Pelouze 1828
Edmond Pelouze, Art de fabriquer les couleurs et vernis, de préparer les huiles, les colles, etc., pour tons le genres de peintures, Paris [Audot] 1828.
pp. 44–45
AZUR. – Bleu d’émail.
Produit des fabriques de Saxe et de Bohême. Il y en a une fabrique dans la vallée du Luchon, dans les Pyrénées.
Le minerai de cobalt, préalablement trié, lavé et boccardé, est ensuite grillé pendant long-tems avec de la silice ; il prend alors le nom de safre.
Uni à de la potasse et vitrifié, le safre produit de l’azur.
Composition.
| Safre . . . . . . . . . | 100 à 150 parties. |
| Quartz pulvérisé | 300 parties. |
| Potasse calcinée | 140 id. |
On fond ce mélange dans de grands creusets. Quand la vitrification est complète, ce qui ordinairement a lieu au bout de douze heures, on cueille le verre à la poche, et on le jette dans l’eau froide pour le faire tressaillir.
On boccarde la matière, et on la réduit en poudre fine dans des moulins formés de deux meules horizontales en grès très-dur, l’une fixe et l’autre mobile, et contenues dans une espèce d’auge circulaire pleine d’eau. La matière broyée est soutirée par des chantepleures et reçue dans des baquets, d’où on la transporte dans une grande cuve, armée de robinets à différentes hauteurs. C’est en agitant la matière dans cette cuve et en la faisant écouler, suivant le degré de finesse, par chacun des quatre robinets de la cuve, que l’on obtient ce qu’on appelle mal à propos l’azur du premier feu, du deuxième, du troisième, etc.
On pourrait, en repassant les trois espèces d’azur les moins fines sous les meules, en réduire la totalité au même degré de finesse ; mais ordinairement on le conserve de différentes grosseurs, parce que chacun des échantillons a un usage qui lui est propre.
L’azur le plus fin est employé dans la peinture en détrempe ou à fresque.
pp. 90–94
JAUNE DE NAPLES.
Cette couleur, en général, a de la fraîcheur, de l’éclat et elle est au nombre de celles que les peintres appellent les couleurs riches ; mais les sortes que l’on trouve dans le commerce, varient beaucoup entr’elles pour la nuance et l’intensité du jaune. Cela tient sans doute à l’incertitude qui règne encore sur le véritable effet des ingrédiens qui entrent dans la fabrication du jaune de Naples, et à la multiplicité des recettes que l’on a données pour obtenir ce produit. Parmi ces recettes, il en est où évidemment quelques-unes des substances que l’on prescrit d’employer doivent nuire à l’effet que l’on en attend ; tel est, par exemple, le tartre ; d’autres substances sembleraient seulement devoir rester inertes dans la composition.
Quoi qu’il en soit, pour mettre à portée ceux qui voudraient tenter, la série entière des compositions indiquées par divers auteurs, nous les rapporterons toutes ici :
Recette de Fougeroux.
Faites bouillir pendant sept à huit heures, d’abord sur un feu doux, et ensuite sur un feu plus ardent, un mélange de 12 parties en poids de plomb, une d’alun, une de muriate d’ammoniaque, et 3 d’antimoine diaphorétique.
Diverses Recettes de Passeri.
1º. 1 livre d’antimoine calciné, 1 livre 8 onces de plomb calciné, 1 once de sel marin, 1 once d’allume di feccia, où les uns voient le tartre et d’autres l’alun.
2º. Six livres de plomb, 4 livres d’antimoine et une livre de tartre.
3º. Trois livres de plomb, 4 livres d’antimoine, une livre de tartre, 6 onces de sel commun.
4º. Cinq livres de plomb, 4 livres d’antimoine, 6 onces de tartre.
5º. Quatre livres de plomb, 2 livres d’antimoine, 6 onces de tartre.
6º. Une demi-livre de plomb, 1 livre d’antimoine, une livre de tartre et une livre de sel commun.
7º. Trois livres et demie de plomb, 2 livres d’antimoine et une livre de tartre.
Faire calciner les métaux avant de les mélanger.
Procédé du prince de San-Severo.
Plomb parfaitement oxidé et tamisé, 5 parties, antimoine oxidé et tamisé, 1 partie.
Faites un mélange très-exact du tout, en le passant ensemble au tamis de soie. Placez ensuite la poudre jusqu’à l’épaisseur de 2 pouces sur de grands plats de terre vernissée que vous exposerez dans le haut d’un four de potier, afin qu’ils n’éprouvent pas une trop grande chaleur.
Quelques personnes font entrer le zinc, et d’autres le bismuth dans la composition du jaune de Naples.
Plusieurs fabricans s’occupent avec succès de ce produit en France et en Angleterre. Voici deux recettes que l’on vante.
1º. Prenez 12 onces d’oxide d’antimoine, 8 onces de minium, 4 onces d’oxide de zinc ; le tout finement pulvérisé et passé ensemble au tamis de soie.
Exposez à la chaleur du four de faïencier.
2º. Un gros d’antimoine diaphorétique, une once de muriate d’ammoniaque, une livre d’oxide de plomb pur, minium ou litharge… On mélange le tout exactement et l’on fait fondre dans un bon creuset, capable de résister à l’action très-corrosive de ce mélange.
Les fabricans en grand ont pour cette préparation, des fourneaux à grille dont la voûte laisse une ouverture assez grande pour pouvoir commodément placer et retirer les creusets. Cette opération se fait assez rapidement, et comme il faut retirer les creusets aussitôt la fusion opérée, crainte d’accident, le travail exige de l’attention, et il ne faut opérer à la fois que sur un nombre de creusets assez borné.
Quand la matière est en fusion au rouge-blanc, il ne faut la laisser tout au plus que cinq minutes dans cet état. On enlève le creuset et on verse la matière dans un pot de fer.
Il est essentiel de n’employer dans cette opération que du charbon bien sec, qui ne pétille pas du tout en brûlant afin d’éviter les étincelles qui réduisent les métaux et salissent le produit.
Ce qui porte, dans le commerce, le nom de jaune d’antimoine, est un produit très-analogue au jaune de Naples dont nous venons de parler, et qui n’en diffère même presque pas.
Prenez : antimoine diaphorétique, une partie ; sous-carbonate de plomb, une partie et demie ; sel ammoniaque, une partie.
Mélangez à sec en broyant le plus exactement possible. Placez dans un vase de terre, et chauffez modérément dans un fourneau de laboratoire.
pp. 115–117
ROUGES fournis par l’oxide de fer.
Ocre rouge. Il en est peu qui aient naturellement cette couleur. L’ocre jaune, telle qu’on en trouve en une multitude de lieux en France et dans presque tous les pays du monde, est un composé d’argile, c’est-à-dire d’alumine et de silice, uni à du peroxide de fer hydraté. C’est à l’eau en combinaison intime avec l’oxide de fer, qu’est due la couleur jaune. Aussi suffit-il de la plus légère torréfaction de cette substance, pour la faire passer à l’état d’ocre rouge.
Dans le ci-devant Berry, où les ocres sont très-abondantes, on se livre beaucoup à ce genre d’exploitation. Il en arrive en quantités considérables des ocres des deux couleurs, jaune et rouge.
L’ocre ne s’extrait pas du sein de la terre à l’état d’homogénéité dans lequel on la livre pour la peinture. Il faut la débarrasser d’une quantité plus ou moins grande de silice grossière, de débris de végétaux, quelquefois de fragmens coquilliers, etc., etc.
Le moyen le plus simple de la purifier est de l’écraser sur une aire pavée, à l’aide de battes en bois, et de jeter la matière, avec de l’eau dans un tonneau immobile dont le diamètre est d’environ deux pieds et demi, et la hauteur ou profondeur de 4 pieds. Il y a un arbre en fer placé verticalement dans son milieu, duquel il part, à différentes hauteurs, des branches de bois formant des rayons qui vont répondre tous à des points de la circonférence du tonneau ; ces branches sont armées chacune de six couteaux, dont trois fixés de haut en bas, et trois de bas en haut : ainsi ils sont tous dans une position parallèle à l’axe. Ceux qui sont à l’extrémité des rayons ne laissent pas plus d’une ligne d’intervalle entre le couteau et les parties intérieures du tonneau. Cet axe est entouré par un bras de levier d’environ douze pieds de longueur, à l’extrémité duquel est attaché un cheval qui, en marchant dans le manége, fait agir tous les couteaux dont l’arbre est armé, et qui coupent ainsi en différens sens la matière mise dans le tonneau, et finissent par la réduire bientôt en bouillie très-déliée.
Dans cet état de division, on laisse ensuite écouler l’ocre dans un bassin carrelé où elle se dépose. On donne issue au liquide surnageant. On recueille l’ocre déposée, et on l’étend sur une aire pavée, où elle s’égoutte et sèche…
Dans cet état, c’est de l’ocre jaune. Pour la réduire à l’état d’ocre rouge, on l’étend sur la sole d’un fourneau de reverbère chauffé au bois, et dans lequel il suffit d’une très-légère calcination pour lui rendre la couleur rouge qui est propre au tritoxide de fer privé de l’eau de combinaison qui constitue l’hydrate.
pp. 117–119
Du Rouge de fer Artificiel.
Il s’en faut de beaucoup que l’ocre rouge obtenue de l’ocre jaune naturelle, par le procédé que nous venons d’indiquer, soit d’une aussi belle couleur que les rouges dits d’Angleterre, de Prusse, etc.
Ceux-ci sont ou le résidu d’autres opérations, ou des produits fabriqués exprès.
Il est un rouge résultat de la distillation du nitre par le sulfate de fer pour en obtenir l’eau-forte. Ce résidu pulvérisé et lavé à l’eau chaude, pour en extraire le sulfate de potasse formé, est d’une couleur très-intense, mais qui tire quelquefois un peu au violet, soit à cause de la violence de la chauffe qui a désoxidé en partie le fer, ou plutôt à raison du sel marin contenu dans le nitre impur soumis à la distillation, et qui a pour effet constant de violacer l’oxide de fer.
On peut encore se procurer un rouge assez beau en calcinant le sulfate de fer lentement et sans trop élever la température sur la fin de l’opération, ce qui pourrait désoxider le fer et violacer le produit. Il faut ensuite mouliner, laver et sécher la matière. C’est le procédé en usage pour obtenir le rouge à polir les glaces, etc.
Pour la peinture, le produit sera beaucoup plus beau, et d’un emploi plus facile, surtout en détrempe, si, au sulfate de fer, on mêle le quart de son poids d’alun. Les deux sels fondent d’abord dans leur eau de cristallisation, et c’est un moyen de les bien mélanger avant la calcination.
Ce procédé donne un rouge qui a beaucoup de ressemblance avec celui qu’on vend à Paris sous le nom de rouge de mars. On peut en varier les nuances à volonté, par des dosages d’alun différens et en poussant plus ou moins la calcination. Dans tous les cas il convient de bien laver.
Le même procédé donne ce que de certains fabricans de couleurs annoncent sous le nom d’orangé de mars.
On apporte d’Angleterre une espèce d’ocre rouge, qui sert à peindre les carreaux d’appartemens, les chariots, etc. et qui, mêlée avec le plâtre, donne les couleurs de briques. Nous venons de donner la manière de l’imiter par la calcination du sulfate de fer.
Le rouge de Prusse, les rouges bruns ou bruns rouges, ne sont également que des résidus de la calcination du sulfate de fer, plus ou moins prolongée et à des degrés de température variés. Le fabricant, en tâtonnant un peu pour obtenir cet effet, sera bientôt le maître de produire à volonté la nuance qu’il désirera.
