Roland Le Virloys 1770/II
Charles François Roland Le Virloys, Dictionnaire D’Architecture, Civile, Militaire et Navale, Antique, Ancienne et Moderne, Et de tous les Arts et Métiers qui en Dépendent : Dont tous les Termes sont exprimés, en François, Latin, Italien, Espagnol, Anglois et Allemand ; Enrichi de cent une Planches de Figures en Taille-douce ; Pour en faciliter l’Intelligence ; Auquel on a joint Une Notice des Architectes, Ingénieurs, Peintres, Sculpteurs, Graveurs, & autres Artistes le plus celebres, don on rapporte le principaux Ouvrages II, Paris [Libraires Associés] 1770.
p. 118
Jaune
JAUNE, s. f. Lat. Flavum, It. Il giallo , Esp. Amarillo, Ang. Yellow, All. Gelb. Couleur éclatante qui, après le blanc, refléchit le plus de lumière ; il y a différentes sortes de matières, dont on se sert dans la peinture pour former cette couleur : telles sont l’ochre commune, la terre d’Italie, l’ochre de Rut, les massicots, les stils de grain, l’orpin, la gomme-gutte, la pierre de fiel, le jaune de Naples, &c.
– de Naples ; terre ou minéral qui se trouve aux environs de Naples, qu’on emploie dans la peinture à l’huile, à la cire, & en détrempe, en observant de ne la pas rompre ni broyer avec un couteau de fer, mais de buis ou d’ivoire, parce que le fer lui donne un œil verdâtre ou grisâtre.
Quelques-uns prétendent que c’est une terre factice.
p. 335
Ochre
OCHRE, s. m. Lat. Ochra, It. Ocra, Esp. Almagre, Ang. Oker, All. Ocker. Terre douce, friable, de couleur jaune, qui est quelquefois sableuse : on la trouve dans les mines de plomb & de cuivre ; celle d’Italie est plus dorée : on la rend de couleur rouge, en la faisant rougir plus ou moins au feu.
– de rhut, ou de rue ; est une terre de même espèce, mais d’un jaune très-foncé.
p. 341
Ombre
OMBRE, s. f. Lat. Umbra, It. Ombra, Esp. Sombra, Ang. Shadow, All. Schatten. Se dit dans la peinture & le lavis, des parties obscures & opposées à celles qui font éclairées : on appelle grandes ombres, un grouppe, ou une masse d’ombres opposées aux grands clairs, pour servir de repos à la vue. La distribution des ombres dépend de l’intelligence du clair-obsscur.
Ombrer
OMBRER, v. a. Lat. Inumbrare, It. Ombreggiare , Esp. Sombrar, Ang. To Shadow, All. Schattiren. C’est placer, dans un tableau, ou dans un dessin, les ombres où elles doivent être, les représenter telles que le soleil les forme sur les objets naturels.
pp. 392–393
Peindre
PEINDRE, v. a. Lat. & It. Pingere, Esp. Pintar, Ang. To paint, All. Mahlen. Représenter les objets sur quelque surface, avec les couleurs qui leur sont naturelles ; mêler les couleurs, & les employer suivant les règles de l’art ; décorer & embellir de divers ornemens avec des couleurs ; faire le portrait de quelqu’un ; imprimer, ou enduire de couleur un lambris, un plafond, &c. On dit aussi, peindre en détrempe, peindre en huile ou à l’huile, peindre en pastel, peindre en mignature, peindre en émail, peindre sur verre, sur toile, sur bois, &c. peindre l’histoire, le paysage, le portrait, les animaux, les fruits, les fleurs, &c.
Peiné
PEINÉ, adj. Lat. Operosè factus, It. Stentato. Se dit, en peinture, de ce qui n’est pas fait avec franchise, avec hardiesse : telles font ordinairement les copies faites d’après les tableaux des grands Maîtres.
Peint
PEINT, adj. Lat. Pictus, It. Pinto. Se dit d’un ouvrage fait avec des couleurs ; si le faire en est bon, qu’il soit travaillé suivant les règles de l’art, on dit qu’il est bien peint.
Peintre
PEINTRE, s. m. Lat. Pictor, It. Pittore. Artiste qui représente l’apparence des objets de la nature, sur une surface plane, avec des couleurs, comme s’ils étoient de relief.
– Se dit aussi des Ouvriers qui appliquent des enduits de couleur sur les murailles, sur les lambris, &c. mais on doit dire, Peintre d’impression.
On partage les Peintres en différentes classes, suivant le genre auquel ils s’attachent plus particulièrement, sçavoir :
– d’histoire ; est celui qui représente les actions de la Divinité ou de l’Humanité, soit de l’Histoire sacrée, soit de l’Histoire profane, de la Fable, &c.
– de paysage. Voyez PAYSAGISTE.
– en portraits ; est celui qui représente en dessin ou en peinture, un homme ou une femme, de manière à le reconnoître au premier coup d’œil.
– de batailles ; est celui qui représente des batailles, des siéges, des combats, des rencontres, des marches d’armées, & tout ce qui a rapport à l’art de la guerre.
On dit de même Peintre d’Architecture, Peintre de décorations, Peintre d’animaux, Peintre de fleurs & fruits.
– en émail ; est celui qui peint avec des couleurs minérales, employées avec le secours du feu, sur des plaques de métal.
– sur verre, ou Apprêteur. Voyez ci-après, PEINTURE sur verre.
Peinture
PEINTURE, s. f. Lat. Pigmentum, It. Pittura, Esp. Pintura, Ang. Picture, All. Mahlerey. Se dit des couleurs dont se servent les Peintres, pour colorier ou pour enduire.
– s. f. Lat. Pictura, It. Pittura, Esp. Pintura, Ang. Painting, All. Mahler farbe. Est la science du Peintre, l’art d’appliquer les couleurs avec un pinceau, pour représenter toutes sortes d’objets.
Il y a différentes fortes de peinture, sçavoir :
– à fresque ; est celle qui se fait sur une muraille fraîchement enduite de mortier de chaux & sable, & de couleurs détrempées avec de l’eau : on n’y emploie que des terres & des couleurs qui ont passé par le feu. Cette forte de peinture dure plus long-tems que toutes les autres, & peut être employée dans les endroits exposés à l’air.
– à détrempe, It. Guazzo ; est celle qui se fait de couleurs détrempées avec de l’eau, & un peu de gomme ou de colle : on s’en sert sur le plâtre, le bois, les peaux, la toile & le papier. C’est de cette manière qu’on peint les décorations de théâtre, de fêtes publiques, les éventails ; elle dure long-tems pourvu qu’elle soit à couvert, & les couleurs demeurent toujours dans le même état.
– à l’huile ; est celle où on emploie les couleurs détrempées & broyées avec de l’huile de noix ; cette forte de peinture a de grands avantages sur toutes les autres, pour la délicatesse de l’exécution, pour l’union & le mélange des teintes, pour la vivacité des couleurs.
– en mosaïque, ou à la mosaïque ; est celle où on emploie de petites pierres de toutes fortes de couleurs & de formes, & de différentes nuances, dont une face est platte & unie, qu’on applique sur un enduit de mortier, en suivant les dessins ou cartons faits auparavant. On voit de très-beaux morceaux de ce genre, dans l’Eglise de Saint-Pierre de Rome, qui ont été faits par Joseph Pin & le Cavalier Lanfranc.
– en émail ; est celle où on n’emploie que des couleurs calcinées au feu, détrempées avec de l’huile d’aspic, sur des platines d’or fin, & qu’on fait ensuite recuire sous un petit fourneau de terre de creuset : on a fait aussi des ouvrages de cette forte sur des platines de cuivre rouge, qu’on appelloit émaux de Limoges. On fait encore quelques ouvrages de cette forte sur des platines de cuivre, comme les cadrans de montres & de pendules, des tabatières & autres bijoux.
– au pastel ; est celle où on n’emploie que des crayons de différentes couleurs : on s’en sert pour faire des portraits sur du papier gris.
– en mignature ; est celle dans laquelle on emploie les couleurs détrempées avec de l’eau gommée ; elle se fait à la pointe du pinceau, & se finit en pointillant : on peint en mignature sur le papier, sur le velin, & sur l’ivoire : on s’en sert ordinairement pour les petits sujets de tabatières, pour les portraits, &c.
– mixte ; est celle où on emploie le pointillement de la mignature, & la touche libre de la détrempe : on peint de cette façon en grand & en petit : on voit dans le cabinet du Roi de France, deux tableaux précieux peints en ce genre par Correggio.
– en camayeu ; est celle où on n’emploie qu’une ou deux couleurs, sur un fond d’une autre couleur, & quelquefois doré : on l’appelle grisaille, lorsqu’on n’emploie qu’une couleur grise, & cirage, lorsqu’on n’emploie qu’une couleur jaune.
– en clair-obscur, It. Chiaro-scuro ; est celle où on n’emploie que du noir & du blanc ; elle sert ordinairement à peindre des bas-reliefs de marbre, ou de pierre blanche.
Voyez aussi ENLUMINURE, LAVAGNA, PATRONAGE, SGRAFFITO.
p. 406
Perspective
PERSPECTIVE, s. f. Lat. Perspectiva, It . Perspettiva, Esp. Perspectiva, Ang. Perspective, All. Perspectivkunst. Science qui apprend à représenter les objets sur une surface tels qu’ils nous paroissent : elle n’est pas moins nécessaire aux Architectes qu’aux Peintres.
– Se dit aussi d’un morceau de peinture sur un mur, dans un jardin, ou au bout d’une galerie, représentant un paysage, ou quelqu’ouvrage d’architecture, pour feindre de l’éloignement ; ou d’un tableau représentant l’intérieur ou l’extérieur d’un Temple, d’un Palais, &c.
pp. 436–437
Pinceau
PINCEAU, f. m. Lat. Penicillus, It. Pennello, Esp. Pincel, Ang. Pencil, All. Pinsel. Est l’assemblage de plusieurs poils de gris liés ensemble du côté de leur racine, en forme de cône très- aigu, & ajustés dans un bout de tuyau de plume, dont on se sert dans la peinture & le lavis, pour coucher les couleurs & les adoucir. Ily en a de différentes grosseurs & longueurs, suivant l’usage qu’on en veut faire ; ceux pour peindre à l’huile & pour dorer, doivent être courts & gros, ceux pour la détrempe, un peu plus longs ; ceux pour le lavis doivent être encore plus allongés ; & ceux pour la mignature doivent être petits, menus & déliés.
– de Graveur : est une espèce d’époussette de poil doux, dont on se sert pour ôter les raclures de vernis & de cuivre de dessus la planche, quand on grave à la pointe. Voyez Pl. LXXIII, fig. 19.
– à godronner : est celui qui est fait de soie de cochon, emmanché par le côté, dont on se sert pour godronner les vaisseaux, les mâts & les vergues.
Ce terme s’emploie aussi au figuré, comme quand on dit un pinceau ferme, léger, vigoureux, délicat, sec, moelleux, hardi, inégal, & c.
Pincelier
PINCELIER, s. m. Ang. Tin-pan. Petit vase de fer-blanc, de figure ovale, séparé en deux, où on met de l’huile pour nettoyer les pinceaux. Voyez Pl. LXXII, fig. 24.
p. 446
Plafond
PLAFOND, s. m. Lat. Lacunar, It. Solajo, Esp. Arteson, Ang. Cieling, All. Decke. Est la surface de dessous d’un plancher droit ou ceintré, lambrissée avec lattes & plâtre, ou mortier de bourre, qu’on peint ensuite en blanc d’impression, ou sur lequel on applique des ornemens de sculpture, ou qu’on enrichit de sujets de peinture par compartimens : on voit de ces différentes sortes de plafonds dans les hôtels des Seigneurs, & dans les Maisons Royales.
– de pierre ; est la surface de dessous d’un plancher, ou voûte, construit en pierre : tels font celui du porche de l’Eglise de l’Assomption, & celui des deux galeries en périptère de la grande façade du Louvre.
– marouflé ; est celui sur la surface duquel on a appliqué une toile, pour y peindre quelques sujets d’histoire ou des ornemens : tel est celui de la grande galerie de Versailles & autres.
– de corniche ; est la surface de dessous du larmier d’une corniche, qui est ou uni, ou orné de sculpture. Voyez Pl. XI, XIII & XIV, lettre y, sur le profil & le plan. Pl. XVI & XIX, où le plafond de la corniche est orné de modillons, caisses, roses, &c. on dit aussi soffite.
– Se dit en peinture de tout ouvrage fait pour être vu de bas en haut, pour être placé au-dessus de la vue, dont par conséquent les objets doivent être peints en raccourcis, & vus par-dessous.
Plafonner
PLAFONNER, v. a. Lat. Laqueato tabulato instruere, It. Fare un soffito. Revêtir le dessous d’un plancher droit ou ceintré, avec des ais ou du mairrain, ou avec des lattes & du plâtre, ou du mortier de bourre.
– Est aussi, en peinture, donner le raccourci nécessaire à une figure, pour qu’elle paroisse suspendue en l’air.
p. 511
Quadratoriste
QUADRATORISTE, s. m. It. Quadratorista. Les Italiens nomment ainsi les Peintres qui ne travaillent que dans l’architecture & les ornemens à fresque.
Quadrature
QUADRATURE, It. Quadratura. Est, suivant les Italiens, l’art de peindre à fresque, l’architecture & les ornemens.
Quadre
QUADRE, s. m. Lat. Margo, It. Telajo, Esp. Quadro, Ang. Frame. Se dit de toute bordure quarrée ou ovale, ou de toute autre forme qui renferme un tableau, un bas-relief, un panneau de maçonnerie ou de menuiserie.
p. 634
Sgraffito
SGRAFFITO, Terme emprunté des Italiens, par les Peintres, pour exprimer une manière de peindre, ou plutôt de graver sur les murailles. C’est une espèce de fresque en blanc & noir, que nous appellons manière égratignée.
