Roland Le Virloys 1770/I
Charles François Roland Le Virloys, Dictionnaire D’Architecture, Civile, Militaire et Navale, Antique, Ancienne et Moderne, Et de tous les Arts et Métiers qui en Dépendent : Dont tous les Termes sont exprimés, en François, Latin, Italien, Espagnol, Anglois et Allemand ; Enrichi de cent une Planches de Figures en Taille-douce ; Pour en faciliter l’Intelligence ; Auquel on a joint Une Notice des Architectes, Ingénieurs, Peintres, Sculpteurs, Graveurs, & autres Artistes le plus celebres, don on rapporte le principaux Ouvrages I, Paris [Libraires Associés] 1770.
p. 172
Batture
BATTURE, ou COLLE-A-MIEL, est une composition d’eau, de colle de Gand, de miel & de vinaigre, dont se servent les Peintres, pour donner des rehauts & hâchures sur des peintures à détrempe & à fresque, telles que les décorations de théâtre, & de fêtes publiques.
p. 310
Carton
CARTON, s. m. Lat. Operis architectonici exemplar, It. Cartone, Esp. Carton. Feuille de carton chantournée, & découpée suivant un profil, pour servir de modèle.
– Lat. Carta figuris adumbrata, It. Disegno, Ang. Thickpaper. Est un dessin fait sur du papier, pour le calquer sur l’enduit frais d’une muraille où l’on veut peindre à fresque, ou pour travailler la mosaïque ou pour servir de modèle aux Ouvriers en tapisserie.
Les Marins appellent carton, le recueil des Cartes hydrographiques.
pp. 353–354
Chaux
CHAUX, s. f. Lat. Calx, It. Calce, Esp. Cal, Ang. Lime, All. Kalk Pierre calcinée, ou cuite dans un four, qu’on éteint & détrempe avec de l’eau, & qu’on mêle ensuite avec du sable ou du ciment, pour faire le mortier. La meilleure chaux est celle qui est faite de marbre ou de pierre dure ; plus le grain de la pierre est dur, plus la chaux est grasse & glutineuse ; elle est préférable pour la maçonnerie ; mais celle qui est faite de pierres spongieuses, est plus propre pour les enduits; celle faite de coquilles d’huîtres est très-bonne pour les travaux dans l’eau.
On connoît si la chaux est assez cuite, lorsqu’elle ne pèse qu’un tiers du poids qu’elle pesoit avant d’être cuite: on en juge aussi en la mouillant, lorsqu’elle jette une fumée épaisse & s’attache au rabot avec lequel on la corroye: on en juge aussi par le son que les morceaux rendent, comme la poterie.
– fusée, c’est-à-dire détrempée ; est celle qui ayant été détrempée & corroyée, a été rassemblée dans une fosse, où on l’a couverte de sable, & où elle a pris de la consistance. C’est ainsi qu’on en doit user pour la chaux qu’on emploie dans les enduits, pour les peintures à fresque ; plus elle est vieille éteinte, meilleure elle est. Plusieurs Auteurs prétendent qu’on doit faire la chaux de la même pierre dont le bâtiment est construit.
– vive ; est celle qui étant arrosée d’eau, bout dans le bassin. On dit communément que la chaux de Rome, de Trêves en Allemagne, & de Metz, est la meilleure, & qu’elle prend dans l’eau ; cela est vrai, je l’ai éprouvé. Ces différentes chaux sont faites de pierres très-dures.
Le pied cube pèse 58 à 60 livres.
Chef-d’œuvre
CHEF-D’ŒUVRE, s. m. Lat. Opus perfectum, It. Lavoro compito, Ang. Master-piece, All. Meisterstuck. Ouvrage excellent en quelque art ou science.
– Lat. Artis specimen, It. Capo d’arte ; est un ouvrage que les Aspirans à la maîtrise, dans les arts & métiers, font obligés de faire en présence des Syndics & Jurés de la Communauté, par forme d’examen, pour être ensuite reçus à la maîtrise. Pour la Maçonnerie, par exemple, c’est une pièce de trait ; pour la Charpenterie, une courbe rampante d’escalier ; pour la Serrurerie, une ferrure de coffre fort, ou un bout de rampe d’escalier à paneaux ; pour la Menuiserie, le revêtissement d’une arrière-voussure ; pour la couverture, une lucarne ; pour la Plomberie, une cuvette à cul-de-lampe, ou un canon de goûtière, orné de moûlures ; pour la Vitrerie, un paneau de compartiment de verre de couleur, cavés, encastrés & assemblés avec plomb de chef-d’œuvre ; pour le pavé, une rose de petits pavés de grès, & pierres-à-fusil, &c.
p. 369
Cinabre
CINABRE, s. m. Lat. Cinnabris, It. Cinabro, Esp. Cinabrio, Ang. Sinoper, All. Zinober. Il y en a de naturel & d’artificiel ; le naturel est un minéral ; l’artificiel est le vermillon dont on se sert dans la peinture. C’est une couleur rouge, qui ne subsiste pas à l’air.
p. 430
Couche
COUCHE, s. f. Lat. Pulvinus, It. Polvino, Ang. Lay. Pièce de bois couchée sous le pied d’un étai, ou posée debout sur les tableaux d’une baie, pour recevoir des étressillons ou étançons.
– de ciment; est un enduit de mortier fait avec chaux & ciment, d’environ six lignes d’épaisseur, qu’on raye & que l’on pique avec le tranchant de la truelle, lorsqu’il est sec, sur lequel on repasse un second enduit, de la même manière, & ensuite un troisième jusqu’à un sixième successivement, pour former le fond du canal d’un aqueduc.
– de couleur, Lat. Coloris inductio, It. Mano di colore. Est un enduit de couleur, en détrempe, ou à l’huile.
– de jardin, s. f. Lat. Pulvinus, It. Polvino, Esp. Cama de jardin, Ang. Bet in a garden. Préparation ou mélange de fumier, terreau & autres amendemens, qu’on élève d’environ deux pieds, & de quatre de large au-dessus du sol, & sur laquelle on fait venir des légumes, des fleurs, des melons, &c.
– sourde; est une semblable préparation, dont le dessus est au niveau du sol, mais qui a son épaisseur en contre bas.
Coucher
COUCHER, v. a. Lat. Colorem inducere, It. Parre il colorer, Ang. To lay on. Se dit des couleurs que l’on étend avec un pinceau, les unes à côté des autres ; l’art consiste à les coucher le plus uniment, en les tourmentant le moins qu’il est possible, parce que le coloris s’en soutient mieux, que les touches en deviennent plus spirituelles, & que les objets en ont plus d’âme & de force.
p. 433
Coupole
COUPOLE, s. f. Lat. Tholus, It. Cupola, Esp. Copa, Ang. Cupola, All. Helm-dach. Est la partie concave d’une voûte sphérique, que l’on décore ordinairement d’un grand sujet de peinture à fresque, comme celle des Invalides, & du Val-de-Grâce, à Paris ; du dôme de Parme, & de Saint-André della Valle, à Rome : ou que l’on orne seulement, & avec plus de raison, d’arcs doubleaux & de compartimens, comme celle de la Sorbonne. On dit aussi coupe. Voyez Pl. L. Fig. 1.
p. 529
Egratigné
EGRATIGNÉ, adj. Lat. Laceratus, It. Sgraffito, Esp. Arannado, Ang. Scratched. Eit une manière de peindre à fresque, avec le blanc & le noir seulement, qui se conserve à l’air. Elle consiste à former d’abord un fondde stuc noir, sur lequel on applique un enduit blanc : ensuite ayant poncé le dessin que l’on veut, on le grave avec un fer pointu, en découvrant par les hachures, le fond noir qui forme les ombres ; ce qui forme une espèce de clair-obscur, qui imite l’estampe.
La plupart des peintures à fresque de Polidore de Caravage, sont dans cette manière, qu’on a abandonnée, parce qu’elle produit à la vue un effet dur & désagréable.
p. 539
Enduit
ENDUIT, f. m. Lat. Trullisatio, It. Incrostatura, Esp. Enyesadura, Ang. Plastering, All. Ueberwerfung. Est le revêtissement qu’on fait à un mur, avec du plâtre ou du stuc, ou avec mortier de chaux & sable, ou avec mortier de chaux & ciment. Ce qu’on nomme aussi incrustation, & que Vitruve nomme corium, & tectoria opera.
L’enduit pour peindre à l’huile se fait d’abord avec mortier de bonne chaux & poudre de marbre, ou ciment de tuile bien battu, qu’on rend bien uni avec la truelle, & qu’on imbibe d’huile de lin avec une grosse brosse ; ensuite on couvre, par le moyen d’une brosse, cet enduit d’une composition de poix grecque, de mastic, & de gros vernis, qu’on fait bouillir ensemble, & après, on le frotte avec une truelle chaude.
D’autres font un premier enduit avec mortier de chaux, ciment & sable ; lorsqu’il est bien sec, ils le couvrent d’un second, fait avec chaux, ciment bien sassé, & mache-fer, autant de l’un que de l’autre, bien battu, & incorporé avec des blancs d’oeufs & de l’huile de lin.
L’enduit pour la peinture à fresque, est de mortier fait avec de la chaux vieille éteinte, & de bon sable de rivière, bien passé au sas ; mais on ne l’applique qu’une demi-heure avant que le Peintre couche ses couleurs.
p. 634
Fraisque
FRAISQUE . Voyez FRESQUE.
p. 642
Fresque
FRESQUE, (Peinture à) It. Fresco, Esp. Pintura en el yesso, Ang. Fresco. Est une manière de peindre avec des couleurs détrempées & broyées à l’eau, sur un enduit de mortier encore frais. On ne se sert pour la fresque, que de couleurs terrestres.
Ce terme se dit aussi de l’ouvrage qui est peint de cette manière.
