Panckoucke – Lacombe 1783/II
Charles-Joseph Panckoucke – Jacques Lacombe (edd.), Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques II, Paris [Charles-Joseph Panckoucke – Clément Plomteux] 1783.
pp. 1–28 (1–11)
COULEURS ET VERNIS.
(Art de préparer les)
NOUS n’avons d’autre objet dans cet article que de rapporter les meilleurs procédés pour obtenir & composer les couleurs & les vernis employés dans la peinture.
Des Couleurs.
L’origine & la cause primitive des couleurs sont du ressort du physicien ; cette sublime théorie & ces savantes recherches trouveront place dans une autre division de cet ouvrage.
Bornons-nous dans ce Dictionnaire des Arts, à ce que la pratique nous enseigne à cet égard. M. Watin, peintre, doreur, vernisseur, & marchand de couleurs, dorures & vernis, a publié sur son art un excellent Traité que nous devons principalement consulter ; il nous servira de guide dans la plus grande partie de ce que nous allons dire, & donnera en même temps aux artistes & aux amateurs le desir de recourir, dans l’occasion, à lui-même & à son ouvrage.
Nous ne traiterons dans cet article que des couleurs & des vernis en général, nous réservant de parler de leur application, & de la manière de les employer, à l’article de l’Art du Peintre en bâtimens, ainsi que de la dorure à l’Art du Doreur. Mais avant que d’entrer dans les détails des couleurs, nous ferons deux observations d’après M. Macquer dans son Dictionnaire de Chimie.
1°. C’est un principe que la couleur d’aucun corps ne peut être sensible, à moins qu’elle n’ait un certain degré d’intensité ; d’où il suit que certains corps qui, dans leur état de compacité ont une couleur très-belle & très-marquée, la perdent par la division qui diminue leur intensité. Aussi voit-on que le marbre noir, le corail rouge, le soufre, & beaucoup d’autres substances qui ont une couleur très-marquée étant en masse, perdent cette couleur à proportion qu’on les broie en parties plus fines, ensorte qu’elles deviennent presque blanches quand la division est portée assez loin. Ainsi, c’est dans ce dernier état de division qu’il faut considérer les matières colorantes avant de les employer.
2°. L’expérience prouve que la couleur verte des plantes s’altère facilement & même se change en un fauve brun par une espèce de fermentation qui survient aux plantes après qu’elles ont été cueillies, à moins qu’on ne prévienne cette fermentation par une dessication très-prompte ; on doit aussi observer que quoique la couleur verte se change & disparoisse même alors totalement, elle n’est pourtant point détruite pour cela, & qu’on peut par le moyen de menstrues, séparer & extraire la partie verte des plantes sèches qui n’ont plus la moindre apparence de verd.
Observons encore, d’après les physiciens, que les couleurs viennent en grande partie des métaux, soit en nature, soit dans leur mélange.
Le fer dissous fournit le jaune, l’orangé, le rouge, le violet, le bleu, le noir.
Le cuivre dissous, colorie les objets en bleu, en verd, en noir.
L’or donne le pourpre.
Le plomb, dissous ou calciné, fournit le blanc, le gris, le minium, la litharge d’or, la litharge d’argent & le noir.
L’étain sert à donner à l’écarlate une partie de sa beauté.
Le cobalt donne à l’émail une couleur bleue.
Le mercure & l’antimoine forment la couleur rouge du cinabre, &c. C’est ce que nous verrons plus particulièrement dans les faïences, les émaux, les porcelaines, &c.
On suivra l’ordre alphabétique dans la division des couleurs dont il va être question.
ACIER (couleur d’). On emploie la couleur d’acier pour les ferrures. Voici sa composition : broyez du blanc de céruse, de la laque fine, du verd-de-gris cristallisé, du bleu de Prusse, séparément, à l’essence ; plus ou moins de chacune de ces couleurs, mêlées avec le blanc, donne le ton de l’acier. Quand il est tel qu’on le desire, on en prend gros comme une noix, qu’on détrempe dans un petit pot avec un quart d’essence, & trois quarts de vernis gras blanc ; on nettoie bien les ferrures ; on les peint avec cette couleur, en laissant la distance de deux ou trois heures entre chaque couche. Après cette opération, on met une couche de vernis gras pur.
On peut faire aussi la couleur d’acier avec du blanc de céruse, du noir de charbon & du bleu de Prusse, broyés ensemble à l’huile grasse, & qu’on emploie à l’essence. Cette composition est moins coûteuse, mais non pas aussi belle que la première.
ARDOISE (couleur d’). Pour faire cette couleur, on prend du blanc de céruse & du noir d’Allemagne, tous deux broyés à l’huile de lin ; on les mêle & on les détrempe ensemble dans la même huile. Ce mélange forme un gris d’ardoise dont on abreuve d’abord les tuiles ; on leur donne ensuite trois autres couches plus fortes.
ARGENTURE. Pour appliquer cette couleur, on a soin que l’ouvrage soit bien apprêté, adouci & réparé ; ensuite on donne une couche de beau blanc de plomb broyé bien fin à l’eau, & détrempé à la colle ; on détrempe ce même blanc de plomb avec la colle plus foible ; on en met deux nouvelles couches sur l’ouvrage argenté avec de l’argent en feuilles ; on brunit les parties ; & quand le tout est bien sec, on prend de la colle dans laquelle on met de l’argent moulu, que l’on passe sur tous les endroits qui doivent être mats, & dans les refends où l’argent en feuille n’a pas pu entrer.
Pour conserver l’argenture & défendre cette couleur contre le mauvais air, il faut y passer un vernis à l’esprit-de-vin.
On a décrit dans l’Art de l’Argenteur les procédés pour appliquer les feuilles d’argent sur les métaux.
AVENTURINE (couleur d’). On fait que l’aventurine est une pierre rougeâtre ou jaunâtre, ou de telle autre couleur, toute parsemée de paillettes qui semblent de l’or. Pour imiter son brillant, on se sert du clinquant haché ou de la grosse bronze d’Allemagne, qu’on emploie de la manière suivante.
Si l’on veut peindre une aventurine verte, par exemple, on met d’abord sur l’ouvrage une couche de verd qui se fait avec du blanc de céruse broyé à l’huile, du verd-de-gris calciné & broyé à l’essence, le tout détrempé avec un quart d’huile grasse & le reste d’essence ; on donne deux couches, & quand la dernière est encore fraîche, on saupoudre également, avec un tamis, de l’aventurine argentée.
On laisse reposer tout l’ouvrage une demi-heure en l’étendant à plat, afin que la couleur ait le temps de mordre & de happer l’aventurine ; puis on renverse la peinture, pour faire tomber les particules d’aventurine qui ne sont pas adhérentes. On laisse sécher deux ou trois jours, jusqu’à ce que passant la main sur l’ouvrage, l’aventurine ne s’en détache pas ; on pose ensuite une feuille de papier dessus ; on appuie la main ou quelque chose de très-lisse, & l’on imprime les paillettes d’aventurine qui tendroient à se relever.
Cela fait, on prend du verd-de-gris cristallisé & broyé très-fin à l’huile ; on le détrempe d’une consistance très claire, avec moitié huile grasse & moitié essence de térébenthine ; on étend bien légèrement & bien uniment avec un pinceau cette couleur, en prenant garde qu’elle ne fasse pas des ombres, & qu’elle paroisse comme glacée, ensorte que l’aventurine y soit toute brillante.
On passe dessus un bon vernis à l’esprit-de-vin ; & si c’est sur des panneaux de voitures, on se sert d’un vernis gras blanc au copal.
Quand cette couche de vernis est bien sèche, on passe la main dessus ; & si l’on sent quelque petite pointe d’aventurine on l’enfonce dans le vernis avec l’ongle.
On renouvelle les couches de vernis jusqu’à dix ou douze fois pour pouvoir polir l’ouvrage.
Il est possible de faire des aventurines d’autres couleurs qu’on veut.
Pour l’aventurine rouge, on compose un rouge avec du blanc de céruse, du carmin, de la belle laque fine, qu’on broie & détrempe comme ci-dessus.
Pour l’aventurine bleue, on se sert du bleu de Prusse.
Pour l’aventurine dorée, on choisit du plus beau stil-de-grain, & du blanc de céruse, on glace avec une couche de vernis à l’or, à l’esprit-de-vin, que l’on a eu soin auparavant de présenter au feu ; ou bien l’on prend de l’aventurine dorée, qui porte elle-même sa couleur.
Quand on veut mettre l’aventurine sur des fonds fables, il faut la saupoudrer légèrement, de façon que la couleur paroisse.
AURORE (couleur). On obtient le jaune aurore, ou citron, en mêlant ensemble plus ou moins d’orpin rouge & d’orpin jaune. L’un & l’autre ne s’emploient guère qu’à l’huile, & deviennent superbes étant employés au vernis.
Si l’on ne veut pas se servir d’orpin, on prend du blanc de céruse, auquel on ajoute du beau stil-de-grain de Troyes, ou du jaune de Naples, qui est plus solide.
AZUR. Nous avons rapporté dans un assez grand détail, à l’article Bleu d’Azur, ce qui concerne cette couleur, pour nous dispenser d’en parler ici.
BADIGEON. Cette couleur donne aux bâtimens le ton d’une construction nouvelle, ou d’une pierre fraîchement taillée. Pour la composer, on prend un seau de chaux éteinte ; on y joint un demi-seau de sciure de pierre avec le mélange d’ocre de rue, suivant l’intensité que l’on veut donner au badigeon. On détrempe le tout dans un seau d’eau, où l’on a fait fondre une livre d’alun de glace.
Ou bien, si l’on manque de sciure de pierre, on la remplace par une plus grande quantité d’ocre de rue ou d’ocre jaune, on écrase des écailles de pierres de S. Leu, on en passe la poudre au tamis ; faites du tout une espèce de ciment avec la chaux, qui est difficilement altéré par la pluie & l’air. On badigeonne avec une grosse brosse.
BLANC, BLEU. Nous avons fait de ces deux couleurs autant d’articles particuliers, & assez développés pour que nous devions y renvoyer nos lecteurs.
M. de Morveau, de l’Académie des Sciences de Dijon, a trouvé un blanc de zinc préparé qui a la propriété, dit-il, d’être inaltérable même par les vapeurs phlogistiques les plus fortes, qui noircissent sur le champ le blanc de céruse & tous les blancs tirés du plomb ; il n’a aucune des qualités mal-faisantes des chaux de plomb : on fait que celle du zinc peut être prise intérieurement. Le blanc de zinc se mêle parfaitement à toutes les couleurs ; il s’emploie également à l’huile & à la détrempe. On a remarqué qu’il avoit l’avantage de prendre moins d’huile, & de sécher moins rapidement que les blancs de plomb.
Il y a un dépôt de ce blanc de zinc à Dijon, chez le sieur Courtois, attaché au laboratoire de l’Académie.
Et à Paris, chez le sieur Trenard, marchand épicier, rue de Grammont.
BOIS DE CHÊNE (couleur de). Pour composer cette couleur, on emploie trois quarts de blanc de céruse ; & l’autre quart d’ocre de rue, de terre d’ombre, & de jaune de Berry ; on proportionne ces dernières substances suivant le ton que l’on veut donner à la couleur de bois de chêne. On en fait également usage à l’huile & à la détrempe.
On imite la couleur de bois de noyer par le mélange du blanc de céruse, de l’ocre de rue, & de la terre d’ombre, rouge & jaune de Berry. Cette couleur peut s’employer à la colle ou à l’huile.
BRONZE (la). Nous avons décrit dans un article précédent de ce Dictionnaire, la composition & l’emploi de la couleur dite la bronze.
BRUN. Cette couleur, indéterminée en elle-même, a différentes nuances qui font comprises sous les dénominations de couleur de bois, de couleur de marron, d’olive, &c. Voyez ces mots.
L’ocre de rue sert à peindre en brun clair, canelle, & donne des couleurs brunes plus ou moins foncées. Les peintres s’en servent pour les tableaux.
La terre d’ombre est une terre obscure, friable, & tendre, qui sert aussi à peindre en brun. Elle acquiert un ton plus brun par la calcination ; alors elle dégraisse l’huile, & s’emploie pure à glacer des fonds bruns. Les peintres en tableaux s’en servent pour ombrer & faire des fonds.
Le stil-de-grain brun ou d’Angleterre, sert aussi à ombrer & à faire des glacis.
Il doit être de casse nette, & devient superbe à l’huile.
La terre d’Italie est approchante de celle de l’ocre de rue, mais plus vive, plus belle, qu’il faut choisir lourde & brune en dedans. Elle s’emploie au pinceau pour faire de beaux lavis & glacis en brun.
La terre de Cologne est une espèce de terre d’ombre, un peu plus brune & plus transparente à l’emploi, mais sujette à s’affoiblir ; elle est pourtant employée par les peintres pour faire des bruns.
CARMIN. Le rouge, dit le carmin, forme encore un article particulier de ce Dictionnaire.
CÉRUSE. On a traité de la couleur de céruse à l’article BLANC.
CHAMOIS. Cette couleur, qui est une nuance de jaune, se compose avec du blanc de céruse, beaucoup de jaune de Naples, une pointe de vermillon, & un peu de jaune de Berry. On l’emploie de toutes façons.
CITRON. Nous avons dit ci-dessus que le jaune citron ou aurore, étoit la même chose, & qu’on composoit cette couleur avec plus ou moins d’orpin rouge & d’orpin jaune. Voyez au mot AURORE.
CRAMOISI, & COULEUR DE ROSE. Les mêmes ingrédiens servent à la composition de ces deux nuances du rouge. Prenez de la laque carminée, du carmin, & très-peu de blanc de céruse ; vous aurez le cramoisi. En mêlant peu de carmin, une pointe de vermillon & du blanc de plomb, on obtient le couleur de rose. Ces couleurs font belles employées à l’huile d’œillet, & détrempées à l’essence.
DORURE. Nous ne dirons rien de cette couleur, nous réservant de parler avec une certaine étendue, dans un autre article de ce Dictionnaire, de la Dorure & Argenture.
GRIS. Cette couleur est formée en quelque sorte par différentes nuances du blanc, dont les principales font l’argentin, le gris de perle, le gris de lin, & le gris ordinaire.
Le gris argentin se fait en mélangeant le beau blanc avec du bleu d’indigo & du noir de vigne en très-petite quantité.
Le gris de perle se fait avec le bleu de Prusse, le blanc & le noir d’ivoire.
On obtient le gris de lin par un mélange de céruse, de la laque, & de très-peu de bleu de Prusse qu’on broie séparément, & que l’on dose ensemble dans une proportion qu’il faut essayer.
Le gris ordinaire se compose avec du blanc & du noir de charbon.
Tous ces gris s’emploient également à l’huile & à la détrempe.
JAUNE. L’ocre de Berry, pure, donne le jaune.
L’ocre jaune peut s’employer pure à l’huile & à la détrempe.
L’ocre de rue ou de rut, ou le jaune obscur, est une terre naturelle qui se trouve dans les mines de fer. Elle acquiert une belle couleur par sa calcination.
On aura un jaune tendre en mêlant l’ocre avec le blanc de céruse, qui lui ajoute du corps. On peut employer l’un & l’autre en détrempe. S’ils font broyés à l’huile, on peut les détremper à l’huile, à l’essence ou à l’huile coupée.
L’orpin ou réalgar, est une matière très-dangereuse, dont il faut s’abstenir autant qu’il est possible.
C’est un minéral composé d’arsenic & de soufre, dont il y a deux espèces ; une naturelle, & l’autre artificielle.
L’orpin naturel doit être choisi en beaux morceaux talqueux, d’un jaune brillant & resplendissant comme l’or, se divisant facilement par écailles ou lamines minces.
L’orpin artificiel, qui est plus commun, est un mélange d’arsenic & de soufre fondus ensemble dans des creusets. Il faut choisir l’orpin artificiel d’un beau rouge.
L’un & l’autre se broient à l’huile ou à l’essence, & donnent un rouge approchant de la couleur de souci.
Le massicot, qui est une chaux de plomb, donne un blanc jaunâtre étant calciné modérement ; il devient jaune à un plus grand degré de feu, & d’un jaune doré à un feu plus soutenu. C’est donc en général une céruse plus ou moins calcinée.
Pour faire cette calcination, on concasse la céruse, on la met sur le feu dans une poêle de fer ; on la remue souvent, & quand elle prend une couleur jaune, on la retire. Il faut avoir attention de faire cette calcination en plein air ; car les vapeurs en font dangereuses & mortelles.
On broie le massicot à l’huile.
Passons à des substances moins dangereuses à manipuler.
Le jaune de Naples est, suivant plusieurs Naturalistes, une crasse, une terre ou un minéral qui s’amasse autour des mines de soufre aux environs du Mont-Vésuve ; & suivant M. Fougeroux de Bondaroy, de l’Académie des Sciences de Paris, c’est une composition connue à Naples sous le nom de Giallolino, dont un particulier a le secret. Cet académicien prétend de plus avoir découvert par ses recherches chimiques, que ce jaune se composoit avec de la céruse, de l’alun, du sel ammoniac & de l’antimoine diaphorétique. Quoi qu’il en soit, ce beau jaune s’allie très bien avec les autres couleurs & les adoucit. Il faut le broyer sur un porphyre ou sur un marbre, & le ramasser avec un couteau d’ivoire, d’autant que la pierre & l’acier le font verdir.
Le safran bâtard ou carthame, donne une couleur qui, bouillie dans l’eau, tire sur l’orange, & sert à mettre en couleur les parquets d’appartemens. Il faut choisir ce safran haut en couleurs. L’Alsace & la Provence fournissent du carthame ; mais le plus beau vient du Levant.
Le safran des Indes, aussi appelé terra merita, ou curcuma longa, est une petite racine de la figure & de la grosseur à peu près du gingembre. Cette racine est jaune en dehors & en dedans ; il faut la choisir nouvelle, odorante, compacte & pesante, & de couleur safranée. Le jaune qu’elle produit, s’emploie pour peindre les parquets.
On compose un jaune en stil-de-grain, en teignant dans une décoction de graine d’Avignon, où l’on mêle un peu d’alun commun, une espèce de craie ou marne blanche de Troyes, dont on fait des pâtes ou petits pains qu’on fait sécher.
Ce stil-de-grain se broie pour la détrempe & pour l’huile. Sa bonne qualité est d’être tendre, friable & de couleur jaune dorée. On en fait de jaunes de différentes nuances, en le mêlant avec plus ou moins de blanc. La graine d’Avignon, qui fait la base de ce stil-de-grain, provient d’un arbrisseau nommé petit noirprun, qui croît aux environs d’Avignon.
On peut faire encore des stil-de-grains, en substituant à la graine d’Avignon des infusions de gaude, qui est une plante qu’on cultive dans plusieurs provinces de France, & qui devient jaune en séchant.
On a eu de l’Orient, par la compagnie des Indes, une graine qu’on appelloit dans le commerce graine d’Ahoua, qui, employée en stil-de-grain, donne un très-beau jaune en peinture, qui se soutient mieux que l’orpin, & qui n’en a pas les inconvéniens.
Pierre de fiel. La pierre de fiel se trouve dans les amers ou fiels des bœufs, plus ou moins grosse, ronde ou ovale ; étant broyée sur le porphyre très-fine, elle fait un jaune doré très-beau. Elle s’employe à l’huile, quoique rarement ; son plus grand usage étant pour la miniature ou détrempe.
JAUNE COULEUR D’OR. Cette couleur se fait avec le plus ou le moins de blanc de céruse, le plus ou le moins de jaune de Naples & d’ocre de Berry. On peut y joindre un peu d’orpin rouge pour soutenir le ton de l’or. Cette composition s’emploie également ou à l’huile ou à la détrempe.
JONQUILLE. On compose cette couleur avec de la céruse & du stil-de-grain de Troyes.
MARRON (couleur de). Avec le rouge d’Angleterre, l’ocre de rue, & le noir d’ivoire, on obtient le marron foncé : on l’éclaircit en y mettant moins de noir & plus de rouge. Cette couleur, ainsi composée, peut être employée en détrempe ou à l’huile.
NOIR. Cette couleur est en général le résultat charbonneux des matières qu’on a brûlées, avec la précaution de ne point laisser le charbon se consumer à l’air.
Le noir d’ivoire se fait avec des morceaux d’ivoire que l’on met dans un creuset ou pot de terre bien luté avec de la terre des potiers, qu’on place dans le four où ils cuisent leur poterie. Ce charbon d’ivoire donne un très-beau noir, employé à l’huile ou au vernis.
Le noir d’os provient d’os de moutons brûlés & préparés comme les morceaux d’ivoire. Les os brûlés font fort durs, quoique dans un état charbonneux. Il faut les broyer d’abord à l’eau ; & quand la poudre est bien sèche, on la broie aisément à l’huile. Le noir provenant des os est roussâtre, mais d’un ton fort doux à la vue.
Le noir de pêche, provenant de noyaux de pêches brûlés, pilés & broyés, sert à faire les gris roussâtres ; on peut l’employer à l’eau.
Le noir de charbon ordinaire, se fait avec des morceaux de charbon bien nets & bien brûlés, qu’on fait sécher, qu’on pile dans un mortier, qu’on broie ensuite à l’eau sur un porphyre, en poudre très-fine ; on peut l’employer à l’huile. Ce noir est bon pour peindre en détrempe. Il donne un beau gris étant mélangé avec du blanc.
Le noir de vigne se tire des farmens brûlés. Il passe pour le plus beau de tous les noirs. Plus on le broie, plus il donne d’éclat. Les peintres s’en servent de préférence pour les tableaux.
Le noir de fumée est un beau noir qu’on recueille de différentes façons, de la mèche d’une lampe, d’une chandelle, d’une bougie. Celui provenant de la poix est le meilleur. Ce dernier est une suie de résine qu’on obtient en mettant tous les petits morceaux de rebut de toutes les espèces de poix dans de grands pots ou marmites de fer qu’on place dans des chambres bien fermées de toutes parts, & tendues de toile ou peaux de moutons ; on met le feu à la poix, & pendant qu’elle brûle, la fumée se condense en une suie noire qui s’attache aux toiles. On ramasse cette suie, & on la garde en poudre dans des barils ou en masse.
Le noir de fumée s’incorpore parfaitement avec l’huile, mais ne se mêle point avec l’eau pour la détrempe.
Quand on veut employer le noir de fumée, on le détrempe avec du vinaigre ou de la colle figée. Il rougit communément, & n’est pas bon dans les couleurs. On en fait principalement usage pour les fers.
Le noir d’Allemagne se fait avec de la lie de vin brûlée, lavée ensuite dans de l’eau, puis broyée dans des moulins faits exprès. Il faut le choisir léger, le moins sableux possible, luisant, doux, friable, plus lourd que le noir de fumée. Il procure un noir velouté.
On tire ce noir en poudre de Francfort, de Mayence, de Strasbourg, &c.
On fait avec l’amande qui se trouve dans la noix d’Acajou, un très-beau noir. Pour cela, on prend l’amande, on ôte la pellicule qui est dessus ; on la calcine au feu, & on l’éteint aussitôt dans un linge mouillé d’eau-de-vie ou de vinaigre.
Du reste, ce noir se prépare comme les autres couleurs, observant de broyer à plusieurs reprises & de laisser sécher chaque fois.
Composition de l’Encre dont les Anglois se servent en guise de celle de la Chine.
Prenez six onces de colle de poisson, que vous réduirez en une colle liquide, en la faisant dissoudre sur le feu dans le double de son poids d’eau de rivière ; prenez ensuite une once de suc de réglisse d’Espagne, que vous ferez également dissoudre dans une quantité d’eau pesant le double de son poids, & délayez-y une once de noir d’ivoire, le plus beau que vous pourrez trouver. Ajoutez ce mélange à la colle quand elle sera chaude, & remuez tous ces ingrédiens avec une spatule, jusqu’à ce qu’ils soient incorporés. Faites ensuite évaporer toute l’eau dans un bain marie, & versez ce qui reste de la composition dans des moules de plomb bien graissés, auxquels vous donnerez la forme que vous jugerez à propos. La couleur de cette composition est aussi bonne que celle donnée par l’encre de la Chine. La colle de poisson, mêlée avec les couleurs, s’emploie aussi bien avec le pinceau que cette dernière encre. Enfin, le suc de réglisse d’Espagne rend l’un & l’autre très-faciles à se dissoudre dans l’eau, quand on la frotte contre le fond du vase qui la contient.
Or, c’est ce que l’on ne pourroit pas faire, s’il n’y avoit que de la colle de poisson qui se mêle difficilement avec l’eau. Le suc empêche encore que cette espèce d’encre, faite à l’imitation de celle de la Chine, ne se gerce & ne se fende en se séchant.
OLIVE (couleur d’). L’olive, pour être employé en détrempe, se fait avec du jaune de Berry, de l’indigo, & du blanc de Bougival ou d’Espagne ; mais si l’on veut vernir dessus, il faut y substituer le blanc de céruse.
L’olive, pour être employé à l’huile, se fait en broyant du jaune de Berry, un peu de verd-de-gris & du noir qu’on détrempe à l’huile coupée d’essence.
Plus ou moins de verd-de-gris & de noir, donnent le ton de l’olive.
ROUGE. L’ocre rouge, le rouge brun, le rouge de Prusse, le minium, le cinabre, le vermillon, le safran bâtard, les laques, le carmin, procurent le rouge & ses nuances.
L’ocre rouge est une terre rouge plus ou moins foncée, dont on se sert pour la grosse peinture, soit en huile, soit en détrempe. L’ocre rouge, qu’on vend communément dans le commerce, a acquis cette couleur par la calcination. Il faut la choisir nette, fragile, & haute en couleur.
On tire d’Angleterre un rouge brun, ou brun rouge, qui s’emploie également en détrempe & à l’huile. Il sert comme l’ocre rouge, à peindre les carreaux d’appartemens, les charriots, &c. Etant mélangé avec le plâtre, il donne les couleurs de brique.
Le rouge de Prusse est une terre calcinée donnant un rouge qui imite le vermillon. Il est plus vif & plus beau que le brun rouge. On s’en sert pour mettre les carreaux en rouge, & les peintres en font quelquefois usage pour leurs tableaux.
Le minium est une chaux de plomb qui devient d’un rouge orangé fort vif, par une longue calcination. On peut l’employer à la détrempe & à l’huile.
Le cinabre est une matière minérale, dure, compacte, pesante, brillante, cristalline, composée de soufre & de mercure extrêmement unis, & sublimés par l’action du feu. On distingue deux fortes de cinabre, le naturel & l’artificiel.
Le cinabre naturel se trouve dans les mines de mercure ; & l’artificiel se compose en mêlant du mercure avec du soufre, & faisant sublimer ce mélange, qui s’attache au haut du vaisseau en masse dure par longues aiguilles tirant un peu sur le violet brun.
Cependant la sublimation n’est pas une condition essentielle pour la composition du cinabre ; car on en peut faire, dit M. Macquer dans son Dictionnaire de Chimie, de très-beau, par la voie humide, en appliquant, soit au mercure seul, soit aux dissolutions de mercure par les acides, mais sur-tout par l’acide nitreux, les différentes espèces de foie de soufre.
Il faut choisir le cinabre artificiel en belles pierres, fort pesantes, brillantes, à longues & belles aiguillettes, & d’une belle couleur rouge. Lorsqu’il est broyé long-temps, il se réduit en poudre fine, & donne une des plus belles couleurs rouges qu’il y ait. On l’appelle alors vermillon. Il ne faut pas confondre ce vermillon avec le vermillon d’Angleterre, qui nous vient en poudre d’un rouge moins beau, plus pâle, que M. Wattin croit n’être autre chose qu’un mélange de mine & de cinabre bien pulvérisés ensemble, plus ou moins beau suivant la dose de mine. C’est du vermillon d’Angleterre dont on se sert communément pour rougir la cire d’Espagne, pour teindre les tranches des livres, & pour peindre les trains d’équipage.
Le vermillon se détrempe facilement à l’huile, ou avec la colle quand on veut s’en servir en détrempe, & avec la gomme arabique pour la miniature.
On compose aussi des rouges avec des laques. La laque est en général une espèce de craie à laquelle on a donné une teinture. La laque fine de Venise est faite avec de la cochenille. Voyez CARMIN.
La laque rouge dont on se sert pour les décorations, est faite avec de la craie teinte de bois d’écarlate, de bois de Brésil & autres. Il faut choisir cette laque haute en couleur, nette, clairé, un peu transparente. On l’emploie bien en détrempe ; mais à l’huile, elle devient brune. Il faut avoir soin de la broyer, & prendre garde qu’elle ne soit mêlée avec de l’amidon.
La laque plate qui vient d’Italie, sert beaucoup pour les décorations. On la broie à l’eau.
LE VERD. Cette couleur se tire de différentes matières & compositions.
Le verd-de-gris ou verdet, est une rouillure de cuivre pénétrée & raréfiée par la vapeur acide du vin qui passe à l’état de vinaigre. On tire beaucoup de verdet du Languedoc, de la Provence, & autres provinces où le marc de raisin a beaucoup de force pour empreindre le cuivre de son acide.
Quand le verdet est distillé, il sert dans les verds au vernis, & fait de très-beaux verds dans son mélange avec du blanc.
Par sa dissolution dans l’eau chaude, au moyen du tartre, on en tire une teinture qui sert à enluminer & pour représenter la couleur d’eau dans le lavis coloré des plans ; mais dans cet état, il ne peut servir pour les couleurs en détrempe.
On mêle le moins qu’il est possible le verdet avec les couleurs à l’huile, parce qu’il les fait foncer quand on les vernit, & les fait jaunir quand on ne les vernit pas. Il est d’ailleurs fort dangereux à employer.
Quand on veut faire usage du verdet au vernis, il faut le broyer à l’essence, & ne le détremper que peu à peu, d’autant qu’il épaissit étant gardé. Il fait une très belle couleur étant détrempé au vernis blanc au copal, & sert très-bien pour les fonds d’équipage en verd d’eau.
On prépare le verd-de-gris distillé, en faisant dissoudre complètement la rouille du cuivre dans l’acide du vinaigre distillé, qu’on laisse évaporer & cristalliser sur des bâtons fendus, qui donnent à ces cristaux amoncelés la figure de grappe de raisin. Ces cristaux, dits de vénus, doivent être choisis bien secs, hauts en couleur, ayant un coup-d’œil velouté.
Le verd-de-vessie est le produit du fruit d’un arbrisseau qu’on nomme noirprun, ou bourg-épine. On en cueille les baies quand elles font noires & bien mûres ; on les met à la presse, on en tire le suc qui est visqueux & noir, on le fait évaporer à petit feu, sans dépurer ; on y ajoute un peu d’alun de roche, dissous dans l’eau, & de l’eau de chaux. On continue un petit feu sous cette composition, jusqu’à ce qu’elle ait pris une consistance de miel. Alors on la met dans des vessies de cochon ou de bœuf, qu’on suspend à la cheminée, ou dans tel autre endroit chaud. C’est ce qui lui a fait donner le nom de verd-de-vessie. On la laisse durcir pour la garder.
Il faut choisir le verd-de-vessie dur, compacte, assez pesant, de couleur verte. On peut l’employer en détrempe, en le laissant infuser dans l’eau ; mais il ne vaut rien à l’huile, & ne peut servir ni aux bâtimens, ni aux équipages ; on en fait usage principalement pour la peinture d’éventails, & les lavis des plans.
La terre verte. On en distingue de deux fortes ; savoir, terre verte commune, & terre verte de Véronne en Italie : la première est grasse, difficile à dissoudre dans l’eau, & qu’il faut y bien broyer pour l’employer. Elle donne un verd assez pâle.
La seconde a plus de corps que la commune ; elle devient d’un verd foncé, étant broyée à l’huile, & ne s’emploie point en détrempe. On en fait usage dans la peinture des paysages, & dans l’imitation des marbres verds.
Le verd-d’iris est une pâte ou fécule que l’on tire de la fleur bleue de l’iris. On s’en sert pour la miniature.
Le verd de montagne, ou le verd de Hongrie, est un fossile verdâtre qu’on trouve en petits grains comme du sable, dans les montagnes de Kernhausen en Hongrie. Il doit être en poudre, d’un beau verd foncé, de Saxe. Il faut le broyer pour l’employer, soit en détrempe, soit à l’huile ; ce qui doit se faire avec beaucoup de ménagement, car il a le défaut de faire foncer les couleurs.
On compose d’autres verds, pour la détrempe vernie, avec du blanc de céruse, de la cendre bleue, & du stil-de-grain de Troyes. Ces verds font aussi beaux que les verds de montagne, sans être aussi sujets.
On peut faire encore ce même verd avec de la céruse, du bleu de Prusse, & du stil-de-grain ; mais il est moins vif & plus terreux. On lui donne un ton plus vigoureux, en y ajoutant un peu de verd de montagne.
Le verd d’eau en détrempe se fait avec du blanc de céruse, broyé à l’eau, dans lequel on mêle plus ou moins de verd de montagne, aussi broyé à l’eau ; le tout détrempé à la colle de parchemin.
Quand on veut employer au vernis le verd d’eau, il faut broyer à l’essence des cristaux de vénus, & séparément du blanc de céruse. On incorpore ensuite le verd-de-gris dans la quantité nécessaire de blanc de céruse, & on détrempe toute cette composition avec un vernis à l’essence. Ce verd d’eau n’est point sujet à jaunir ; mais pour donner plus de solidité à l’ouvrage, comme sur le panneau d’une voiture à fond verd, verni-poli, il faut bien remuer & bien détremper le verd-de-gris, calciné & broyé à l’essence, avec la céruse aussi broyée à l’essence & au beau vernis au copal.
Le verd de treillages se compose en mettant une livre de verd-de-gris simple, sur deux livres de céruse qu’on broie séparément à l’huile de noix, & qu’on détrempe ensemble, également à l’huile de noix.
Il faut observer que si l’on emploie le verd de treillages à Paris, on doit augmenter la dose du blanc de céruse, & en mettre trois livres au lieu de deux, attendu la qualité de l’air de cette capitale, bien différente de celui de la campagne.
Verd de composition. Ce verd se fait avec une livre de blanc de céruse, deux onces de stil-de-grain de Troyes, & une demi-once de bleu de Prusse ; on obtient la nuance qu’on cherche par le plus ou moins de stil-de-grain de Troyes.
Quand on veut faire usage de ce verd en détrempe, on le broye à l’eau, & on le détrempe à la colle de parchemin. Si on le broye à l’huile, il faut le détremper à l’essence.
On compose le verd pour les roues d’équipages avec des cristaux de vénus & de la céruse, broyés séparément avec moitié d’huile & moitié essence, qu’on détrempe avec le vernis de Hollande.
Voici un procédé pour préparer une nouvelle couleur verte, indiqué par M. Scheele, de l’académie de Stockholm.
Dissolvez à chaud, dans un chaudron de cuivre, deux livres de vitriol bleu dans six cannes d’eau (la canne contient huit livres) ; dissolvez en même tems, dans un autre chaudron de cuivre, deux livres de potasse blanche & bien sèche, & vingt-deux loths (ou onze onces) d’arsenic blanc, pulvérisé dans deux cannes d’eau. Passez cette solution à travers un linge, versez-en peu-à-peu sur la solution de vitriol ; la couleur verte se précipitera. Décantez, & versez sur ce précipité, de l’eau bouillante en grande quantité, & à différentes reprises. Lorsqu’il sera bien édulcoré, versez le tout sur un linge bien tendu, d’où vous tirerez la couleur pour la faire sécher sur le papier joseph, à une douce chaleur. La quantité mentionnée des ingrédiens fournit une livre huit onces & demie d’une belle couleur verte.
Fiel d’anguille ou de brochet. C’est une espèce de stil-de-grain très-bon pour glacer. Il peut aussi varier les verds dans le paysage, étant mêlé avec différens bleus.
On s’en sert pour donner de la force aux couleurs sourdes.
VERMEIL ; c’est une couleur ou un liquide qui donne du reflet & du feu à l’or, & qui fait paroître l’ouvrage comme s’il étoit doré d’or moulu.
Pour faire cette couleur vermeille prenez, rocou deux onces, gomme-gutte une once, sang-dragon une demi-once, cendres gravelées deux onces, safran dix-huit grains. Faites bouillir le tout dans une pinte d’eau, à petit feu, jusqu’à ce que la liqueur soit réduite à trois demi-setiers, & clarifiez-la par le moyen d’un tamis de soie, ou d’une mousseline. Quand on veut employer cette liqueur, on y introduit un quart d’eau de gomme arabique, qui se compose avec un quarteron de gomme fondue dans une pinte d’eau.
VERMILLON. Voyez les procédés de cette couleur à l’article ROUGE.
Le VIOLET se compose avec de la lacque, du bleu de Prusse, un peu de carmin, & une très-petite quantité de blanc de plomb, à la colle ou à l’huile, comme on veut.
L’orseille donne aussi un violet à la teinture.
De quelques matières colorantes.
La sanguine ou crayon rouge est une terre rouge, ferrugineuse, qu’on trouve en abondance dans les carrières de Cappadoce.
Il y en a de plusieurs fortes ; les unes font d’une seule couleur, les autres font tachetées, quelques-unes font cendrées & graisseuses, d’autres dures & sèches.
On tire aussi d’Angleterre une espèce de sanguine, qu’on taille facilement pour en faire des crayons rouges. La bonne sanguine doit être pesante, compacte, unie & douce au toucher.
La sanguine calcinée sert à certains apprêts de la dorure.
La mine de plomb est une espèce de minéral que l’on nomme aussi crayon.
On s’en sert aussi pour dessiner. Elle doit être légère, peu dure, facile à tailler, nette, unie, de couleur noire argentée, & luisante, d’un grain fin & ferré.
Le bol d’Arménie est une terre onctueuse & argileuse, douce au toucher, fragile, de couleur jaune, & plus ordinairement rouge. On tiroit autrefois cette terre du Levant & d’Arménie, & on l’appelle encore bol oriental ou bol d’Arménie ; mais on en trouve beaucoup en France, & de très-beau, aux environs de Blois, de Saumur, dans la Bourgogne, & dans quelques carrières autour de Paris. Ce bol doit être net, doux au toucher, rouge ou jaune, luisant & s’attachant aux lèvres.
Rocou ; c’est une pâte sèche qu’on extrait par infusion ou macération des grains contenus dans la gousse d’un arbre commun dans l’Amérique, que l’on appelle urucu ou rocau. Il faut que la pâte de rocou soit sèche, haute en couleur, très-rouge, d’une odeur forte & même désagréable. On emploie cette fécule, comme nous l’avons dit dans la composition du vermeil.
Le safran est le pistil de la fleur d’une plante qu’on cultive dans plusieurs endroits de la France, fur-tout dans le Gatinois. Il faut le choisir nouveau, bien séché, mollasse, doux au toucher, en longs filets d’une belle couleur rouge, peu chargé de parties jaunes, très-odorant, d’un goût balsamique & agréable. On le conserve dans des boîtes bien fermées. Nous avons dit qu’on fait entrer aussi le safran dans la composition du vermeil.
Le brou de noix, la racine de noyer, le sumac, le santal, l’écorce d’aune ne fournissent qu’une couleur fauve qu’on appelle couleur de racine, mais qui est précieuse malgré son peu d’éclat, parce qu’elle sert de bon fonds à d’autres couleurs plus brillantes qu’on applique par-dessus, sur-tout en teinture.
L’espèce de coquillage qu’on nomme murex, & qu’on croit être la pourpre des anciens, donne un rouge assez beau.
On prétend tirer une lacque artificielle, ou une ubstance colorée des fleurs, soit en les faisant cuire à feu lent, dans une lessive convenable, soit en les faisant distiller plusieurs fois avec de l’esprit de vin. C’est de cette manière qu’on tire les couleurs de toutes fortes de plantes récentes ; savoir, le jaune de la fleur de genêt, le rouge du pavot, le bleu de l’iris ou de la violette, le verd de l’acanthe, le noir de la linterne, selon Clusius.
Cette lacque artificielle est d’un grand usage dans la peinture, sur-tout aux enlumineurs.
Voici les deux méthodes enseignées à cet égard par l’ancienne Encyclopédie : commençons par celle de la lessive.
Faites avec de la soude & de la chaux une lessive médiocrement forte ; mettez cuire, par exemple, des fleurs de genêt récentes à un feu doux, de manière que cette lessive se charge de toute la couleur des fleurs de genêt, ce que vous reconnoîtrez si les fleurs dont on a fait l’extrait sont devenues blanches, & la lessive d’un beau jaune ; vous en retirerez pour lors les fleurs, & vous mettrez la décoction dans des pots de terre vernissés pour la faire bouillir ; vous y joindrez autant d’alun de roche qu’il s’y en pourra dissoudre. Retirez ensuite la décoction, versez-la dans un pot plein d’eau claire ; la couleur jaune se précipitera au fond. Vous laisserez alors reposer l’eau, vous la décanterez & y en reverserez de nouvelle. Lorsque la couleur se sera déposée, vous décanterez encore cette eau, & vous continuerez de même jusqu’à ce que tout le sel de la lessive & l’alun aient été enlevés, parce que plus la couleur sera déchargée de sel & d’alun, plus elle sera belle. Dès que l’eau ne se chargera plus de sel, & qu’elle sortira sans changer de couleur, vous serez assuré que tout le sel & l’alun ont été emportés ; alors vous trouverez au fond du pot de la lacque pure, & d’une belle couleur.
Il faut observer entr’autres choses, dans ces opérations, que lorsqu’on a fait un peu bouillir les fleurs dans une lessive, qu’on l’a décantée, qu’on en a versé une nouvelle sur ce qui reste ; qu’après une deuxième cuisson douce, on a réitéré cette opération jusqu’à trois fois, ou plutôt tant qu’il vient de la couleur, & qu’on a précipité chaque extrait avec de l’alun ; chaque extrait ou précipitation donne une lacque ou couleur particulière, qui est utile pour les différentes nuances dont font obligés de se servir les peintres en fleurs.
On ne doit point cependant attendre cet effet de toutes les fleurs, parce qu’il y en a dont les couleurs font si tendres, qu’on est obligé d’en mettre beaucoup sur une petite quantité de lessive, tandis qu’il y en a d’autres pour qui on prend beaucoup de lessive sur peu de fleurs ; ce n’est que la pratique & l’expérience qui peuvent enseigner quel est le tempérament à garder à cet égard.
Il ne s’agit plus que de sécher la lacque qu’on a tirée des fleurs. On pourroit l’étendre sur des morceaux de linge blanc, qu’on feroit sécher à l’ombre sur des briques nouvellement cuites ; mais il vaut mieux avoir une plaque de gypse, haute de deux ou trois travers de doigts : dès qu’on voudra sécher la laque, on fera un peu chauffer le plateau de gypse, & on étendra la laque dessus : ce plateau attire promptement l’humidité. Un plateau de gypse peut servir long-tems à cet usage, pourvu qu’on le fasse sécher à chaque fois qu’on l’aura employé. Au lieu de gypse on pourroit encore se servir d’un gros morceau de craie, lisse & unie. Il n’est pas indifférent de sécher la laque vite ou lentement ; car il s’en trouve qui, en séchant trop vite, perd l’éclat de sa couleur & devient terne : il faut donc en ceci beaucoup de patience & de précaution.
Passons à la méthode de tirer la lacque artificielle par l’esprit de vin : voici cette méthode, selon Kunckel.
Je prends, dit-il, un esprit-de-vin bien rectifié & déflegmé, je le verse sur une plante ou fleur dont je veux extraire la teinture ; si la plante est trop grosse, ou sèche, je la coupe en plusieurs morceaux ; s’il s’agit de fleurs, je ne les coupe ni ne les écrase.
Aussitôt que l’esprit-de-vin s’est coloré, je le décante & j’en verse de nouveau. Si la couleur qu’il me donne cette seconde fois est semblable à la première, je les mets ensemble ; si elle est différente, je les laisse à part : j’en ôte l’esprit-de-vin par la voie de la distillation, & je n’en laisse qu’un peu dans l’alambic pour pouvoir en retirer la couleur, je la mets dans un vase ou matras, pour la faire évaporer lentement, jusqu’à ce que la couleur ait une consistance convenable ou jusqu’à ce qu’elle soit entièrement sèche ; mais il faut que le feu soit bien doux, parce que ces fortes de couleurs font fort tendres. Il y a des couleurs de fleurs qui changent & donnent une teinture toute différente de la couleur qu’elles ont ordinairement. C’est ce qui arrive sur-tout au bleu ; il faut une grande attention & un soin particulier pour tirer cette couleur : il n’y a même que l’usage & l’habitude qui apprennent la manière d’y réussir.
Finissons par deux observations ; la première, que les plantes ou fleurs donnent souvent, dans l’esprit-de-vin, une couleur différente de celle qu’elles donnent à la lessive. La seconde, que l’extraction ne doit se faire que dans un endroit frais ; car, pour peu qu’il y eût de chaleur, la couleur se gâteroit : c’est par la même raison qu’il est très-aisé, en distillant, de se tromper au degré de chaleur, & que cette méprise rend tout l’ouvrage laid & disgracieux ; un peu trop de chaleur noircit les couleurs des végétaux. Le lapis lui-même perd sa couleur à un feu trop violent.
Couleurs tirées des soies.
Un habile artiste italien, nommé Joseph Cattrani, a imaginé de peindre avec de la soie. Il porphyrise les soies de toutes sortes de couleurs, & il incorpore cette poudre avec de la gomme, pour l’appliquer sur la toile.
Le bistre.
Le bistre est une couleur brune & un peu jaunâtre, dont les dessinateurs se servent pour faire le lavis ; on s’en sert encore pour peindre en miniature.
Pour faire le bistre, on prend de la suie de cheminée minée ; on la broye avec de l’urine d’enfant, sur l’écaille de mer, jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement affinée ; on l’ôte de dessus la pierre, pour la mettre dans un vaisseau de verre à large encolure, & on remue la matière avec une spatule de bois, après avoir rempli le vaisseau d’eau claire ; on la laisse ensuite reposer pendant une demi-heure ; le plus gros tombe au fond du vaisseau, & l’on verse doucement la liqueur par inclinaison dans un autre vaisseau ; ce qui reste au fond est le bistre le plus grossier que l’on jette ; on fait de même de ce qui est dans le second vaisseau : on remet la liqueur dans un troisième, & on en retire le bistre le plus fin, après l’avoir laissé reposer pendant trois ou quatre jours. On doit procéder de la même manière pour faire toutes les couleurs dont on doit se servir en lavis, afin d’avoir des couleurs qui ne fassent point corps sur le papier ; ce qui feroit un mauvais effet à l’œil ; car la propreté que demande le dessin, ne souffre que les couleurs transparentes.
On prépare encore le bistre, en faisant bouillir la suie de cheminée cinq ou six gros bouillons, avec de l’eau à discrétion, dans un chaudron exposé sur un grand feu ; on la remue de temps en temps avec un petit bâton. Au reste, on s’en sert comme ci-dessus.
Liquides employés pour broyer & détremper les couleurs.
L’eau, la colle, les huiles, l’essence de térébenthine, & quelques vernis sont les liquides employés pour broyer & détremper les couleurs.
De l’eau.
L’eau doit être pure, légère, douce, & de rivière par préférence aux eaux de puits ou de source, qui sont presque toujours trop crues, & chargées de sélénite qui, en se précipitant, nuiroit aux couleurs. On se sert de l’eau pour broyer les substances colorantes, pour les laver, pour les dégager des parties grossières & hétérogènes, pour les clarifier & les disposer même à être broyées à l’huile.
De la colle.
La colle est employée 1°. comme un mordant pour appliquer & fixer une couleur ; alors on compose la colle, forte ou foible, selon le sujet ; on la fait chauffer ou tiédir seulement, & jamais bouillir, parce que, si on l’employoit bouillante, elle terniroit les couleurs.
2°. On employe la colle comme corps intermédiaire, on l’applique sur un fond pour empêcher qu’une substance trop liquide n’y pénétre ; alors on la choisit claire, légère, limpide, & on la couche à froid.
Les principales colles font celles de gants, de parchemin, de brochette, de Flandres.
Nous ne prétendons pas entrer ici dans les détails de l’art de faire les colles, qui trouvera sa place dans la seconde division de ce Dictionnaire ; mais d’après M. Watin, que nous consultons toujours dans tout ce qui est relatif aux couleurs & aux vernis, nous devons parler aussi des colles qui servent à broyer & à détremper.
La colle de gants se fait avec les rognures de peau blanche de moutons, qu’on laisse macérer & se dissoudre dans l’eau bouillante pendant trois ou quatre heures, ensuite couler à travers un tamis ou linge clair, dans un vase propre. Cette colle, étant refroidie, a la consistance d’une gelée de confitures. On s’en sert principalement pour les détrempes de couleurs qu’on ne veut pas vernir.
Colle de parchemin ; pour faire cette colle, jettez une livre de rognures de parchemin non écrit, dans fix pintes d’eau bouillante, laissez-les se macérer & se fondre pendant quatre heures à bouillons, qui réduisent l’eau à moitié. On passe la liqueur par un linge ; quand elle est refroidie, cette colle prend la consistance d’une gelée. On l’employe pour les détrempes qu’on veut vernir, & sur les ouvrages qu’on veut dorer.
Colle de brochette ; elle se fait avec un gros parchemin que les tanneurs tirent des peaux préparées & écaries. Elle se prépare de la même manière que celles ci-dessus ; mais elle n’est bonne que pour les gros ouvrages.
Colle de Flandres ; elle se fait avec des rognures de peaux de mouton ou d’autres peaux d’animaux. Elle doit être blonde & transparente. On l’employe pour fixer les couleurs destinées aux carreaux d’appartemens, & pour les décorations.
On rend ces colles plus ou moins légères, suivant la quantité d’eau qu’on y ajointe, quand on veut s’en servir.
De l’huile.
Un autre liquide employé pour détremper les couleurs, est l’huile. Il y en a de plusieurs fortes ; l’huile de lin, l’huile de noix, l’huile d’œillet, &c.
L’huile de lin se tire par expression des graines de la plante de ce nom. Il faut la choisir claire, fine, ambrée, très-amère au goût ; la meilleure, dit-on, nous vient de Hollande ; on en tire aussi de Flandres. Si l’on veut blanchir cette huile, on la met dans une cuvette de plomb, exposée pendant un été au soleil, & on y jette du blanc de céruse & du talc calciné. C’est l’huile de lin qui est le plus en usage, parce qu’elle est la plus facile à se dégraisser, qu’elle est la plus siccative & la moins chère.
On se sert aussi de l’huile de noix, qu’on obtient par une seconde expression des noix. Cette huile est naturellement plus blanche que celle de lin, mais n’est pas aussi dessicative. On l’employe de préférence pour broyer & détremper les couleurs claires, telles que le blanc, le gris, & autres teintes brillantes, qui se ternissent peu-à-peu à l’huile de lin. Il faut choisir l’huile de noix blanche, & sentant bien son fruit au goût & à l’odorat.
L’huile d’œillet provient par expression de la semence du pavot noir, pilé. Sa bonne qualité est d’être claire, & sans odeur. Cette huile est la plus blanche de toutes : on l’employe principalement pour broyer & détremper le blanc de plomb.
L’huile d’olive a trop d’onctuosité, elle ternit les couleurs, les dorures & les vernis.
L’huile d’aspic est inférieure à celle de lin, & sujette à être falsifiée avec l’essence de térébenthine.
De l’essence.
Un liquide très-commun, qui sert à détremper les couleurs, c’est l’essence, l’huile, ou l’esprit qu’on obtient de la térébenthine, par distillation.
L’essence de térébenthine doit être très-claire, d’une odeur pénétrante, & désagréable. Si l’on veut connoître qu’elle est bonne, il faut broyer du blanc de céruse à l’huile, & le détremper ensuite dans l’essence ; si une demi-heure après, l’essence surnage, elle est d’une bonne qualité ; si, au contraire, elle s’incorpore avec le blanc, & le rend plus épais, c’est la preuve qu’elle n’est point assez rectifiée.
L’essence de térébenthine sert à détremper les couleurs broyées à l’huile, lorsqu’on doit vernir par-dessus ; elle étend mieux les couleurs, & les prépare à recevoir le vernis.
Vernis à détremper.
Il y a aussi des vernis qui servent à broyer & à détremper les couleurs.
1°. Vernis à l’esprit-de-vin. Dans une pinte d’esprit-de-vin mettez deux onces de mastic en larmes, & deux onces de sandaraque ; quand ces vernis font fondus, ajoutez-y un quarteron de térébenthine de Venise, faites bouillir le tout quelques bouillons, & passez à travers un linge.
Il faut avoir soin que les couleurs soient bien broyées ; on les détrempe ensuite avec ce vernis, à fur & à mesure qu’on en a besoin, d’autant qu’elles séchent très-promptement.
2°. Vernis blanc à l’essence. Mettez quatre onces de mastic en larmes & une demi-livre de térébenthine dans une pinte d’essence ; faites fondre le tout, & passez.
Ce vernis est gras, il a de l’odeur ; il est moins prompt à sécher que celui à l’esprit-de-vin, mais il s’employe plus aisément, & a plus de qualité.
Il faut broyer les couleurs à l’huile, & on les détrempe peu-à-peu avec ce vernis.
3°. Vernis de Hollande. Ce vernis, qu’on tiroit autrefois de Hollande, est composé d’une pinte d’essence, dans laquelle on fait fondre une demi-livre de térébenthine-poix, & autant de galipot, qu’on passe ensuite par un linge fin.
On emploie principalement ce vernis à détremper le verd-de-gris.
C’est avec l’un ou l’autre de ces liquides que les substances qui donnent les couleurs doivent être broyées sur un porphyre, un marbre ou autre pierre dure : quand les matières font broyées à l’eau, il faut les détremper à la colle de parchemin.
Si on veut les détremper dans le vernis à l’esprit-de-vin, on doit les bien broyer, & n’en prendre que la quantité qu’on peut employer sur le champ, parce que les couleurs ainsi préparées séchent très-promptement.
Les couleurs broyées à l’huile peuvent s’employer à l’huile pure, mais mieux à l’huile coupée d’essence, & même avec l’essence pure de térébenthine. Les couleurs en font plus solides, mais plus longues à sécher.
Les couleurs broyées à l’essence, & détrempées au vernis, ont plus de brillant, mais sèchent promptement, font difficiles à manier, & sujettes à s’épaissir, sur-tout quand on en détrempe trop à la fois.
On a essayé aussi de détremper les couleurs au savon, au lait, à la cire, ou à l’encaustique.
On a bientôt abandonné l’eau de savon & le lait, comme ne donnant aucun avantage, & sujets à une mauvaise odeur. L’encaustique s’est soutenue quelque temps, parce que le célèbre comte de Caylus l’a fait valoir comme une découverte d’un procédé des anciens. L’encaustique se compose, en faisant fondre ensemble une demi-once de sel de tartre, quatre onces de cire-vierge, la plus blanche, dans une pinte d’eau ; mais on en est revenu à l’huile & à l’essence pour détremper les couleurs, ces liquides étant infiniment préférables pour les procédés de la peinture.
Machine à broyer les couleurs.
M. Bachelier, peintre de MONSIEUR, Frère du Roi, a imaginé une machine approuvée par un certificat de l’Académie royale des Sciences, du 22 août 1765. Cette machine a le double avantage de broyer les couleurs, & de garantir les ouvriers du danger de respirer les poudres du verd-de-gris, de la céruse, &c. lorsqu’il faut pulvériser & tamiser les ingrédiens des couleurs. On sait que ces matières font en général si pernicieuses, que ceux qui les préparent en font souvent les victimes. Cette machine consiste principalement en une roue hermétiquement enveloppée d’une peau dans laquelle on met les couleurs, telles qu’elles font au sortir de la tonne. En tournant cette roue, les couleurs se pulvérisent, & passent dans un tamis, d’où elles tombent dans un réservoir qui contient la quantité d’huile qu’il faut pour les amalgamer.
Un autre avantage de cette mécanique, c’est qu’un seul homme broie jusqu’à cent vingt livres de couleurs par jour, & très-également ; tandis que sur la pierre, il n’en peut faire au plus que quarante livres, & encore très-imparfaitement, puisqu’il est obligé à chaque instant de ramasser les couleurs avec le couteau sur la molette, & que d’ailleurs il n’a pas vers le soir la même force qu’il avoit le matin.
Des glacis.
On entend par glacis l’effet que produit une couleur transparente, qu’on applique sur une autre couleur qui est sèche. Le glacis sert donc à procurer aux couleurs de dessous un ton plus brillant & plus léger ; il unit les teintes, & donne de l’harmonie à toutes les nuances ; il accorde tous les tons de la peinture.
On glace avec les couleurs transparentes, telles que les laques, les stils-de-grain, &c.
La terre d’ombre & la terre de Cologne peuvent servir à glacer les bruns, & à leur donner plus de force & de ton.
Le blanc de plomb s’emploie en glacis dans les parties claires auxquelles on veut arrêter des coups de lumière, ou donner des jours vifs & éclatans.
Il faut, pour la beauté des glacis, que le dessous soit peint fortement, avec des couleurs qui aient beaucoup de corps, & qui soient couchées uniment.
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VOCABULAIRE de l’Art de préparer les Couleurs & Vernis.
ABREUVER ; c’est mettre sur un fond de pierre, de bois, de toile, ou d’autre matière poreuse, une couche ou d’encollage, ou de couleur, ou de vernis, pour en boucher les pores & le rendre uni.
ADOUCIR ; c’est donner à une surface de l’égalité & de la douceur.
AHOUA (graine d’) ; c’est une graine qui vient de l’Orient, & qui s’emploie en stil-de-grain comme l’orpin.
ACIER (couleur d’) ; on l’emploie pour les ferrures.
AMBRE, KARABÉ OU SUCCIN ; c’est une matière bitumineuse.
APPRÊTER DE BLANC ; c’est mettre sur un fond plusieurs couches de blanc.
ARCANÇON ; c’est une térébenthine.
ARDOISE (couleur d’) ; couleur imitant celle de l’ardoise.
AVENTURINE ; on imite le brillant de cette couleur avec du clinquant haché, & saupoudré sur un mordant.
AVIGNON (graine d’) ; c’est une graine qui vient d’un arbrisseau nommé noirprun, ou nerprun aux environs d’Avignon, & dont on fait un stil-de-grain.
AURORE ; nuance du jaune.
AZUR ; couleur bleue.
BADIGEON ; couleur composée en partie de la sciure même de pierre qu’elle doit imiter.
BISTRE ; couleur brune & un peu jaunâtre, dont les dessinateurs se servent pour faire le lavis.
BLAIREAUX A VERNIR ; ce sont des pinceaux de poils de blaireaux, faits en forme de patte-d’oie.
BLANC ; couleur dont on fait différentes nuances, & diverses préparations.
BLEU ; on distingue diverses fortes de bleu.
BOIS (couleur de) ; on imite la nuance que l’on veut avec de l’ochre, de la terre d’ombre, du jaune & du blanc.
BOL D’ARMÉNIE ; terre argileuse de couleur rouge ou jaune.
BROSSES ; fortes de pinceaux faits ou de soie de sanglier, ou de soie de sanglier mêlée de celle de porc.
BROYER ; c’est réduire les matières des couleurs en poudre très-fine, dans des liquides, tels que l’eau, la colle, les huiles, l’essence, le vernis.
BRUN ; couleur d’une nuance foncée.
BRUNIR ; c’est polir & lier fortement avec la dent de loup, ou la pierre à brunir.
CARMIN ; couleur d’un beau rouge qu’on tire de la cochenille.
CARTHAME OU SAFRAN BATARD ; plante qui fournit une couleur orangée.
CENDRE GRAVELÉE ; sel alkali provenant de la lie de vin, séchée & calcinée.
CÉRUSE ; blanc de plomb broyé avec de la craie ou marne.
CHAMOIS ; nuance de la couleur jaune.
CHIPOLIN ; nom donné à la détrempe vernie-polie. Ce nom vient de l’italien cipolla, qui veut dire ciboule, parce qu’on faisoit entrer, dans la préparation de cette détrempe, du jus d’ail ou de ciboule.
CINABRE ; matière minérale, d’un rouge foncé.
CITRON ; nuance du jaune.
COAGULER ; c’est épaissir en consistance de gêlée.
COLLE ; espèce de pâte faite de peaux, & qui fert de mordant.
COLOPOHNE ; c’est une térébenthine.
COPAL ; résine jaune & transparente.
COUCHER LES COULEURS ; c’est les mettre l’une fur l’autre à plusieurs reprises.
COUPEROSE OU VITRIOL ; sel minéral qu’on tire par lotion, filtration, évaporation & cristallisation des pyrites. Il y en a de trois fortes, de blanc, de verd, de bleu.
COUTEAU A COULEURS ; c’est une lame plate, flexible, également unie de chaque côté, & arrondie par une de ses extrémités.
CRAMOISI ; nuance de la couleur rouge.
DÉCANTER ; c’est verser par inclinaison une liqueur, pour la séparer du dépôt qu’elle a formé.
DÉGRAISSER ; c’est rendre au blanc ou à un fond sa première propreté.
DÉTREMPE ; ce terme se dit des couleurs broyées à l’eau, & détrempées à la colle.
DÉTREMPER ; c’est mettre un liquide en état de s’étendre sous le pinceau.
EAU SECONDE ; liqueur corrosive composée, soit avec l’esprit de nitre, soit avec la potasse & de la cendre gravelée.
EGRAINER, c’est enlever légèrement les grains de dessus la surface d’un ouvrage.
ENCOLLAGE BLANC ; c’est une couche de colle très-chaude que l’on met en tapant également & régulièrement sur les moulures & sculptures, & sur les parties où l’on veut étendre les blancs d’apprêts.
ENCOLLER ; c’est étendre une couche de colle.
FÈCES OU LIE ; c’est ce que certaines liqueurs déposent par le repos.
FOND ; c’est la même chose que champ, ou ce qui fert de base aux premières couleurs.
FONDS SABLES ; fonds sur lesquels on a passé un sable fin, qui y est retenu entre deux couches de blancs encollés, ou de vernis.
GLACER ; c’est mettre une couleur qui a peu de corps, ou une teinture transparente, qui laisse appercevoir le fond sur lequel elle est couchée.
GLACIS ; c’est l’effet que produit une couleur transparente, sur une autre qui est déja sèche. Les glacis servent à l’union des teintes, & à l’harmonie des différens tons.
GRIS ; couleur formée par différentes nuances du blanc.
GROS BLANC ; c’est un mastic fait de blanc & de colle.
HACHER ; c’est donner de l’effet aux différens objets qu’on veut ombrer.
HUILE GRASSE OU SICCATIVE ; c’est l’huile de lin qui se prépare avec de la litharge, de la céruse calcinée, de la terre d’ombre aussi calcinée, & du talc pour la dégraisser.
IMPRESSION ; ce mot désigne un enduit de blanc de céruse, broyé & détrempé à l’huile, qu’on étend fur le sujet qu’on veut peindre.
INCORPORER ; se dit d’une ou de plusieurs substances réduites en poudre, qu’on mêle ensemble par le moyen d’un véhicule convenable.
JAUNE ; couleur dont il y a différentes nuances qui prennent des noms différens.
JAUNIR ; c’est mettre une teinture jaune sur un ouvrage apprêté de blanc, lorsqu’on veut ensuite le dorer.
JONQUILLE ; couleur qui est une nuance du jaune.
KARABÉ ; matière bitumineuse.
LACQUE ; c’est en général une espèce de craie à laquelle on a donné une teinture.
LA LACQUE FINE DE VENISE ; est faite avec de la cochenille.
LA LACQUE ROUGE ; est faite avec de la craie teinte de bois d’écarlate, de bois de Brésil ou autres.
LA LACQUE PLATE ; est une résine d’un rouge brun.
LACQUES DE LA CHINE ET DU JAPON ; noms donnés à des arabesques couchés à plat, couverts d’or, & remarquables par la beauté du vernis, & la finesse des ouvrages. Les anciens lacques de ces pays font recherchés.
LACQUE ARTIFICIELLE ; substance colorée des fleurs, extraite par une lessive ou une distillation.
LESSIVE ; eau corrosive, dans laquelle on a fait entrer, soit de l’acide, soit de l’alkali.
LESSIVER ; c’est nettoyer, décrasser & laver avec une eau seconde ou mordicante.
LUSTRER LE VERNIS ; c’est décrasser un vernis avec de la poudre d’amidon ou du blanc d’Espagne, en frottant avec la paume de la main, & essuyant avec un linge.
MARRON ; couleur qui est une nuance du brun.
MASTIC ; résine qui découle des grosses branches du lentisque.
MASSICOT ; c’est une chaux de plomb colorante.
MINE DE PLOMB ; espèce de mineral d’une couleur noir argentée, dont on fait des crayons.
MINIUM ; chaux de plomb qui donne un rouge fort vif.
MONTER ; c’est nettoyer ou séparer quelque matière nuisible à un mixte.
MORDANT ; c’est une liqueur visqueuse & siccative, qui fert à happer les substances qu’on y joint.
MUREX ; petit coquillage qui donne un beau rouge.
NOIR ; couleur qui se compose ou avec de la fumée épaisse, ou avec du charbon de bois, d’ivoire, d’os, &c.
NOIR DE CERF ; c’est ce qui reste dans la cornue, après que l’on a tiré de la corne de cerf l’esprit, le sel volatil & l’huile. Ce résidu se broie avec de l’eau, & fait une sorte de noir qui est presque aussi bon & aussi beau que celui d’ivoire, & dont les peintres peuvent très-bien faire usage.
OCHRES ; les terres de ce nom sont en général des terres mélangées, grasses, pesantes, qui ont de la faveur, & une couleur rouge dont l’intensité s’augmente par l’action du feu.
OLIVE ; couleur composée, qui se fait avec du jaune, du verd-de-gris & du noir, ou avec du jaune, du bleu, de l’indigo & du blanc.
OR ; couleur qui se compose avec du blanc, du jaune, de l’ochre & de l’orpin rouge.
ORPIN OU REALGAR naturel ou artificiel.
L’orpin naturel est un arsenic jaune & en écaille, mélangé de soufre.
L’artificiel est un mélange d’arsenic & de soufre qu’on fond ensemble dans les creusets, & qui fournit un beau rouge.
PEINTURE D’IMPRESSION ; c’est l’art du peintre doreur & vernisseur pour les bâtimens, les équipages, les boiseries, &c.
PIERRE A BROYER ; c’est un porphyre, un granit, ou l’écaille de mer, ou telle autre pierre d’un grain très-dur, très-serré & très-uni.
PIERRE A BRUNIR ; c’est une pierre sanguine, ou un caillou dur & transparent, qu’on affute & polit sur une meule ou dent de loup, & qu’ensuite on emmanche dans une virole de cuivre, qui a un manche de bois.
PIERRE PONCE ; pierre légère & poreuse, qui semble avoir été calcinée par des feux souterrains.
POLIR LE VERNIS ; c’est lui donner une surface lise, nette & douce, en le frottant avec un morceau de drap blanc imbibé d’huile, & imprégné de poudre de tripoli ou de pierre ponce.
PONCE DE CHAUX ; c’est de la chaux éteinte à l’air, & passée dans un linge, qu’on met dans un cornet.
PONCER ; c’est promener la pierre ponce fur une surface pour la polir & l’adoucir.
POTASSE ; c’est de la cendre de bois calcinés, & arrosée avec de la lessive commune.
PRÊLER ; c’est frotter avec un paquet de prêle, les surfaces qu’on veut polir & adoucir.
RAFRAICHIR OU RAVIVER UNE COULEUR OU UN VERNIS ; c’est leur rendre leur premier éclat & leur pureté, par le moyen d’une eau de lessive faite avec de la potasse & les cendres gravelées.
RAMENDER ; c’est réparer les cassures ou gerçures des vernis, ou des feuilles d’or dans les ornemens.
RECTIFIER ; c’est distiller de nouveau une liqueur, pour la rendre plus pure.
RÉHAUSSER ; c’est donner plus de clair aux jours, & plus d’obscurité aux ombres.
RÉPARER ; c’est rendre à la sculpture ses traits délicats, qui font masqués par les blancs d’apprêts.
ROCOU ; pâte de grains de rocou qui est rouge.
ROSE ; nuance de la couleur rouge.
ROUGE ; couleur principale, dont on distingue plusieurs nuances, telles que le rouge brun, le rouge de Prusse, le rouge écarlate, &c.
SAFRAN ; pistil du safran qui donne une couleur jaune.
Safran Bâtard OU CARTHAME ; plante dont on tire une couleur jaune.
SAFRAN DES INDES ; plante qui fournit une couleur jaune.
SANDARAQUE ; c’est une résine diaphane de couleur blanche, tirant fur le citron, qui découle des incisions qu’on fait au genevrier.
SANG-DRAGON, résine sèche, friable, d’une couleur rouge comme du sang, tirée par incision d’un arbre appellé draco-arbor.
SANGUINE ; terre rouge ferrugineuse, dont on fait des crayons rouges.
SPATULE ; instrument, soit de bois, soit de métal, soit de verre, plus ou moins long, large & applati par un bout ; il fert à remuer les compositions.
STIL-DE-GRAIN ; on donne ce nom en général à des pâtes composées, & particulièrement à des jaunes faits avec de la graine d’Avignon, de l’alun, de la craie, de la gaude, & autres infusions.
TAPPER ; c’est frapper plusieurs petits coups de la brosse, pour faire entrer la couleur dans les creux.
TEINTE DURE ; elle se fait en broyant très-fin à l’huile grasse pure, du blanc de céruse, & en le détrempant avec l’essence.
TERRE ; il y a différentes terres colorantes, comme la terre de Cologne, la terre d’Italie, la terre d’ombre.
TRIPOLI ; pierre légère, blanche, tirant un peu fur le rouge, dont la poudre fert pour polir.
VERD ; couleur principale, dont il y a différentes nuances.
VERD-DE-GRIS, VERDET ; c’est la rouille du cuivre, qui donne une belle couleur verte, étant pénétrée & raréfiée par la vapeur acide du vin.
VERD-DE-VESSIE ; cette couleur verte se tire du suc des baies du nerprun ; on prépare ce suc & on le conserve dans une vessie de cochon ou de bœuf.
VERD D’IRIS ; espèce de pâte ou de fécule verte, que l’on tire de la fleur bleue de l’iris.
VERD DE MONTAGNE OU VERD DE HONGRIE ; c’est un minéral ou fossile verdâtre, qu’on trouve en petits grains comme du sable dans les montagnes de Kernhausen en Hongrie.
VERD D’EAU ; nuance du verd, qui se fait avec de la céruse, de la cendre bleue, & du stil-de-grain de Troyes.
VERMEIL ; c’est une composition de sang-dragon, de rocou, de gomme-gutte, de safran & de cendres gravelées, qu’on fait bouillir & réduire en consistance de liqueur ; elle fert à donner du reflet & du feu à l’or.
VERMILLON ; belle couleur rouge, provenant du cinabre.
VERNIS ; c’est un fluide clair, limpide, susceptible de se durcir sans perdre sa transparence, & propre à donner de l’éclat aux objets qu’il couvre & qu’il conserve. Il y a des vernis à l’esprit-de-vin, à l’huile, à l’essence.
VIOLET ; couleur qui se compose avec de la lacque, du bleu de Prusse, un peu de carmin & un peu de blanc de plomb.
