Fourcroy 1808/V

Antoine-François Fourcroy, Plomb, in: Antoine-François Fourcroy, Encyclopédie Methodique. Chimie, Pharmacie et Métallurgie V, Paris [Henri Agasse] 1808, pp. 632–665.


Plomb

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Il faut remarquer que si l’on chauffe le plomb beaucoup au dessus de la température nécessaire pour le fondre & pour opérer l’oxidation simple dont je viens de parler, le métal élevé en vapeur dans l’air s’y brûle plus rapidement, répand une fumée blanche ou jaunâtre, d’une odeur particulière, qui te condense en un oxide d’un jaune-verdâtre sur les corps froids, & que quelques auteurs de chimie ont nommé fleurs de plomb. Cette volatilisation du plomb fondu & cette oxidation qu’il éprouve dans l’air, tont les causes des dangereux effets qu’il produit chez ceux qui font exposés à sa vapeur, & expliquent les maladies auxquelles les plombiers sont plus particulièrement expotés. La poussière même du plomb & de ses oxides, emportée ou transportée par l’air, soit par le travail fait sur le plomb lui-même en le grattant ou en le limant, soit dans les diverses circonstances où son oxide est répandu dans l’atmosphère, même avec des vapeurs étrangères, comme celle des huiles volatiles, produit les mêmes affections dans les hommes qui la reçoivent par la bouche, par le poumon & par la peau.

Cet oxide jaune du plomb est nommé dans les arts massicot : il paroît qu’il contient de six à sept parties d’oxigène sur cent. On en distingue même deux espèces dans le commerce, à raison de sa nuance : l’une qu’on nomme massicot blanc ; l’autre qu’on désigne par le nom de massicot jaune. C’est une couleur sale qui n’a aucune beauté, qui tire quelquefois sur le verdâtre, & qu’on prépare néanmoins en grand dans quelques manufactures, à cause de l’usage qu’on en fait fréquemment dans les arts. Le moyen de la fabriquer consiste simplement dans son agitation perpétuelle avec le contact de l’air, sans y employer un feu violent, qui donneroit un autre résultat dont je vais faire mention. On réussit bien mieux, dans les ateliers en grand, à faire l’oxide jaune de plomb, que dans les laboratoires où l’on travaille en petit. On n’emploie presque plus aujourd’hui, au lieu de ce massicot, qu’un muriate de plomb d’un beau jaune, connu sous le nom de jaune de Naples. On en reparlera plus bas.

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La décomposition du muriate ammoniacal par le plomb, & surtout par son oxide, est connue depuis long-tems dans les laboratoires de chimie. Les oxides de ce métal, triturés avec le sel dans un mortier & à froid, en dégagent de l’ammoniaque très-sensible par l’odeur vive qui se dégage tout à coup. En distillant un mélange d’une partie d’oxide de plomb rouge & de deux parties de muriate d’ammoniaque dans une cornue, on obtient de l’ammoniaque très-pure & très-caustique. Si le minium a reste long-tems à l’air, il donne un peu de carbonate d’ammoniaque dans cette opération : si l’on emploie du carbonate de plomb natif ou artificiel, on obtient du carbonate ammoniacal cristallisé & sublimé. Le résidu de ces distillations est du muriate de plomb avec excès d’oxide, & par conséquent indissoluble.

C’est en fondant au creuset, & très-lentement, un mélange d’oxide de plomb au minimum de muriate d’ammoniaque, auquel on ajoute quelquefois un peu d’oxide d’antimoine blanc, qu’on obtient le jaune de Naples en masses lamelleuses. Cette couleur n’est donc qu’un muriate de plomb avec excès d’oxide & fondu. L’oxide d’antimoine contribue à sa belle coloration.

Le muriate suroxigéné de potasse brûle le plomb avec beaucoup plus d’activité que le nitrate de potasse. Le mélange de trois parties de sel & d’une partie de plomb fulmine par le choc du marteau, & présente une flamme vive. Quand on approche de ce mélange un corps enflammé, il s’allume, quoiqu’avec peu d’énergie, & l’on obtient ainsi un muriate de plomb blanc, dont on peut séparer le muriate de potasse par le moyen de l’eau.