Savary – Savary 1723/I

Jacques Savary des Bruslons – Philemon-Louis Savary, Dictionnaire Universel de Commerce: Contentant tout ce qui concerne le Commerce qui se fait dans le quatre parties du Monde, par terre, par mer, de proche en proche, & par des voyages de long cours, tant en gros qu’en détail… I, Paris [Jacques Estienne] 1723.


col. 709–710

Chaux

CHAUX. Pierre, ou marne qu’on a calcinée, en la faisant brûler, ou cuire à grand feu dans une espece de four bâti exprès ; dont ensuite, par le moyen de l’eau, du sable, ou du ciment, on forme ce mortier qui entre dans la construction des bâtimens & édifices de moilon, ou de pierre de taille.

La meilleure Chaux est celle qui se fait de marbre, ou d’une autre sorte de pierre grisatre très-dure, & très-pesante, que l’on nomme particulierement de la Pierre à Chaux ; celle qu’on fait de pierre tendre, ou de marne, n’est pas à beaucoup près ni si bonne, ni si estimée.

Les bonnes qualitez de la Chaux sont, d’être pesante, qu’elle sonne comme un pot de terre cuite, & qu’en la détrempant avec l’eau pour l’éteindre & la délayer avec le rabot, la fumée qui en exhale soit épaisse, & s’éleve en haut avec promptitude.

La Chaux se vend, & se mesure au boisseau ; le boisseau se divisant en quatre quarts, chaque quart contenant quatre litrons. Il faut trois boisseaux de Chaux pour faire un minot ; les quarante-huit minots faisant le muid ; en sorte qu’il faut cent quarante-quatre boisseaux pour faire un muid de Chaux.

A Paris, la Chaux ne peut être déchargée que dans le Port de sa destination, sans permission des Prevôt des Marchands & Echevins, sous peine d’amende.

Les Jurez Mesureurs de Chaux sont tenus de faire bonne mesure de cette marchandise, & d’empêcher qu’il n’en soit exposé en vente, qu’elle ne soit bonne, loyale, & marchande, & qu’elle n’ait été mise à prix par les Prevôt des Marchands & Echevins ; leur étant enjoint d’avertir les Acheteurs de cette taxe, de tenir la main à ce qu’elle soit executée, & de dénoncer les contraventions, à peine d’interdiction.

Il est défendu aux Jurez Mesureurs & Porteurs de Chaux, d’en faire commerce, & de se faire payer plus grands droits que ceux qui leur sont attribuez. Tout cela est conforme aux articles 1 & 3 du Chap. 29 de l’Ordonnance de la ville de Paris, du mois de Décembre 1672.

Suivant le Tarif de 1664, les droits de sortie & d’entrée, tant du Royaume, que des Provinces reputées étrangeres, sont fixez sur la Chaux ; sçavoir pour la sortie, sur le pied de 8 sols par tonneau ; & pour l’entrée, à raison de 10 sols le tonneau contenant deux queuës.

Chaux vive

La Chaux vive, est de la Chaux encore telle qu’elle est sortie du fourneau, sans être fusée, ni éteinte.

Chaux fusée

La Chaux fusée, est celle qui est restée longtems à l’air sans qu’on l’ait éteinte ; dont toutes les parties ignées se sont imperceptiblement évaporées ; qui s’est réduite en poudre fort menuë, & qui n’est plus propre à rien.


col. 1541

Couche

COUCHE, en termes de Peinture. Se dit de chaque impression, ou étenduë de couleur à huile, ou en détrempe, dont le Peintre couvre une toile, un mur, un lambris, ou autre matiere, qu’il veut peindre. Ce plafond a déja eu deux Couches : Il faut donner la derniere couche à cette porte.

COUCHE. Se dit aussi de chaque enduit de chaux & de ciment, épais environ d’un demi pouce, dont on fait le courroy d’un canal d’aqueduc, ou d’un bassin de fontaine. Pour qu’un courroy soit bon, il faut lui donner au moins six couches de ciment.


col. 1542

Coucher

COUCHER. Les Peintres disent : Coucher une couleur sur une autre : Coucher du vernis ; pour dire, appliquer une couleur, mettre du vernis.