Lebrun 1635
Pierre Lebrun, Recueuil des essaies des merveilles de la peinture, 1635 (Brussels Manuscript).
Formerly in the Public Library at Brussels, sign. 15.552. Quoted from: Mary Philadelphia Merrifield, Original Treatises, Dating from the XIIth to XVIIIth Centuries, of the Arts of Painting, in Oil, Miniature, Mosaic, and on Glass; of Gilding, Dyeing, and the Preparation of Colours and Artificial Gems; Preceded by a General Introduction; with Translations, Prefaces, and Notes II, London 1849, pp. 789, 791, 793.
Chapitre Trois.
Pour peindre à fresque.
PEINDRE à fresque ou à frais, c’est travailler sur l’aparoir les couches premières encore toutes fraisches afin que les couleurs s’imbibent et penetrent au dedans, et se fait d’ordinaire en destrampe, et s’y dure deux fois autant que d’autre. Ceste peinture tien bon contre tout temps.
Premier. Si le mur n’est crespy nij reduit, faut faire trois couches ou lict avec sable ou chaux vielle, tant plus vielle elle est et tant mieux vaut. La première couche sera de gros sable de rivière, grossièrement passé, et de chaux vielle, comme dit est, les sept pars sable et la huitiesme chaux.
Le second lict sera de la mesme matière, sinon que le sable sera plus deliés, et la chaux en moindre quantité, c’est-à-dire le sable plus menu passé destrampe dans du lait de chaux, lequel se fait en mettant dans un pot de la chaux vielle et de l’eau, pour la reduire en laict et claire bouillye.
Le troisième lict sera encore composé de la mesme matière, diminuant toutjours la quantité de la chaux et affinant le sable.
Les trois couches premières seront blanchies du mesme laict, en tirant de gauche à droicte, et puis après de hault-à-bas, afin que tous les trous se remplissent, et fait on les laisse un peu reposer pour y travailler.
Sy le mur est jà recrespy, il n’y sera besoin que deux lict et couches.
Les pinceaux sont fait de soye de pourceau, et assez grossiers.
Les couleurs sont, scavoir, le blanc de la chaux, et le noir de charbon, il n’importe de quel bois et de pierre noire, l’un estant plus noir et l’autre plus brun, ce qui sert à faire les ombrages.
Ceste peinture se fait à destrampe sans huile, et sont les couleurs assez claires et liquides comme de l’ancre coulante.
La peinture se fait sur les dites couches encore fraisches par le moyen de quoy les couleurs s’imbibent et penetres au dedans.
Que si les couches et licts venaient a se seicher auparavant la perfection de l’ouvrage, on les rafraichit en jettant dessus trois ou quatre potées d’eau.
Les niches dans lesquels on peint les personnages sont ordinairement rouge.
Soulz les taz et poultres on y peut mettre des termes ou personnages de haulteur naturel soutenant à deux mains et de la teste les dites poultres ; et sont ordinairement de rouge.
La dite peinture dure neuf ou dix fois plus que l’autre, et tant plus elle est bastie des eaux pluvialles tant mieux vault.
Les anciens se servoient fort de ceste peinture, et encore aujourdhuy les Italiens, il se rencontre dans les anciennes ruines de Rome des pieces de ceste peinture encore fort belles qui tesmoignent sa durée.
Lorsque l’on veult representer un personnage ou quelque autre figure, on en fait le dessein auparavant que faire les dites couches, sur plusieurs grandes feuilles de papier collée ensemble. Ce dict dessein fait de noir de charbon de fusain ou pierre noir, puis on fait les couches et icelles estant fraisches on y fait les niches et les bordures et filets, cela estant fait on applique le papier portant le dessein piquetté et percé avec une espingle de principaux traicts dans la niche, puis avec plumes de coq d’Inde oisaux ou aultre on frotte le dit dessein, lequel estant osté, le personnage ou la figure portée en icelluy se trouve imprimée sur les couches.
Le dos du dessein s’applique contre les dites couches fraiches ; et, d’aultant qu’il n’y a que les principaux traicts de ponces, on met le dict dessein dessus une esse [ais] pres de soy pour l’imiter en ragreant, perfectionnant, et baillant les ombrages au poncif.
Le plastre ne vaut rien à faire les couches, d’aultant qu’il renfle et se pourrit à la pluie.
Note
Cf. Mary Philadelphia Merrifield, Original Treatises, Dating from the XIIth to XVIIIth Centuries, of the Arts of Painting, in Oil, Miniature, Mosaic, and on Glass; of Gilding, Dyeing, and the Preparation of Colours and Artificial Gems; Preceded by a General Introduction; with Translations, Prefaces, and Notes II, London 1849, pp. 757–841 (commented edition and English translation).
