Panckoucke – Lacombe 1785/IV
Charles-Joseph Panckoucke – Jacques Lacombe (edd.), Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques IV, Paris [Charles-Joseph Panckoucke – Clément Plomteux] 1785.
MAÇONNERIE. (Art de la)
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pp. 284–285
Du sable.
Le sable, du latin sabulum, est une matière qui diffère des pierres & des caillous ; c’est une espèce de gravier de différente grosseur, âpre, raboteux & sonore. Il est encore diaphane ou opaque, selon ses différentes qualités, les sels dont il est formé, & les différens terrains où il se trouve.
Il y en a de quatre espèces ; celui de terrain ou de cave, celui de rivière, celui de ravin, & celui de mer.
Le sable de cave est ainsi appelé, parce qu’il se tire de la fouille des terres, lorsque l’on construit des fondations de bâtimens. Sa couleur est d’un brun noir. Jean Martin, dans sa traduction de Vitruve, l’appelle sable de fosse. Philibert de Lorme l’appelle sable de terrain. Perrault n’a point voulu lui donner ce nom, de peur qu’on ne l’eût confondu avec terreux, qui est le plus mauvais dont on puisse jamais se servir. Les ouvriers l’appellent sable de cave, qui est l’arena di cava des Italiens. Ce sable est très-bon lorsqu’il a été séché quelque temps à l’air. Vitruve prétend qu’il est meilleur pour les enduits & crépis des murailles & des plafonds, lorsqu’on l’emploie nouvellement tiré de la terre ; car si on le garde, le soleil & la lune l’altèrent, la pluie le dissout, & le convertit en terre. Il ajoute encore qu’il vaut beaucoup mieux pour la maçonnerie que pour les enduits, parce qu’il est si gras & sèche si promptement, que le mortier se gerce ; c’est pourquoi, dit Palladio, on l’emploie préférablement dans les murs & les voûtes continues.
Ce sable se divise en deux espèces ; l’une que l’on nomme sable mâle, & l’autre sable femelle. Le premier est d’une couleur foncée & égale dans son même lit ; l’autre est plus pâle & inégale. Le sable de rivière est jaune, rouge ou blanc, & se tire du fond des rivières ou des fleuves, avec des dragues faites pour cet usage ; ce qu’on appelle draguer. Celui qui est près du rivage est plus aisé à tirer, mais n’est pas le meilleur, étant sujet à être mêlé & couvert de vase ; espèce de limon qui s’attache dessus dans le temps des grandes eaux & des débordemens. Alberti & Scamozzi prétendent qu’il est très-bon lorsqu’on a ôté cette superficie, qui n’est qu’une croûte de mauvaise terre.
Ce sable est le plus estimé pour faire de bon mortier, ayant été battu par l’eau, & se trouvant par-là dégagé de toutes les parties terrestres dont il tire son origine : il est facile de comprendre que plus il est graveleux, pourvu qu’il ne le soit pas trop, plus il est propre, par ses cavités & la vertu de la chaux, à s’agraffer dans la pierre, ou au moellon à qui le mortier sert de liaison. Mais si, au contraire, on ne choisit pas un sable dépouillé de toutes ses parties terreuses, qu’il soit plus doux & plus humide, il est capable par-là de diminuer & d’émousser les esprits de la chaux, & empêcher le mortier fait de ce sable de s’incorporer aux pierres qu’il doit unir ensemble, & rendre indissolubles.
Le sable de rivière est un gravier, qui, selon Scamozzi & Alberti, n’a que le dessus de bon, le dessous étant des petits cailloux trop gros pour pouvoir s’incorporer avec la chaux & faire une bonne liaison. Cependant on ne laisse pas de s’en servir dans la construction des fondemens, gros murs, &c. après avoir été passé à la claie.
Le sable de mer est une espèce de sablon fin, que l’on prend sur les bords de la mer & aux environs, & qui n’est pas si bon que les autres.
Ce sable joint à la chaux, dit Vitruve, est très-long à sécher. Les murs qui en sont faits ne peuvent pas soutenir un grand poids, à moins qu’on ne les bâtisse à différentes reprises. Il ne peut encore servir pour les enduits & crépis, parce qu’il suinte toujours par le sel qui se dissout, & qui fait tout fondre. Alberti prétend qu’au pays de Salerne, le sable du rivage de la mer est aussi bon que celui de cave, pourvu qu’il ne soit point pris du côté du midi.
On trouve encore, dit M. Bélidor, une espèce de sablon excellent dans les marais, qui se connoît lorsqu’en marchant dessus, on s’apperçoit qu’il en sort de l’eau ; ce qui lui a fait donner le nom de sable bouillant.
En général, le meilleur sable est celui qui est net & point terreux ; ce qui se connoît de plusieurs manières. La première, lorsqu’en le frottant dans les mains, on sent une rudesse qui fait du bruit, & qu’il n’en reste aucune partie terreuse dans les doigts. La seconde, lorsqu’après en avoir jeté un peu dans un vase plein d’eau claire & l’avoir brouillé, si l’eau en est peu troublée, c’est une marque de sa bonté.
On le connoît encore, lorsqu’après en avoir étendu sur de l’étoffe blanche ou sur du linge, on s’apperçoit qu’après l’avoir secoué, il ne reste aucune partie terreuse, attachée dessus.
p. 285
Du ciment.
Le ciment n’est autre chose, dit Vitruve, que de la brique ou de la tuile concassée ; mais cette dernière est plus dure & préférable. A son défaut, on se sert de la première, qui, étant moins cuite, plus tendre & moins terreuse, est beaucoup moins capable de résister au fardeau.
Le ciment ayant retenu après sa cuisson la causticité des sels de la glaise, dont il tire son origine, est bien plus propre à faire de bon mortier que le sable. Sa dureté le rend aussi capable de résister aux plus grands fardeaux, ayant reçu différentes formes par sa pulvérisation.
La multiplicité de ses angles fait qu’il peut mieux s’encastrer dans les inégalités des pierres qu’il doit lier, étant joint avec la chaux dont il soutient l’action par ses sels, & qui, l’ayant environné, lui communique les siens ; de façon que les uns & les autres s’animant par leur onctuosité mutuelle, s’insinuent dans les pores de la pierre, & s’y incorporent si intimement qu’ils coopèrent de concert à recueillir, & à exciter les sels des différens minéraux auxquels ils sont joints : de manière qu’un mortier fait de l’un & de l’autre, est capable, même dans l’eau, de rendre la construction immuable.
pp. 285–286
De la pozzolane, & des différentes poudres qui servent
aux mêmes usages.
La pozzolane, qui tire son nom de la ville de Pouzzoles, en Italie, si fameuse par ses grottes & ses eaux minérales, se trouve dans le territoire de cette ville, au pays de Bayes, & aux environs du Mont-Vésuve ; c’est une espèce de poudre rougeâtre, admirable par sa vertu.
Lorsqu’on la mêle avec la chaux, elle joint si fortement les pierres ensemble, fait corps, & s’endurcit tellement au fond même de la mer, qu’il est impossible de les désunir.
Ceux qui en ont cherché la raison, dit Vitruve, ont remarqué que dans ces montagnes & dans tous ces environs, il s’y trouve une quantité de fontaines bouillantes, qu’on a cru ne pouvoir venir que d’un feu souterrain, de soufre, de bitume & d’alun, & que la vapeur de ce feu traversant les veines de la terre, la rend non-seulement plus légère, mais encore lui donne une aridité capable d’attirer l’humidité.
C’est pourquoi lorsque l’on joint, par le moyen de l’eau, ces trois choses qui sont engendrées par le feu, elles s’endurcissent si promptement & font un corps si ferme, que rien ne peut le rompre ni dissoudre.
La comparaison qu’en donne M. Bélidor, est que la tuile étant une composition de terre, qui n’a de vertu pour agir avec la chaux, qu’après sa cuisson & après avoir été concassée & réduite en poudre : de même aussi la terre bitumineuse qui se trouve aux environs de Naples, étant brûlée par les feux souterrains, les petites parties qui en résultent & que l’on peut considérer comme une cendre, composent la poudre de pozzolane, qui doit par conséquent participer des propriétés du ciment. D’ailleurs, la nature du terrain & les effets du feu, peuvent y avoir aussi beaucoup de part.
Vitruve remarque que, dans la Toscane & sur le territoire du Mont-Apennin, il n’y a presque point de sable de cave ; qu’en Achaïe, vers la mer Adriatique, il ne s’en trouve point du tout ; & qu’en Asie au-delà de la mer, on n’en a jamais entendu parler. De sorte que, dans les lieux où il y a des fontaines bouillantes, il est très-rare qu’il ne s’y fasse de cette poudre, d’une manière ou d’une autre ; car dans les endroits où il n’y a que des montagnes & des rochers, le feu ne laisse pas que de les pénétrer, d’en consumer le plus tendre, & de n’y laisser que l’âpreté.
C’est pour cette raison que la terre brûlée aux environs de Naples, se change en cette poudre.
Celle de Toscane se change en une autre à peu près semblable, que Vitruve appelle carbunculus ; & l’une & l’autre sont excellentes pour la maçonnerie ; mais la première est préférée pour les ouvrages qui se font dans l’eau ; & l’autre plus tendre que le tuf, & plus dure que le sable ordinaire, est réservée pour les édifices hors de l’eau.
On voit aux environs de Cologne, & près du bas-Rhin, en Allemagne, une espèce de poudre grise, que l’on nomme terrasse de Hollande, faite d’une terre qui se cuit comme le plâtre, que l’on écrase & que l’on réduit en poudre avec des meules de moulin.
Il est assez rare qu’elle soit pure & point falsifiée ; mais quand on en peut avoir, elle est excellente pour les ouvrages qui sont dans l’eau, résiste également à l’humidité, à la sécheresse, & à toutes les rigueurs des différentes saisons : elle unit si fortement les pierres ensemble, qu’on l’emploie en France & aux Pays-Bas, pour la construction des édifices aquatiques, au défaut de pozzolane, par la difficulté que l’on a d’en avoir à juste prix.
On se sert encore dans le même pays, au lieu de terrasse de Hollande, d’une poudre nommée cendrée de Tournay, que l’on trouve aux environs de cette ville.
Cette poudre n’est autre chose qu’un composé de petites parcelles d’une pierre bleue & très-dure, qui tombe lorsqu’on la fait cuire, & qui fait d’excellente chaux.
Ces petites parcelles, en tombant sous la grille du fourneau, se mêlent avec la cendre du charbon de terre, & ce mélange compose la cendrée de Tournay, que les marchands débitent telle qu’elle sort du fourneau.
On fait assez souvent usage d’une poudre artificielle, que l’on nomme ciment de fontainier ou ciment perpétuel, composé de pots & de vases de grès cassés & pilés, de morceaux de mâchefer, provenant du charbon de terre brûlé dans les forges, aussi réduit en poudre, mêlé d’une pareille quantité de ciment, de pierre de meule de moulin & de chaux, dont on compose un mortier excellent, qui résiste parfaitement dans l’eau.
On amasse encore quelquefois des cailloux ou galets, que l’on trouve dans les campagnes ou sur le bord des rivières, que l’on fait rougir, & que l’on réduit ensuite en poudre ; ce qui fait une espèce de terrasse de Hollande, très-bonne pour la construction.
p. 286
Du Mortier.
Le mortier est une composition de chaux, de sable, &c. mêlés avec de l’eau, qui sert à lier les pierres dans les bâtimens.
Les anciens avoient une espèce de mortier si dur & si liant, que, malgré le temps qu’il y a que les bâtimens qui nous restent d’eux durent, il est impossible de séparer les pierres du mortier de certains d’entre eux ; il y a cependant des personnes qui attribuent cette force excessive au temps qui s’est écoulé depuis qu’ils sont construits, & à l’influence de quelques propriétés de l’air qui durcit en effet certains corps d’une manière surprenante.
On dit que les anciens se servoient, pour faire leur chaux, des pierres les plus dures, & même de fragmens de marbre.
Delorme observe que le meilleur mortier est celui fait de pozzolane au lieu de sable, ajoutant qu’il pénètre même les pierres à feu, & que de noires il les rend blanches.
M. Worledge nous dit que le sable fin fait du mortier foible, & que le sable plus rond fait de meilleur mortier : il ordonne donc de laver le sable avant que de le mêler ; il ajoute que l’eau salée affoiblit beaucoup le mortier.
Wolf remarque que le sable doit être sec & pointu, de façon qu’il pique les mains lorsqu’on s’en frotte ; & qu’il ne faut pas cependant qu’il soit terreux, de façon à rendre l’eau sale lorsqu’on l’y lave.
Nous apprenons de Vitruve que le sable fossile sèche plus vite que celui des rivières, d’où il conclut que le premier est plus propre pour les dedans des bâtimens, & le dernier pour les dehors : il ajoute que le sable fossile, exposé long-temps à l’air, devient terreux. Palladio avertit que le sable le plus mauvais est le blanc, & qu’il faut en attribuer la raison à son manque d’aspérités.
La proportion de la chaux & du sable varie beaucoup dans notre mortier ordinaire. Vitruve prescrit trois parties de sable fossile & deux de rivière contre une de chaux ; mais il me paroît qu’il met trop de sable. A Londres & aux environs, la proportion du sable à la chaux vive est de 36 à 25 ; dans d’autres endroits, on met parties égales des deux.
pp. 286–287
Manière de mêler le mortier.
Les anciens maçons, selon Félibien, étoient si attentifs à cet article, qu’ils employoient constamment pendant un long espace de temps dix hommes à chaque bassin, ce qui rendoit le mortier d’une dureté si prodigieuse, que Vitruve nous dit que les morceaux de plâtre qui tomboient des anciens bâtimens, servoient à faire des tables. Félibien ajoute que les anciens maçons prescrivoient à leurs manœuvres, comme une maxime, de le délayer à la sueur de leurs sourcils, voulant dire par-là de le mêler long-temps, au lieu de le noyer d’eau pour avoir plus tôt fait.
Outre le mortier ordinaire dont on se sert pour lier des pierres, des briques, &c. il y a encore d’autres espèces de mortiers, comme :
Le mortier blanc dont on se sert pour plâtrer les murs & les plafonds, & qui est composé de poil de bœuf mêlé avec de la chaux & de l’eau sans sable.
Le mortier dont on se sert pour faire les aqueducs, les citernes, &c. est très-ferme & dure long-temps. On le fait de chaux & de graisse de cochon, qu’on mêle quelquefois avec du jus de figues, ou d’autres fois avec de la poix liquide : après qu’on l’a appliqué, on le lave avec de l’huile de lin.
Le mortier pour les fourneaux se fait d’argille rouge, qu’on mêle avec de l’eau où on a fait tremper de la fiente de cheval & de la suie de cheminée.
On se plaint journellement du peu de solidité des bâtimens modernes ; cette plainte paroît très-bien fondée, & il est certain que ce défaut vient du peu de soin que l’on apporte à faire un mortier durable, tandis que les anciens ne négligeoient rien pour sa solidité.
D’abord, la bonté du mortier dépend de la qualité de la chaux que l’on y emploie ; plus la pierre à chaux que l’on a calcinée est dure & compacte, plus la chaux qui en résulte est bonne. Les Romains sentoient cette vérité, puisque, lorsqu’il s’agissoit de bâtir de grands édifices, ils n’employoient pour l’ordinaire que de la chaux de marbre.
La bonté du mortier dépend encore de la qualité du sable que l’on mêle avec la chaux ; un sable fin paroît devoir s’incorporer beaucoup mieux avec la chaux qu’un sable grossier ou un gravier, vu que les pierres qui composent ce dernier doivent nuire à la liaison intime du mortier.
Enfin, il paroît que le peu de solidité du mortier des modernes, vient du peu de soin que l’on prend pour le gâcher ; ce qui fait que le sable ne se mêle qu’imparfaitement à la chaux.
M. Shaw, célèbre voyageur anglois, observe que les habitans de Tunis & des côtes de Barbarie, bâtissent de nos jours avec la même solidité que les Carthaginois. Le mortier qu’ils emploient est composé d’une partie de sable, de deux parties de cendres de bois, & de trois parties de chaux.
On passe ces trois substances au tamis, on les mêle bien exactement, on les humecte avec de l’eau, & on gâche ce mélange pendant trois jours & trois nuits consécutives, sans interruption, pour que le tout s’incorpore parfaitement ; &, pendant ce temps, on humecte alternativement le mélange avec de l’eau & avec de l’huile : on continue à remuer le tout jusqu’à ce qu’il devienne parfaitement homogène & compacte. Voyez Ciment ou mortier à bâtir, tome I de ce Dictionn. des Arts, pag. 668.
pp. 287–288
Du Plâtre.
Le plâtre vient d’une pierre qui a une propriété très-avantageuse dans les bâtimens. Cette pierre étant cuite, se suffit à elle-même ; &, avec un peu d’eau, s’endurcit & fait corps sans aucun secours.
La principale vertu qu’il acquiert par le feu, est non-seulement de se lier lui-même, mais aussi de lier ensemble tous les corps qu’il approche, & de s’unir intimement à eux en très-peu de temps. La promptitude de son action le rend si essentiel & si nécessaire, qu’on ne peut trouver de matière plus utile, & qu’on ne peut, pour ainsi dire, s’en passer ni le remplacer dans la construction.
La pierre propre à faire le plâtre se trouve, comme les autres, dans le sein de la terre, se calcine au feu, blanchit & se réduit en poudre après sa cuisson.
Il en est de trois fortes ; la première, d’un jaune luisant, transparente & feuilletée, est parfaite ; étant cuite, elle devient très-blanche ; & employée, le plâtre en est si fin, beau & luisant, qu’on le réserve pour les figures & ornemens de sculpture, ainsi que pour les modèles. La deuxième, blanche & remplie de veines transparentes & luisantes, est très-bonne. La troisième, plus grise, est préférée par les Chaufourniers, comme moins dure à cuire.
Il y a des provinces où elle est très-rare, & d’autres où elle est très-commune. Les carrières de Montmartre, de Belleville, de Charonne, de Meudon, de Châtillon, d’Anet sur Marne, & autres lieux qui en fournissent à Paris & dans les environs, sont très-abondantes.
La manière de faire cuire la pierre à plâtre, consiste à lui communiquer une chaleur capable de la dessécher peu à peu, & de faire évaporer l’humidité qu’elle renferme.
Pour y parvenir, il faut arranger les pierres dans le fourneau, & en former plusieurs voûtes, assez près les unes des autres pour contenir autant de foyers ; approcher près d’elles d’abord les plus grosses, ensuite les moyennes, & enfin les petites, jusqu’à une certaine élévation ; en sorte que la chaleur ait toujours une action égale & proportionnée à leur volume.
Il faut faire attention que le plâtre soit assez cuit, & point trop ; car, d’un côté il n’a pas pris assez de qualité, & est aride & sans liaison ; & de l’autre il a perdu ce que les ouvriers appellent l’amour du plâtre.
On le connoît aisément à son onctuosité, & lorsqu’en le maniant on y sent une espèce de graisse qui s’attache aux doigts, la seule qualité qui le fasse prendre, durcir promptement, & faire bonne liaison.
Le plâtre, une fois cuit, doit être pulvérisé & employé aussitôt ; sans quoi le soleil l’échauffe & le fait fermenter, l’humidité en diminue la force, l’air en dissipe les esprits, & il devient mou & sans onction ; ce qu’on appelle éventé.
Lorsqu’on ne peut l’employer sur le champ, comme dans les pays où il est fort cher, on le conserve encore long-temps dans des tonneaux bien fermés, placés dans des lieux secs & à l’abri des ardeurs du soleil.
Si, pour quelques ouvrages de conséquence, on avoit besoin de plâtre de la meilleure qualité possible & parfaitement cuit, il faudroit pour lors choisir dans le fourneau le meilleur & le mieux cuit, & le mettre à part avant que les chaufourniers aient mêlé & confondu le tout ensemble, suivant leur coutume.
Le plâtre se vend 11 à 12 livres le muid, contenant vingt-sept pieds cubes en trente-six sacs, rendu sur l’atelier.
Pour employer le plâtre, on le délaie, ce qu’on appelle gâcher, avec de l’eau seulement à peu près par égale portion, plus ou moins cependant, suivant les occasions.
On met dans l’auge d’abord la quantité d’eau nécessaire, ensuite le plâtre par pellée, l’étendant peu à peu & promptement jusqu’à ce qu’il joigne la superficie de l’eau ; ensuite on le remue avec la truelle & on le broie parfaitement, jusqu’à ce qu’il soit humecté par-tout également. Lorsque les ouvrages exigent une certaine solidité, & que le plâtre prend promptement, on y met peu d’eau, ce qu’on appelle gâcher serré ; on l’emploie alors par truellée, le jetant à poignée sur les murs & y passant la truelle par dessus.
Lorsque ces ouvrages exigent des précautions & que pour cela le plâtre prend lentement, on met un peu d’eau, ce qu’on appelle gâcher clair ; on l’emploie aussi par truellée & poignée : alors, étant long à s’endurcir, il laisse le temps de faire l’ouvrage suivant les sujétions nécessaires.
Lorsque les parties ont de l’étendue, comme les enduits & crépis, on met encore plus d’eau, ce qu’on appelle gâcher liquide ; on l’emploie par aspersion avec le balai de bouleau & à diverses reprises : le plâtre étant pour lors très-long à prendre, donne le temps de l’étendre avec la truelle sur de grandes surfaces.
Enfin, lorsque ce sont des cavités où l’on ne peut introduire le plâtre à la main, on y met beaucoup d’eau, ce qu’on appelle plâtre coulé ou coulis de plâtre ; on l’emploie en effet en le coulant comme l’eau dans les cavités, jusqu’à ce qu’elles soient remplies.
Il faut aussi éviter, comme au mortier, de l’employer en hiver & pendant les gelées. L’eau qui a servi à le gâcher, se glace, affoiblit ses sels, & lui ôte toute l’onction & la vertu qu’il avoit de s’endurcir & de lier les murs ensemble ; en sorte qu’ils ne sont aucunement solides & ne peuvent être de longue durée.
p. 288
Qualités du Plâtre.
On appelle plâtre cru, la pierre qui sert à faire le plâtre, lorsqu’elle n’a pas encore été cuite. On l’emploie quelquefois comme moellons, mais alors c’est un moellon de mauvaise qualité.
Plâtre cuit, celui qui sort du four & est encore en pierre.
Plâtre battu, celui qui a été écrasé sous la batte, pilé & réduit en poudre.
Plâtre blanc, celui qui a été rablé & dont on a extrait tout le charbon qui pouvoit le noircir, précaution nécessaire pour les ouvrages qui exigent de la propreté.
Plâtre gris, celui qui n’a pas été rablé, étant destiné aux ouvrages de maçonnerie de peu de conséquence.
Plâtre gras, celui qui, étant cuit, est doux, onctueux, & facile à employer.
Plâtre vert, celui qui, n’ayant pas été assez cuit, se dissout en l’employant, se gerce, tombe & fait une mauvaise construction.
Plâtre humide, celui qui, ayant été exposé à la pluie ou à l’humidité, a perdu la plus grande partie de ses sels.
Plâtre éventé, celui qui, ayant été trop long-temps exposé à l’air après avoir été pulvérisé, a de la peine à prendre & à s’endurcir.
Façons du Plâtre.
On appelle gros plâtre, celui qui a été concassé grossièrement, & que l’on destine pour les gros murs de moellons ou les hourdages de cloisons.
Plâtre au panier, celui qui, après avoir été passé à travers un panier à claire-voie, est à demi-fin.
Plâtre au sas, celui qui a été passé à travers un tamis clair & fin.
Emploi du Plâtre.
On appelle plâtre gâché serré, celui qui est le moins abreuvé d’eau pour les parties qui ont besoin de solidité.
Plâtre gâché clair, celui qui est un peu plus abreuvé d’eau pour les corniches, cimaises, &c.
Plâtre gâché liquide, celui qui est abreuvé de beaucoup d’eau pour les enduits & crépis.
Plâtre coulé ou coulis de plâtre, celui de tous qui est le plus abreuvé d’eau pour couler dans les cavités où l’on ne peut en introduire d’autre.
Voyez l’art du Plâtrier, tome I, page 448.
p. 288
Du Blanc en bourre.
Dans le pays où le plâtre est rare, on fait les enduits avec une espèce de mortier composé de lait de chaux & de sable fin le plus blanc possible, mêlé de bourre ou poil de bœuf, qui lui donne liaison, ce qu’on appelle communément blanc en bourre.
Ce mortier, appliqué, comme le plâtre, sur les murs, corniches & saillies d’architecture, n’est pas si dur, mais, bien mis en œuvre, ne laisse pas que d’avoir une certaine solidité, & est bien moins sujet à se fendre & se gercer.
pp. 288–290
De la Chaux.
La chaux est une pierre cuite & calcinée au four, qui, détrempée avec de l’eau, s’échauffe, se dissout, & devient liquide. Cette pierre, étant seule, n’a aucune action ; mais, réunie avec d’autres agens, a la vertu de lier les pierres ensemble, au point de faire un corps solide, & avec le temps, impénétrable à quoi que ce soit.
Si l’on pile, dit Vitruve, des pierres crues, on ne peut rien en faire ; mais si on les fait cuire, on chasse les parties dures & humides qu’elles renferment, elles deviennent poreuses, & en les plongeant dans l’eau, elles se transforment en une pâte liquide qui fait la base du mortier.
La meilleure chaux est blanche, grasse, sonore, & sur-tout point éventée : en l’humectant, elle rend une fumée abondante, & lorsqu’elle est détrempée, elle s’unit fortement au rabot.
On en reconnoît encore la bonté après la cuisson, lorsqu’après l’avoir bien broyée avec de l’eau, ons’apperçoit qu’elle devient gluante comme la colle.
Toutes les pierres sur lesquelles l’eau-forte agit & bouillonne, sont propres à faire de la chaux. Celles qui sont tirées nouvellement des carrières humides & à l’ombre, sont très-bonnes. Les plus dures & les plus pesantes sont les meilleures, le marbre même est préférable. Les coquilles d’huître sont aussi très-bonnes ; mais celle qui, dit Vitruve, est faite de cailloux qu’on trouve sur les montagnes, dans les rivières, les torrens, les ravins, est parfaite.
Il y a dans les montagnes de Padoue, dit Palladio, une espèce de pierre écaillée, dont la chaux est excellente pour les ouvrages aquatiques & hors de terre, parce qu’elle prend vite & s’endurcit promptement.
Vitruve nous assure que celle que l’on fait avec des pierres dures & spongieuses, est bonne pour les enduits & crépis; que les pierres poreuses font la chaux tendre, les pierres échauffées font la chaux fragile, les pierres humides font la chaux tenace, & les pierres terreuses font la chaux dure : celle qui est faite avec la pierre de marne, quoique des plus tendres, est néanmoins fort bonne.
Philibert Delorme conseille de faire la chaux avec les mêmes pierres dont on bâtit, parce qu’étant homogènes, dit-il, leurs liaisons se font mieux.
On fait cuire la chaux avec du bois ou du charbon de terre. Ce dernier, plus ardent, a beaucoup plus d’action, cuit plus promptement, & la chaux en est plus grasse &plus onctueuse.
Les fours à chaux sont ordinairement situés & construits au pied & dans l’épaisseur des terrasses. On les fait de différentes formes, mais le plus souvent circulaires, d’environ neuf à dix pieds de diamètre, & de la forme d’un oeuf, dont la pointe faisant le sommet, est ouverte pour donner issue à la fumée. On y arrange la pierre à cuire, d’abord en voûte, pour contenir le bois, observant de placer près du foyer les plus grosses, les premières ; ensuite les moyennes ; & après, les petites.
On élève ainsi jusqu’au sommet ; on bouche l’ouverture, & on met le feu, que l’on entretient pendant trente ou trente-six heures que doit durer la cuisson : les fours où l’on emploie le charbon de terre, & même quelques-uns de ceux où l’on emploie le bois, ont leurs foyers percés & évidés par dessous, couverts d’une grille de fer, pour donner de l’air & souffler le feu.
La pierre étant cuite, on la laisse refroidir pour la transporter aux ateliers.
La chaux se vend à Paris 48 à 50 livres le muid de quarante-huit pieds cubes, rendue aux ateliers.
Manière d’éteindre la Chaux.
La qualité de la pierre & sa cuisson contribuent beaucoup à la bonté de la chaux ; mais la manière de l’éteindre peut la lui faire perdre entièrement, si l’on ne prend toutes les précautions nécessaires.
Anciennement on éteignoit la chaux dans les bassins creusés en terre. Après y avoir déposé les pierres cuites, on les couvroit de deux pieds d’épaisseur de sable ; on les arrosoit d’eau, & on les entretenoit abreuvées de manière que la chaux se dissolvoit sans se brûler. S’il se faisoit des ouvertures, on avoit soin de les remplir de nouveau sable, afin que la chaleur demeurât concentrée. Une fois éteinte, on la laissoit deux ou trois ans sans l’employer : cette matière, après ce temps, se convertissoit en une masse semblable à la glaise, mais très-blanche, grasse & glutineuse, au point qu’on n’en pouvoit tirer le rabot qu’avec beaucoup de peine ; ce qui faisoit un mortier d’un excellent usage.
La manière actuelle d’éteindre la chaux, est de la déposer dans un bassin plat d’environ deux pieds de profondeur, rempli d’eau, & de l’y remuer à force de bras & de rabot, jusqu’à ce qu’elle soit bien délayée.
Il faut observer plusieurs choses essentielles : 1°. que le bassin d’extinction ait une ou deux rigoles, communiquant à un ou deux bassins de provision au dessous, & creusés en terre d’environ six, huit ou dix pieds de profondeur, destinés à recevoir la chaux à mesure qu’elle est éteinte ; 2°. que le fond du bassin d’extinction soit plus bas de quelques pouces que celui de la rigole, afin que les corps étrangers s’y déposant, ne puissent couler dans le bassin de provision ; 3°. de faire beaucoup d’attention à la quantité d’eau nécessaire : trop la noie & diminue sa force ; trop peu la brûle, dissout ses parties, & la réduit en cendres.
Toutes les eaux ne sont pas propres à éteindre la chaux.
L’eau bourbeuse & croupie est fort mauvaise, étant composée d’une infinité de corps étrangers, capables d’en diminuer la force.
L’eau de la mer, suivant quelques-uns, n’est pas bonne ou l’est très-peu, parce qu’étant salée, le mortier fait de cette chaux est difficile à sécher ; suivant d’autres, elle fait de bon mortier lorsque la chaux est forte & grasse : on l’emploie aussi avec succès à Dieppe & presque dans tous les ports de France.
L’on trouve assez souvent au fond du bassin, des parties dures & pierreuses, qu’on appelle biscuits : ce sont des pierres mal cuites, qu’il faut mettre à part, & dont le marchand doit tenir compte.
La chaux une fois éteinte, on la laisse refroidir quelques jours, après lesquels on peut l’employer. Quelques- uns prétendent que c’est-là le temps de la mettre en oeuvre, parce que ses sels n’ayant pas eu encore le temps de s’évaporer, elle en est par conséquent meilleure.
Cependant, si l’on juge à propos de la conserver, il faut la couvrir d’un pied ou dix-huit pouces d’épaisseur de bon sable ; alors elle peut se garder trois ou quatre ans sans perdre de sa qualité.
Vitruve & Palladio prétendent que la chaux gardée long-temps dans le bassin, est infiniment meilleure ; & leur raison est que, s’il se trouve des pierres moins cuites ou moins éteintes, elles ont eu le temps de s’éteindre & de se détremper comme les autres, à l’exception néanmoins de celle de Padoue, ajoute ce dernier, qui, lorsqu’elle est gardée, se brûle & se réduit en poussière.
Celle qui est faite avec la marne de Senonches au Perche, durcit fort promptement, même dans le bassin, lorsqu’elle y séjourne quelque temps : le mortier en est excellent pour les ouvrages aquatiques.
Ilya, à Metz & aux environs, de la pierre dure, avec laquelle on fait une excellente chaux qui ne se coule point, & dont le mortier devient si dur, que les meilleurs outils ne peuvent l’entamer : aussi en fait-on des voûtes, sans aucun autre mélange que de gros gravier de rivière.
Des ouvriers, qui n’en connoissoient point la qualité, s’avisèrent de l’éteindre dans des bassins qu’ils couvrirent de sable pour la conserver ; l’année suivante, elle se trouva si dure, qu’ils furent obligés de la rompre à force de coins, & de l’employer comme moellon.
On éteint cette chaux, dit Bélidor, en l’abreuvant d’eau à diverses reprises, après l’avoir couverte de tout le sable qui doit en composer le mortier.
Melun, Corbeil, Senlis, Boulogne & quelques autres, sont les lieux qui fournissent de la chaux à Paris ; Meudon, Chanville, la Chaussée & les environs de Marli, sont ceux qui fournissent la meilleure, la plus grasse & la plus onctueuse.
Si l’abondance ou la qualité des sels que contiennent certaines pierres, les rendent plus propres que d’autres à faire de bonne chaux, on peut employer des moyens d’en faire d’excellente dans des pays où elle a peu de qualité. Il est nécessaire pour lors que les bassins soient pavés & revêtus de maçonnerie bien enduite dans leur circonférence, afin qu’ils ne puissent perdre aucune partie de l’eau qui sert à l’extinction de la chaux.
On l’éteint & on la coule comme à l’ordinaire ; ensuite on broie bien le tout à force de rabot pendant une heure ou deux, & on la laisse rasseoir à son aise. Le lendemain la matière calcaire se trouve déposée au fond du bassin, & la surface est couverte d’une grande quantité d’eau verdâtre, qui contient la plus grande partie des sels dont elle étoit chargée : on recueille cette eau dans des vases ou tonneaux, pour servir à l’extinction d’une nouvelle chaux qui devient par conséquent meilleure, étant composée d’une plus grande abondance de sels.
Cette opération se renouvelle plusieurs fois, jusqu’à ce que la chaux ait acquis la qualité suffisante pour être bonne & onctueuse. Les parties calcaires, demeurées au fond des bassins, ne sont pas tant dépourvues de sels, qu’elles ne puissent encore être employées dans les gros massifs ou autres ouvrages de peu d’importance.
Façons de la Chaux.
On appelle chaux-vive, celle qui bouillonne dans le bassin d’extinction.
Chaux éteinte, celle qui a été détrempée, & que l’on conserve dans les bassins de provision.
Chaux fusée, celle dont les esprits se sont évaporés, pour avoir été trop long-temps exposée à l’air ou à l’humidité avant que d’être éteinte,
Chaux en lait ou lait de chaux, celle qui a étè délayée avec beaucoup d’eau, assez ressemblante à du lait, propre à blanchir les murs & plafonds.
Chaux maigre, celle qui, n’étant point onctueuse, contient peu de sels, & ne foisonne point.
Chaux grasse, celle qui forme une pâte onctueuse, & qui contient beaucoup de sels.
Chaux âpre, celle qui contient une grande quantité de sels, comme celles des environs de Metz & de Lyon. Voyez l’art du Chaufournier, tome 1 de ce Dictionnaire des Arts, pag. 450.
pp. 302–304
Des légers Ouvrages.
Tous les ouvrages en plâtre, qui ne sont point gros murs ou massifs, sont réputés légers ouvrages, & se paient ordinairement 10 liv. & 10 liv. 10 sols la toise superficielle.
Les uns hourdés, s’appliquent aux cloisons, planchers, escaliers & poteries. Les autres enduits, s’appliquent aux plafonds, corniches, saillies, & aux surfaces de murs, portes & croisées.
Les cloisons se sont en charpente ou en menuiserie.
Les premières de six, sept ou huit pouces d’épaisseur, sont de deux sortes. Les unes à bois recouverts, hourdées, pleines & enduites, ou bien creuses & enduites, sont formées de poteaux, décharges & tourpisses, espacées des quatre à la latte ; c’est-à-dire, de façon qu’une latte, fixée à environ quatre pieds de longueur, puisse embrasser quatre poteaux assemblés dans la sablière du haut qui porte les solives du plancher, & dans la sablière du bas posée sur un parpin de pierre dure, de deux pouces d’épaisseur plus que la cloison élevée sur la maçonnerie des murs.
Les deux sablières arrêtées avec les autres parties de charpente, de liens, étriers, tirans & ancres de fer contournés suivant les places, on attache sur les poteaux & tourpisses des lattes en liaison de chaque côté, éloignées entre elles de cinq à six pouces, qu’on appelle à claire-voie, & l’on garnit l’intervalle en pierraille, plâtras & gros plâtre gâché, ce qu’on appelle hourdage ; & sur les lattes, on applique une première couche de plâtre gâché passé au panier, ce qu’on appelle crépis ; & ensuite une deuxième couche passée au sas ou tamis, ce qu’on appelle enduit.
Cette dernière est gâchée très-claire, & s’applique avec un balai de bouleau plongé à diverses reprises dans le plâtre liquide, & sur lequel on passe la truelle, pour l’unir à mesure qu’il devient dur ; & lorsqu’il commence à l’être, on passe le riflard çà & là en tout sens ; d’abord par le côté brételé, & ensuite par l’autre, pour en dresser la surface.
Lorsqu’on fait les cloisons creuses, on attache les lattes tout près les unes des autres, ce qu’on appelle à lattes jointives, laissant vide l’intervalle des bois, & l’on applique dessus les crépis & enduits en plâtre, comme à la précédente.
Les premières ont l’avantage d’assourdir les pièces & d’empêcher la voix d’en traverser l’épaisseur, ce que n’ont point les autres, à travers lesquelles les maîtres sont entendus des domestiques.
La deuxième sorte de cloison à bois apparens, est aussi composée de poteaux assemblés dans la sablière du haut & dans celle du bas, ayant chacun & de chaque côté des rainures, entre lesquelles on fixe des petits ais hachés & garnis de clous ainsi que les poteaux, & l’on remplit l’intervalle de plâtras & de plâtre, qui s’accrochent dans les hachures & clous.
Lorsque le garni a pris une certaine consistance, on le couvre de deux couches de plâtre semblables aux précédentes, jusqu’à la surface des bois qu’on laisse apparens.
Les cloisons en menuiserie de trois à quatre pouces d’épaisseur, sont, comme les précédentes, pleines ou creuses ; mais au lieu de poteaux, on les fait en planches de bois de bateau ou de moindre valeur, fixées haut & bas dans des coulisses à rainures, attachées sur les plafonds & planchers. On les couvre, comme les autres, de lattes à claire-voie ou jointives, & ensuite de crépis & enduits en plâtre.
Les planchers sont en général de trois fortes. La première, suivant l’ancienne méthode, est composée de poutres sur lesquelles sont posées des solives simples, solives d’enchevêtrure, & chevêtres portés sur les murs, lattés par dessus à lattes jointives & recouvertes d’une aire de plâtre, pour être par la suite carrelé ou parqueté, & le dessus des entrevoux plafonné, c’est-à-dire, recouvert d’un enduit de plâtre.
A ces planchers l’on réserve des intervalles vides, que l’on remplit de plâtras & plâtre soutenus de chevêtres de fer, sur une partie desquels on pratique des foyers au besoin ; la sûreté publique & les lois exigeant qu’ils soient éloignés des bois & autres matières combustibles.
Lorsque les planchers n’ont point de foyers ou qu’ils ne sont pas placés où on les désire, on est obligé pour lors de les poser sur les poutres & solives, ce qu’on ne peut faire sûrement & suivant la loi, qu’en les élevant au dessus du carreau avec un rang de briques d’épaisseur.
Il arrive aussi quelquefois qu’on hourde ces planchers comme les cloisons & de la même manière, pour en intercepter le bruit, sur-tout lorsqu’on a dessein de les plafonner.
La deuxième espèce, suivant la nouvelle méthode, est composée seulement de solives plus fortes, méplates & posées de champ. On y joint, comme aux autres, des solives d’enchevêtrure & chevêtres, pour former des foyers & des linçoirs, afin d’éviter que quelques solives ne portent sur les vides ou parties foibles.
Ces derniers, qui n’ont point de poutres, sont bien plus agréables à la vue ; & les plafonds, qui ne sont point interrompus, sont plus susceptibles de peintures & de sculptures.
Lorsque les pièces sont très-vastes ou que l’on veut économiser les petits bois, on est obligé d’employer les poutres : alors on les noie dans l’épaisseur des planchers, en les faisant doubles ; la partie supérieure avec des bois forts pour porter le carreau ou parquet, & la partie inférieure avec des bois foibles pour porter le plafond.
On les compose, comme les autres, de solives, solives d’enchevêtrures, chevêtres & linçoirs où il en faut, toutes pièces au niveau des poutres, & portées sur des lambourdes fixées solidement sur les poutres & les murs.
Le plancher inférieur est composé des mêmes pièces assemblées à tenons & mortaises dans les poutres & à fleur par dessous, sur lesquelles on applique le latis & le plafond, pour en égaliser l’épaisseur.
On distribue les dimensions en conséquence, les solives supérieures à neuf pouces, les lambourdes à quatre pouces, & les solives inférieures à cinq pouces, faisant ensemble dix-huit pouces, hauteur des poutres : ou autrement, les solives supérieures à dix pouces, les lambourdes à cinq pouces, & les solives inférieures à six pouces, faisant vingt-un pouces, hauteur des poutres.
Les escaliers sont composés de rampes & de paliers hourdés, lattés & enduits par dessous comme les cloisons & planchers.
Les poteries pour les chaises d’aisance, sont composées de plusieurs pots fournis par les potiers de terre, emboîtés les uns dans les autres, garnis de plâtras & plâtre & enduits par dessus, quelques-uns doubles pour les sièges à mi-hauteur, & ventouses pour l’évaporation continuelle du mauvais air.
Les enduits de portes & croisées, se font avec plâtre passé au sas. On fait les feuillures & les arêtes avec des règles, & les intervalles sont remplis de pareil plâtre mis avec la truelle & passé au riflard.
Les cheminées sont prises dans l’épaisseur des murs, ou adossées.
Les unes occupent moins de place, & leurs tuyaux n’interrompent point la continuité des murs dans les pièces ; aussi ces murs, affamés par les vides qu’ils laissent, & conséquemment moins solides, exigent des parties de chaînes en pierre, pour leur conserver une liaison & de quoi supporter le poids des planchers.
Les autres plus désagréables à la vue, laissent aux murs toute leur solidité ; ce qui est indispensable pour les murs mitoyens, qui, suivant la loi, doivent être conservés entiers.
Ces cheminées sont composées de manteaux, de tuyaux ou souches de plusieurs tuyaux ensemble, de têtes, & quelquefois de faux tuyaux lorsqu’elles sont dévoyées.
Les manteaux sont faits de deux petits murs, de cinq à six pouces d’épaisseur, construits en plâtras & plâtre ou en briques liaisonnées, & couverts d’une tablette de même construction, soutenue intérieurement d’une barre de fer pliée d’équerre, qu’on appelle aussi manteau.
Les tuyaux sont faits de deux petits murs latéraux & d’un autre de face, appelés languettes, de trois pouces d’épaisseur en plâtre pigeonné, mis à la main, liées intérieurement de santons de fer, & mieux en briques liaisonnées, pour prévenir les accidens du feu.
Pour donner de la solidité à ces tuyaux & économiser les languettes, on les adosse & on les groupe, ce qui forme ce qu’on entend par souche. On les surmonte de têtes terminées de plinthes, mîtres, & quelquefois de tuiles posées debout triangulairement, pour faciliter l’évaporation de la fumée.
Les faux tuyaux, posés sur les manteaux faits seulement pour la représentation & pour supporter le parquet des glaces, sont aussi faits à languettes de plâtre pigeonné, ou en briques liaisonnées, dont l’intervalle fermé est inutile.
Les corniches servant, à l’extérieur, de couronnement à l’édifice, & dans l’intérieur, de bordures aux plafonds, ainsi que les chambranles, moulures & saillies, se font le long de deux règles, fixées, l’une sur le mur & l’autre sur le plafond, avec un calibre découpé des moulures, dont la corniche doit être composée, montée & arrêtée sur son châssis ou sabot.
Pour les fabriquer, on applique le plâtre liquide sur les saillies, & l’on traîne dessus & à diverses reprises le calibre, l’appuyant ferme sur les règles, & remettant de nouveau plâtre à mesure, jusqu’à ce que la corniche soit entièrement pleine, réservant pour faire à la main & au ciseau, les parties angulaires & courbes qui ne peuvent se traîner au calibre.
Les refends se font avec des règles de la forme du creux des refends, dont on remplit l’intérieur de plâtre au sas jusqu’à fleur.
Il faut observer de donner à ces règles, de la dépouille, c’est-à-dire, de les faire plus étroites par dessous, afin qu’elles puissent aisément se détacher & en quelque sorte se dépouiller du plâtre & les refends faits à-plomb les uns des autres, on en remplit les intervalles d’enduits.
Les archivoltes, corniches & chambranles ceintrés pour le couronnement des niches ou autres ornemens se font autour d’un centre avec un rayon de bois fixé au centre, sur lequel on applique un calibre que l’on traîne à diverses reprises & en tournant le long des règles courbes, appliquant le plâtre liquide comme aux corniches droites, jusqu’à ce qu’elles soient parfaites.
Mais il convient que nous reprenions plusieurs de ces parties principales d’un bâtiment, & que nous entrions dans quelques détails.
