donnée ci-devant au Public par le Sieur Liger.  Troisème edition, Revûë, corrigée, augmentée, mise en meilleur ordre, Et enrichie de Figures en Taille-douce. Par M. *** I, Paris [Claude Prudhomme] 1721.


pp. 759

CHAPITRE V.
Profits non ordinaires & droits Champêtres.

NOUS avons parlé jusqu’à present des profits ordinaires que la nature nous offre dans le ménage des Champs : mais outre ceux-là, l’industrie & l’ambition des Hommes ont sçû s’établir des produits peu communs, & s’attribuer des droits, qui font une partie assez considerable de nôtre Economie Champêtre.

ARTICLE PREMIER.
Productions & profits insolites.

Je ne ferai qu’indiquer ceux qui passent les bornes ordinaires de l’Agriculture : & je ne dirai du reste que ce qui est familier ou utile & pratiquable dans nôtre Maison Rustique.

pp. 759–760

Minéraux.

Les Minéraux tiennent le premier rang parmi ces productions extraordinaires dont il s’agit ici. La France n’a pas moins que les autres Etats du Monde entier, de ces richesses souterraines. Elle a d’aussi bon Acier que l’Espagne, d’aussi bon fer que l’Allemagne & la Suede ; plus de Minieres d’Etain & de plomb que l’Angleterre ; d’aussi bonnes Minieres d’or & d’argent que la Hongrie, la Dalmacie, & la Saxe ; des Marbres de toutes fortes de couleurs, du Porphire, du Jaspe & de l’Albâtre, comme l’Italie ; du Cristal comme Venise ; du Salpêtre, du Vitriol blanc, verd & bleu, & des Orpimens comme la Hongrie ; de la Calamine, du Bitume, de la Poix, aussi bien que Liege : Enfin la France a de l’Azur & même des Pierreries fines, comme Amétistes, Agathes, Emeraudes, Hiacintes, Rubis, Grenats, Saphirs, Turquoises & Diamans. Un Homme seul, en dix ans de temps, en a découvert du temps du Cardinal de Richelieu, plus de cent cinquante de toutes especes.

Mais l’abondance de toutes choses qu’on a en France, l’incertitude & la difficulté de la découverte de ces tresors cachez de la nature, & les grandes dépenses qu’il faut faire pour les trouver & en jouir, ont causé qu’on y neglige ces richesses souterraines ; entre lesquelles les plus ordinaires en France font les sept Métaux & les Eaux Minérales : celles qui font chaudes, comme celles de Bourbon, Vichi, Baleruc & Aix, font bonnes contre les Rhumatismes, la Goute sciatique, la Paralysie, l’Apoplexie, la Letargie & les humeurs froides ; & les Eaux Minérales froides, comme celles de Forges de Sainte Reine & de Passi-lez-Paris, ont des qualitez differentes ; elles font pourtant toutes apéritives.

On met au nombre des Minéraux, les Sels & les Pierres.

p. 760

Sels communs.

Outre le Sel Gemme, qu’on trouve en Roche dans la Catalogne, dans la Pologne & dans la Perse, en Egypte, aux Indes & presque par tout, & qui est un sel blanc, dur & transparant, qui est le plus abondant & la base des autres Sels ; il y en a deux autres sortes dont on se sert en alimens, sçavoir, le Sel de Fontaine & de Puits, & le Sel de Mer.

Le premier que j’appellerai Sel de terre, se tire par l’Evaporation qu’on fait des eaux ou de quelques Fontaines, comme à Salins en Franche-Comté ; de quelques Puits, comme en Lorraine : ou de quelques Lacs, comme en Italie, en Allemagne & au Comtat Venaissin : La plus belle des Sauneries est à Salins, on y fait pour plus de cinq mille livres de Sel tous les jours.

Cependant le Sel Marin est le plus commun : on le tire ou par Evaporation, comme en Normandie ; ou par Cristallisation, comme à Broüage & à la Rochelle.

On tire le Sel par évaporation, en faisant boüillir l’eau de la Mer à feu lent dans des grandes Chaudieres de plomb, ce qui rend un sel blanc & bien moins salant que le gris.

On fait le Sel Marin à la Rochelle dans des Marais salans : Ce sont des lieux qui doivent être plus bas, que la Mer, & d’une terre argileuse ; car autrement ils ne pourroient pas retenir l’eau salée qu’on y fait couler ; c’est pourquoi tous les lieux voisins de la Mer ne sont pas propres pour faire des Marais salans. Lorsqu’on sent que le temps commence à s’échauffer, ordinairement vers le mois de May, on épuise toute l’eau qui avoit été mise l’Hyver dans les Marets pour les conserver ; puis on lâche les bondes, pour laisser couler telle quantité d’eau salée que l’on veut ; on la fait passer doucement par beaucoup de canaux differens, où elle se purifie & s’échauffe ; ensuite on l’introduit dans les Aires, qui sont des lieux plats, polis & propres à faire crémer le Sel. Il se fige là de soi-même ; mais il ne se forme que pendant les grandes chaleurs : Le Soleil fait premierement évaporer une partie de l’humidité ; & comme il vient fort souvent après les grandes chaleurs, principalement aux bords de la Mer, un petit vent frais, il fait condenser & cristalliser le Sel. On y met environ un demi pied d’eau sur le Marais ; & le Soleil y donnant à plomb, y forme une petite croute, que la force de ses rayons & le vent endurcissent ; quand le Sel est assez sec, on le ramasse, & ensuite on couvre encore le Marais d’eau pour en faire de nouveau. Mais s’il pleuvoit seulement deux heures pendant ce temps-là, on ne pourroit faire de sel de quinze jours, parce qu’il faudroit nettoyer les Marets, & en ôter toute l’eau pour en faire venir d’autre ; de sorte que s’il pleuvoit tous les quinze jours une fois, on ne feroit jamais de Sel de cette maniere. On le garde plusieurs années en Vaches, qui sont des Meulons ou petites Piles de Sel fort longues, mais peu hautes & peu larges & couvertes en dos-d’âne.

C’est ordinairement d’eau des Fontaines salées, qu’on fait les Salignons, qui sont des Pains de Sel-blanc cuits & formez dans une éclisse comme un fromage ; on les met dans les Coulombiers pour y attirer les Pigeons.

pp. 760–764

Salpêtre.

Le Nitre ou Salpêtre est un sel empreint de quantité d’esprits de l’air qui le rendent volatile : il est repandu dans l’air & il s’attache aux corps qui sont capables de le recevoir, principalement au plâtre des vieilles murailles, aux terres & pierres des Masures, Cavernes, & Caves, aux Etables, Coulombiers & autres lieux empreints des urines des animaux terrestres.

Pour en avoir, on amasse quantité de ces matieres, principalement des Plâtras ; on les pile grossierement, puis on les met dans des muids dont le fond est percé de plusieurs trous ; & on y verse à plusieurs reprises, de l’eau, qui dissout le Sel & l’entraine avec elle dans des Baquets qui font au-dessous des Muids. Ou bien on trempe seulement les plâtras dans de l’eau chaude pour en dissoudre les sels, & on coule cette dissolution. On jette ensuite l’eau impregnée de ces sels, sur de la cendre commune, pour en faire une lessive & dégraisser les sels : on passe & repasse plusieurs fois la liqueur sur les mêmes cendres ; & quand elle est claire, on la fait évaporer & cristalliser. Pour cela, mettez, par exemple dix ou douze livres de Salpêtre à la fois, dans une quantité d’eau proportionnée : car s’il y en avoit trop, le Sel seroit trop affoibli & ne pourroit pas se coaguler ; & si au contraire il restoit trop peu d’eau, les Cristaux seroient confus. Ainsi pour les faire beaux, faites boüillir vôtre Salpêtre & vôtre eau, dans un vaisseau de terre, sur un feu médiocre, continuel & égal, jusqu’à ce qu’elle soit réduite à un peu moins que le quart ; & retirez le vaisseau du feu, lorsque vous verrez paroître une pellicule sur la liqueur ; c’est une marque qu’il y reste un peu moins d’humidité qu’il n’en faut pour tenir le sel dissous : Alors transportez doucement le vaisseau dans un lieu frais, l’agitant le moins que vous pourrez ; le lendemain vous y trouverez des Cristaux, que vous séparerez de la liqueur, & les ferez secher.

On fait évaporer derechef tout le reste de la liqueur ; on la laisse refroidir au frais, comme la premiere fois, & il s’y fait de nouveaux Cristaux : On réitére ces Evaporations & ces Cristallisations, jusqu’à ce qu’on ait tiré tout le Salpêtre ; celui des dernieres Cristallisations sera un fel blanc, semblable au Sel-marin ; il n’y a qu’à le mettre à part pour s’en servir en assaisonnemens : Les premiers Cristaux font le Salpêtre raffiné.

On peut aussi purifier le Salpêtre, en le faisant boüillir dans de l’eau qu’on écume, & où on jette du Vitriol & de l’Alun en poudre.

Il y a encore une sorte de Salpêtre, qu’on trouve attaché en petits Cristaux, à des murailles & des rochers ; on l’appelle Salpêtre de bouffage, parce qu’on le ramasse en le houant avec des balais. C’est le meilleur pour faire de l’Eau forte. La terre dont on a tiré le Salpêtre, étant remise à l’air & remuée de temps en temps, se rempreint de l’espece du Sel-nitre.

Usages. 1º. Le Nitre est d’un grand usage dans la Chimie & dans la Médecine : on en fait le Cristal-mineral, le Sel-polychreste, l’Eau-forte, l’Esprit de Nitre qui est la meilleure de toutes les Eaux-fortes pour dissoudre les Métaux : On l’emploïe aussi pour rafraîchir, pour exciter l’urine, pour éteindre les ardeurs du Sang, chasser la pierre, &c. 2º. On s’en sert aussi pour saler le Saumon ; & pour hâter considerablement toutes sortes de végétations, comme je l’ai dit ci devant page 597. & suivantes, 3º. La plus grande consommation du Salpêtre se fait dans les Arsenaux par la Poudre à Canon.

C’est une composition qui se fait avec du Salpêtre, du Souffre jaune & du Charbon. Le Salpêtre est ce qui en cause le grand effet, par son étrange raréfaction, qui le résout tout en vapeur & en air, & le fait peter le souffre est ce qui allume : & on y ajoûte du Charbon, qui est sec & plus solide, pour soutenir la flâme du Souffre qui est très-legére, & que le Salpêtre éteindroit bien-tôt : le Charbon de bois de Trôene y est encore meilleur que celui de Saule, & il faut qu’il soit bien broyé. Il y a des Essais pour juger de la finesse de la Poudre, à peu près comme on fait d’une Montre par la justesse de son roüage. On peut faire de la Poudre blanche, de la rouge, jaune, verte & bleuë. La Poudre sourde ou muette, se fait avec de la Poudre commune, où on ajoûte du Borax, de la Pierre Calaminaire, ou du Sel Ammoniac, ou encore des Taupes calcinées, ou de la seconde écorce de Sureau. Je ne parle point davantage de cette fatale invention, parce qu’il est défendu d’en faire hors des Arsenaux, & on pourroit en abuser. Il n’y a rien de meilleur que la Poudre de Plomb pour nettoyer les vaisseaux de Verre & de Faïance.

pp. 762–764

Terres, Carrieres, Poteries ; Couleurs, &c.

C’est encore du sein de la terre, ou plûtôt c’est de la terre même, qu’on fait toutes sortes de Grais & de Poteries, comme en Flandres, à Beauvais, en Auvergne ; de Faïance, comme en Hollande & à Nevers : & on vernit les poteries avec du Plomb fondu, & la Faïance avec de la Potée, &c.

2º. La Terre glaise sert encore à faire de la Brique, de la Tuille, des Carreaux (de toutes fortes d’especes) des Buttes, des Batardeaux, &c. Comme je l’ai dit ci-dessus page 486 ; du Ciment, page 13 ; des pâtes à Chapelets, des Moules, Figures, Modeles & quantité d’autres petits ouvrages. Les Teinturiers même se servent de potasses.

3º. C’est aussi de la Terre, qu’on tire le Marbre & toutes sortes de PierresMoilons, même les pierres de Molieres ou Meules à Moulins ; de la Chaux, qu’il faut faire cuire dans le Four à feu toûjours égal, non seulement jusqu’à ce qu’elle soit rougie, mais encore jusqu’à ce que la pierre soit tout-à-fait calcinée, sans quoi elle ne s’empreindroit jamais des parties de feu qui font la Chaux : du Plâtre que l’on vend au Muid quand il est cuit, & à la toise quand il est cru, & il se conserve en terre autant que le Moilon ; il sert aux enduits, à lier des pierres, prend au Moule toutes fortes de figures, &c. des Ardoises, dont les rouges valent mieux que les bleuës, & celles d’Angers mieux que celles de Mézières, (on doit les tirer de la troisiéme fonciere de chaque Mine, & elles servent a faire des Couvertures, des Plaques & des Tables ; ) du Charbon de terre, qui fert à tous ceux qui travaillent en fer, parce qu’il chauffe bien mieux que le Charbon de bois & il en faut moins ; celui d’Angleterre, qu’on appelle de Neuchâtel, est bien meilleur que celui d’Ecosse ; mais il est plus leger, c’est pourquoi on les mêle pour faire corps, car celui d’Ecosse seul n’est pas si bon ; le Charbon de France est assez bon, mais il en faut d’avantage, & il ne tient pas tant au feu que les precedens ; celui de faint Etienne en Forêt & du Lionnois est le meilleur ; celui d’Auvergne est fort bon, & il y en a qui ne céde gueres à celui d’Angleterre ; celui de Saint Dizier est le moindre de tous. La Hoüille est une terre noire & grasse qui sert de Charbon de terre aux Forgerons, dans le Païs de Liege où on dit que l’invention en a été trouvée, les Particuliers & generalement tout ce qu’on appelle Flamands Rouchis en brûlent en guise de Charbon & de Bois : on les y debite par quarrez longs, à peu près comme une Brique coupée en deux, & on les consomme dans des especes de Fourneaux quarrez faits de grillage de fer, où le feu bleuâtre & la chaleur de la Hoüille dure toute une demie journée. Enfin on tire encore de la terre de la Marne & du Sable : Toutes ces choses ont chacune leur utilité & leur débit particulier ; nous en avons dit une partie ci-dessus pages 9. & 518 ; & ceux qui auront dans leur heritage, des veines de terre propres à en faire des Carrieres, des Plâtrieres, Chauffours ou Ardoisieres, auront bien-tôt tout ce qui est de détail, pour ouvrir, façonner & debiter ces productions souterraines.

Outre le Charbon de terre & la Hoüille dont je viens de parler, on brûle encore des Tourbes dans les endroits où le Bois est rare, comme en Hollande, Flandre, Amiens, Dieppe, la Rochelle. Les meilleures Tourbes ne se font que de l’herbe ou superficie des gazons qu’on coupe en forme de briques & qu’on fait secher : C’est ainsi que les Laboureurs de Cornoüaille en Angleterre ne se chauffent que de l’herbe de leurs Champs qu’ils coupent toute, avant que d’y mettre la charuë ; & ces mottes sechent & brûlent aisément, parce que ce ne font presque que des racines & filandres d’herbes. Dans la vallée de Somme depuis Amiens jusqu’à Abbeville, on tire la Tourbe des Près ; & il s’y en fait une si grande consommation, qu’il n’y a point de meilleur revenu qu’un Pré à Tourbe. Après que tout le Pré a été bien fauché & bien pâturé, les Tourbiers ou Gens de journée enlévent à coups de bêche toute la terre du Pré, qu’on sépare en differens quartiers qu’on courbe les uns après les autres. On en coupe la terre par morceaux à peu près de la forme d’une Brique ; & on les fait secher au Soleil ou à l’air sur le Pré même, en les dressant & en les appuyant l’un contre l’autre sur leur longueur, pour qu’ils s’égoutent ; puis on les arrange par petits tas un peu au large, & on les retourne de temps en temps pour qu’ils se séchent bien ; & enfin on les dresse par piles ou meules, comme le foin, pour les vendre le p’ûtôt qu’on peut : les meilleures Tourbes font celles qui ont été prises de la surface du Pré, & qui ont été faites dans la plus belle saison & n’ont eu aucune pluie. On met ainsi en Tourbes tout ce qu’on peut tirer de terre du Pré, on le foüille par quartiers, jusqu’à ce que l’eau y vienne ; alors on va foüiller un autre quartier, & ainsi de suite pendant que les quartiers les premiers tourbez se remplissent de terre, ce qui peut aller à six ou sept ans. La Tourbe (à la difference de Mottes à brûler, qui se font de Tan) est toûjours noire, massive & dure ; elle ne se casse & ne se résout point à l’eau, quoiqu’elle reste même expoée pendant une année entiere à toutes les injures du temps : elle est cependant fort legére quand elle est bien seche ; & fort lourde & très puante à brûler, quand elle est moüillée : on en sent l’odeur à deux & trois lieues d’Amiens, plus que dans Amiens même. En Hollande leurs Tourbes font des Mottes de terre souffrées.

4º. On tire encore de la Terre, la Sanguine, la Calamine, l’Ocre, soit brun-rouge, jaune, ou obscur, qui est l’Ocre de Ruth la Mangasée, & quantité d’autres terres naturelles ; qui servent principalement à crayonner & à peindre, tant à fresque, qu’à détrempe & à l’huile ; pour faire les couleurs simples ou composées, comme le font ; le Blanc qui se fait avec de la chaux éteinte depuis longtemps, & de la poudre de Marbre-blanc, mis à dose égale, parce que le trop de Marbre noircit ; le stil de grain, couleur jaune se fait de graine d’Avignon (ci-après) boüillie, puis chargée de cendres de Sarment ou de blanc de Craie mêlé avec de la Colle de Gans, & ensuite passé dans un linge fort fin : le Bleu artificiel se fait de sable, de sel de nitre & de limaille de Cuivre.

Le Blanc des Carmes, se fait avec de la chaux de Senlis de la plus blanche ; l’ayant éteinte on la passe dans de petits tamis bien fins ; on l’emploie claire comme du lait, & l’on en donne cinq ou fix couches ; mais il faut laisser sécher chaque couche avant que d’en mettre une autre, & bien manier toutes les couches, c’est a dire les bien froter avec la Brosse, c’est ce qui le fait tenir plus ferme & reluisant : Quand ce blanc est employé sur de la pierre ou du plâtre bien sec, il ne jaunit point, si l’on veut le faire reluire, il faut le frotter avec une Brosse de poil de Sanglier, ou avec la paume de la main quand il est bien sec.

Si on veut faire du Noir-poli en façon de Marbre, on prend du Noir de fumée calciné, on le broie avec un peu de pierre de mine, de l’huile d’olive & de l’eau de savon ; puis étant détrempé avec de la cole à Détrempe (ci-après) on en donne deux ou trois couches ; & quand il est sec, on le brunit avec la dent de Loup ou de Chien, ou la pierre de Sanguine. Quand on veut qu’il y paroisse des veines de marbre-blanc, on y fait de petites veines blanches avec un pinceau avant que de le brunir.

Pour nettoyer un Tableau, mettez y de l’Azur en poudre, & frottez-le avec de l’eau & une éponge ; cela emportera toute l’ordure & la fumée : vous laverez ensuite le Tableau jusqu’à ce que l’eau soit nette. Ou bien si on n’y voit plus rien, mettez y du Savon noir, & au bout d’une heure & demie ou deux heures, lavez le & frotez-le avec une éponge, jusqu’à ce que l’eau ne soit plus grasse. On se sert aussi d’urine toute chaude, ou de pierre de ponce broyée pour les Tableaux grossiers.

. . .